‹ Ferdinand Rapédius de BergChapitre 23 sur 119 · CHANTRE XV · texte numérisé non relu

CHANTRE XV

D8NI8SIOX ET IIIL DB M. DB BEnG. — APPARITION DB VAN BSA NOOT

— DÉPART DKS ARCHIDUCS.

Quel que fût le relâchement habituel de tous les ressorts du gouvernement, quelle que fût la confusion qui, depuis longtemps, régnait dans ses rouages, M. De Berg ne put se résigner à l'humiliante abnégation que la faiblesse des gouverneurs généraux imposait à tous les agents du pouvoir. Il n attendit même pas leurs derniers actes , pour se soustraire à une solidarité morale qu'il repoussait de toutes ses forces. Dès le 9 mai, il adressa officiellement à Leurs Altesses Royales sa demande de démission, dans les termes suivants :

* démontré avec le plus profond respect le soussigné, intendant du cercle de Bruxelles, et nommé à la direction générale

24S rapédius

de la police des Pays-Bas, qu'il se serait cru heureux de sacrifier ses jours et sa fortune au service de Sa Majesté, et de marquer dans toute sa conduite l'étendue de sa reconnaissance pour la confiance qui lui a fait accorder la place d'intendant et de directeur général de la police des Pays-Bas; mais ce dévouement même au service royal et cette reconnaissance lui imposent le devoir de remettre aux pieds de Vos Altesses Royales des places dont l'exercice devient incompatible avec le bien de ce même service, d'après les impressions sinistres qui ont été répandues contre les fonctions desdites places.

« Il supplie donc Vos Altesses Royales de daigner lui accorder sa démission, et de n'attribuer cette tlémarche qu'au zèle pur qui l'anime, comme sujet et comme citoyen, pour le service du monarque et pour le bonheur de la patrie.

c Jamais l'intérêt ne Ta dirigé, et il n'y songe pas même en ce moment. Il remet son sort, celui de son épouse et de son enfant entre les mains équitables de Sa Majesté, avec plénitude de confiance et de résignation.

t Cest la grâce, etc.

Signé : * F. R. Db Berg.

€ Bruxelles, le 9 mai 1787. ■

Cependant il paraît que, malgré cet acte, M. De Berg était resté à son poste, le gouvernement n'ayant pas accepté sa démission. Après la suppression des intendances, il s'occupa encore, avec son premier commissaire (i) et deux officiaux, à démolir régulièrement un établissement dont la création lui avait coûté tant de peine. Il remit , le 15 juin, son rapport définitif au gouvernement; mais il demeura dépositaire des archives, qu'il enferma

avec tous les effets de l'intendance supprimée, dans un entresol

(i) M. Hugues Vigneron De La Haye- Le second commissaire de l'intendance du cercle de Brabanl, chargé de l'administration do district de Bruxelles , était M. Wauthier. Le secrétaire de l'intendance s'appelait Chartes Baesen. M. De Berg arait établi tes bureaux à l'abbaye de Saint- Michel Les commissaires des autres districts étaient : à Nivelles, M. Biourge; à Loovain, M VanCoecksIberg de DuUele ; à Tiriemoot, M. J. J. Kindermans ; à Di«t , M. J. B Pansiu».

de la maison qu'il habitait, place Royale. Menacé tous les jours d'une visite dont il ne craignait point les résultats, accablé par l'injustice publique, séquestré de la société autant que peut l'être un proscrit, occupé constamment du soin de consoler sa femme et son fils, qui s'efforçaient en vain de dissimuler leurs inquiétudes , il n'en avait pas moins pris la ferme résolution de ne point quitter Bruxelles et d'y attendre courageusement la suite des événements.

Cependant la fermentation était extrême et réelle dans cette ville, et les prétendues horreurs qui devaient se trouver enfouies dans les archives des intendances étaient le principal aliment de cette fermentation. Or, de tous les intendants, M. De Berg était réputé le plus coupable, parce qu'il était censé avoir donné à Vienne son assentiment à tous les actes de despotisme, dont ces prétendus tyrans subalternes devaient être les exécuteurs. Le tumulte d'Anvers avait eu pour origine, selon le bruit public, soit un refus de soumettre les archives de l'intendance de ce cercle (i) à l'inspection publique , soit des tentatives pour les soustraire à l'examen des commissaires du corps de la magistrature. Afin d'éviter de pareilles scènes, M. De Berg fit savoir, autant qu'il lui fut possible de le faire, que, loin de craindre une semblable inspection, il la désirait, et il montra à différentes personnes le dépôt des archives de son intendance, afin que l'on sût où les trouver si l'on était curieux d'en faire la visite.

11 tenait cette conduite depuis huit jours, lorsque, le 17 juin , vers six heures du soir, il reçut du gouvernement l'ordre écrit dé transférer immédiatement les archives de son intendance au conseil du gouvernement. Il répondit aussitôt : € qu'il ne croyait pas convenable de faire cette translation, ni ce jour même, vu que c'était un dimanche, ni clandestinement; que

la translation elle-même, paraissant annoncer des motifs de ca-

( t j L'intendant du cercle d'Anrers était M. le chevalier Van der Dîift , conseiller du gouvernement général de* Paya -Bat; le commissaire de l'intendance M. VaiuxJiord de Vilryck; le deuxième commissaire M. Francoie Emmanuel vicomte Du Toîct; le secrétaire M. De l*a Mai 'onfort. Le commissaire du district de Malincs était M. Eronanuel Goubeau.

cher une partie quelconque de ces archives, lui semblait d'autant moins opportune que ces archives ne contenaient rien qui ne pût être vu de l'univers entier. » 11 offrit en conséquence d'en rester le gardien. On lui répondit qu'on approuvait sa sen talion, pour ce qui concernait la translation immédiate; qu'on exigeait que cette translation se fît dans les vingt-quatre heures. Le lendemain, 18, M. De Berg fit transporter ses archives, entre neuf et onze heures du matin, en deux voyages, et sur une voiture découverte.

Dans la soirée du même jour, il reçut verbalement , mais de la part du gouvernement et de la part des états, l'insinuation suivante: < Qu'il convenait au bien de la chose publique, an service de Sa Majesté et au service du gouvernement, qu'il s'absentât de Bruxelles. » Le lendemain, 19 juin, il eut la confirmation de cet avis, en obtenant un passeport, qu'il demanda pour lui, mais sous un nom supposé, afin de se soustraire à tous dangers. La crainte de ces dangers l'obligea à se refuser aux sollicitations de sa femme et de son fils, qui voulaient raccompagner. Il partit seul , en poste, et en plein jour. Le 19, à huit heures du matin, il traversa la ville, prenant la route de Lille, où il arriva le 20 , de grand matin. Sa femme et son fils vinrent l'y joindre le 31. Us partirent ensemble pour Paris , où ils arrivèrent le 24.

Le départ subit de M. De Berg servit de texte aux suppositions les plus absurdes : on répandit le bruit qu'il était allé à Paris pour demander à la France une armée de secours. Ces propos ridicules parvinrent jusqu'à lui , et il ne put se défendre d'eu être affecté. En butte à une persécution aussi opiniâtre qu'injuste, constamment calomnié, accusé, condamné sans avoir été entendu, il en vint au point de se méfier de son propre jugement. Cependant, un petit nombre de faits, de considérations et de principes étaient restés graves dans son esprit. Cest sous leur influence qu'il écrivit à M. Ànthon, sous la date du 6 juillet, les lignes suivantes, qui semblent nous avoir été transmises comme un témoignage de la pureté de ses convictions :

c Je pense que l'Empereur a voulu que le bien qu'il désirait

s'opérât de telle manière, en telle forme, que ce Ht de commun accord avec les représentants de la nation et sans infraction aux parties de la oonsti talion des Pays-Bas , qui , formant la base des droits des citoyens , sont la garantie essentielle et unique de la prospérité de l'État. Je pense que I on s'est conduit si gauchement, pour atteindre un but aussi salutaire, que, si l'on avait eu l'intention de ne pas réussir, on n'eût pu que faire à peu près ce qu'on a fait. Je pense que ces mauvaises opérations sont l'effet de l'inexpérience d'une part, et particulièrement celui d'un mauvais choix dans le conseil qui lésa dirigées; que ai, comme je l'espère, ces vérités sont dûment exposées à Sa Majesté , elle approuvera dans son âme la résistance qu'a éprouvée cette manière d'opérer , qui n'était pas dans son intention; qu'elle enverra à Bruxelles une ou deux personnes prudentes, d'un âge mûr, jouissant de l'estime publique, connaissant ou à portée de connaître ce pays et le génie de la nation , capables surtout de se former un conseil de personnes de bon sens, honnêtes et suffisamment éclairées ; que ces commissaires ou ce ministre seront chargés de seconder Leurs Altesses Royales nos sérénîssimes gouverneurs généraux dans l'opération importante d'arrêter , de commun accord avec les représentants de la nation, et de faire revivre (comme Sa Majesté l'a infructueusement désiré depuis six à huit ans) ces principes essentiels de tout bon gouvernement, qui composent une excellente constitution : principes trop oubliés, trop méconnus dans la pratique, assez oubliés , assez méconnus du moins pour justifier les entreprises d'un prince qui s'est vu forcé d'établir de nouveaux ressorts constitutifs, parce que, de toutes parts, on lui assurait que ceux sur lesquels le gouvernement eût dû se reposer étaient usés au point de ne pouvoir plus être mis en action.

t Cette opération , qui eût, je crois , été facile il y a deux mois , ne me semble pas offrir de trop grandes difficultés aujourd'hui, étant conduite avec intelligence, prudence et fermeté, sans apparence ni intention de contrainte. Je pense que, dès l'instant où les premiers principes d'ordre public, nécessaires à cette opération,

RAPÉOIUS

seraient dûment arrêti-set mis en action, rien ne serait plus avantageux au bon succès de l'entreprise et plus agréable à la nation, que la présence de son auguste maître. Par l'effet même de la crise présente, Sa Majesté doit obtenir ce que, sans cette crise, elle n'eût obtenu qu'après sa mort, l'amour, l'admiration, la reconnaissance de cette grande partie de la nation qui n'a pas intérêt au maintien des abus.

< C'est en envisageant sous ce point de vue l'état actuel des choses, que j'ose croire que (à l'exception d'un seul point, réparable avec le temps et de la patience ) tout ce qui a été fait aux Pays-Bas, tant bien que mal, depuis trois mois, aura produit un bien essentiel , une chose qui était nécessaire peut-être dans tous les systèmes à l'accomplissement des intentions justes et bienfaisantes du monarque, le grand bien d'assurer, pour l'avenir, 1 exécution de ses lois sur une base solide : car cette crise aura eu pour résultat de rendre, non-seulement à la nation et à ses représentants, mais à tous les agents du gouvernement, une énergie, un esprit de justice , une netteté d'idées et de principes en fait d'administration publique , qui n'existaient plus nulle part.

c Convaincu par moi-même que notre auguste maître aime et veut qu'étant consulté on lui parle avec une entière franchise ; convaincu qu'il excuse toujours les erreurs de jugement dans ceux qui suivent l'impulsion de leur conscience, je dirais à ce prince, s'il me consultait, ce que je viens de vous dire, monsieur, dans la persuasion où je suis que vous lui rendrez compte du contenu de cette lettre, si vous y voyez quelque chose qui mérite de lui être communiqué.

« Agréez, etc. *

Cette lettre rat mise effectivement sous les yeux de l'Empereur, et il ne paraît pas que Sa Majesté ait trouvé absurde ou ridicule qu'on lui proposât d'agir dorénavant de commun accord avec les représentants de la nation : ce qui semble prouver que , si les états avaient été animés d'un meilleur esprit, si , au lieu d'insurger les populations , ils étaient entrés franchement dans des voies conciliatrices, ils auraient obtenu sans peine de l'Empereur qn'il

renonçât à tout ce qui , dans ses projets, était contraire à là constitution. Les abus qui pullulaient de toutes parts auraient été réformés et le règne des lois aurait succédé au règne des usages, coutumes et privilèges. C'était là le rêve de M. De Berg. Il avait une pensée fixe, une pensée d'honnête homme, dont il poursuivait la réalisation avec une constance qu'on ne saurait trop admirer. Il voulait l'ordre légal, l'ordre constitutionnel, le maintien ou plutôt le rétablissement des lois fondamentales du pays. II voulait faire revivre les principes du gouvernement de nos provinces, tels qu'ils étaient écrits dans les vieilles chartes , dans les joyeuses entrées primitives, et détruire tous les usages qui en avaient altéré le sens et faussé l'application. Nul doute que si Joseph II n'avait pas eu d'autre conseiller , ses intentions n'eussent jamais été méconnues, au point de les faire servir à la destruction de lois auxquelles il n'était besoin, au contraire, que de rendre la vie.

Il était d'autant plus facile d'abuser des vues de ce prince, qu'éloigné du pays, occupé de guerres lointaines, de questions européennes , il ne pouvait donner que de courts moments d'attention à ce qui se passait dans les Pays-Bas. Il voyageait en Tauride avec l'impératrice de Russie, lorsqu'il apprit le triomphe de l'opposition et la défaite de ses gouverneurs généraux. 1^ prince de Kaunitz, son chancelier de cour et d'Etat, écrivit, par son orp*re, à Leurs Altesses Royales une lettre qui fut communiquée officiellement aux états, le 26 juin. Il y témoignait le désir que la nation attendu avec calme et avec confiance Jes résolutions de l'Empereur, c Je connais assez, disait-il, la rectttudedes intentions de Sa Majesté, pour être persuadé que, n'ayant voulu certainement que le bien , elle consentira à ce qu'il se fasse de la façon qui pourra être la plus utile et la plus agréable aux états et aux peuples de ses provinces belgiques; qu'elle écoutera avec bonté ce qu'on jugera pouvoir lui proposer ; qu'elle concertera volontiers avec les états de ces provinces tout ce qui pourra tendre à cette fin; ainsi que je suis persuadé qu'en attendant elle daignera ratifier nommément la déclaration que Vos Altesses

254 HAPÉD1U8

Royales ont donnée aux états de Brabant, en date du 50 mai dernier et laisser jusque-là toutes choses surle pied de ladite déclaration.. El les i choses actuellement en cet ébat , if mè semble que non-seulement on devrait être tranquille, mais même foire rentrer tontes les choses, sans exception, dans leur ordre naturel, pour prouver pur là à Sa Majesté, delà part des états , une recti* tude réciproque d'intentions, de la confiance et de la bonne volonté. » Il ajoutait : < Et comme je sais <jue Sa Majesté n'a point fait venir dans ee pays-ci le négociant DTfondt , pour le soustraire à ses juges naturels , mais seulement parce que la conr frontatâon arec son principal a paru nécessaire, j'ai pris sur moi de le faire remettre en liberté et de le renvoyer à Bruxelles, pour y être jugé» comme je m'en flatte, avec impartialité, d'après le* actes judiciaires qni seront envoyés d'ici , au plus tôt, au gouvernement des Pays-Bas. >

Cette nouvelle concession, cette lettre si rassurante, ces conseils si bienveillants furent sans effet sur l'esprit (Tune population égarée. Déjà Van der Noot avait fait main basse sur tout ce qu'il pouvait y avoir de saine raison et de jugement droit dans la bourgeoisie de Bruxelles. Avocat, agent avoué des états, il avait su profiter de l'effervescence populaire, pour s'emparer de la direction suprême des Gilden ou Serments, et pour rattacher à ces corporations les mécontents et les factieux de toutes les classes. Un comité directeur avait été institué sous sa présidence, afin' de centraliser le mouvement.

Il y avait à Bruxelles cinq Serments ou Gilden : te grand Serment, érigé en 4215, sous le duc Henri IV; le Serment de S'-Georges, fondé en 1422, sous Jean IV; le Serment de lS»-S& bastien, institué en 1428, sous Philippe Pr; le Serment de St-Christophe, institué en 1477, sous la duchesse Marie, et le Serment de S'-Michel, établi en 1480, sous la même duchesse Marie. Pour être admis dans une de ces compagnies , il fallait prêter serment « d'être à toujours fidèle au duc de Brabant, c ainsi qu'à la ville de Bruxelles , de ne laisser ni souffrir jamais • trahir ou livrer quelque ville , château , franchise ou forteresse

DK BEIG. Î55

« du du£,soi* 4e fût, soit de conseil, et de se comporter fidèle-

< mcAt loyalement dans son service et généralement dans

< tout, comme un. fidèle et loyal sujet doit se comporter. > Van der Noot vit dans ces institution* le noyau d'une organisation révolutionnaire > et au moment môme où les gouverneurs géuêf aux YenaienX de céder à toutes, les exigences , de redresser tous les griefs, vrais ou faux, dans ce moment il comprit que le gouvernement était perdu et que le temps était venu de se préparer à la révolte* Ce fut le A juin 1787 qu'eut lieu la première assemblée du comité établi pour le corps de volontaires agrégés aux cinq Serments de la ville de Bruxelles (f ). Comme l'indiquait le titre qu'il avait pris, le but principal de ce comité était d'enrôler des volontaire* et de les agréger aux cinq Serments , qui n'étaient pas assez nombreux pour remplir les vues du comité. Le prétexte de l'institution était la nécessité de maintenir l'ordre et la sûreté publique- Cest sous ce prétexte que Van der Noot réunit , le 4 juin, dans la chambre des merciers, les syndics des neuf Nations, les cinq chefs-doyens des Serments et plusieurs notables de la ville. Là, Use fit élire président du comité; le bourgmestre des Nation*, Maillé, en (al nommé premier membre, et tous les autres entrât ent dans sa composition. Van der Noot prit ainsi la direc^on, suprême de l'esprit public : car tente la bourgeoisie de Bruxelles se trouvait comprise dansées trois classes, les notaèles, les Serments et les Nations. En outre, il se mit, par ce moyen, à la tête d'une force armée assez considérable : les Serments furent renforcés; il organisa cinq compagnies de volontaires, fit venir des armes de Liège , plaça des postes dans la ville , et pour se met* treà l'abri de toute accusation, il fit demander aux états, parles syndics des Nations, que ces mesures fassent sanctionnées, soit par le conseil de Brabant , soit par le magistrat. Une résolution de l'autorité communale ne tarda point, en effet, à reconnaître la légalité et l'utilité des suppôts agrégés aux cinq Serments (a).

{ i) Voir, à la 6a de ce volume, lu Copie du livre det résolution» de ce comité. ( t) Outre cet acte d'adhésion de la municipalité , que l'on trouvera dans la copie du livre det résolution* du comité ( procès-verbal de la séance du 90 juin ), on acte postérieur, émané

RAPÉDIUS

L'exemple de Van der Noot fat imité par les états eux-mêmes. 11 voulurent organiser une fédération entre toutes les provinces; « pour qu'elles pussent s'entr aider et se secourir contre toulé infraction de leurs privilèges respectifs. » C'est dans ce projet de fédération que fut jetée, pour la première fois, la malheureuse idée de recourir aux puissances étrangères, pour réclamer l'exécution des traites en vertu desquels les Pays-Bas étaient possédés par la maison d'Autriche. On sait quels étaient ces traités , ët dans quelles vues ils avaient été imposés à la maison d'Autriche. Les puissances maritimes avaient considéré les privilèges de nos provinces comme une garantie de faiblesse; elles avaient compté sur les désordres à naître de la constitution du pays, pour empêcher le commerce de se relever jamais. Et c'est à ces puissances, c'est à l'Angleterre, c'est à la Hollande, qui, depuis deux siècles' tenaient la Belgique cernée dans ses étroites limites, que les états de Brabant voulaient confier la défense des intérêts du pays. Cette fatale idée lut suivie plus tard par Van der Noot et par son parti, et ils trouvèrent effectivement parmi les ennemis de la Belgique d'ardents défenseurs de ses libertés , de ses privilèges, de tout ce qui, dans ses institutions, pouvait avoir de délétère ou de dissolvant. Nous aurons occasion de revenir sur cette partie de l'histoire de la révolution brabançonne ; elle n'est, certes, pas h. moins curieuse ni la moins instructive. » ! > ' :

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de la même source, vint donner une Mixtion nouvelle à l'œuvre de Van der Noot. Votai. cette, pièce :

* Myne heeren de welnoxideren dater atad wiHeude uytalvytca aileo twyftl die men ioad*

konnen doen baeren op de middclcn by bun noodig geoordeeU om de goede politie ea de ge^, menât rustein de acturde tyd» omstandighede te handhaven, hebben goedgevonden te ver-' klaerto. dat die der buigerryke vagua, de rwpecUve Ivden van de yyf Guidera deawMad/ ait oolt de persoonen daer aen geagregeert, »yn geauthoriseert van by dage endc negte, loo te, peird alj te voel , l* iavfgiterea op de goede polieie, en van aen te valtea ende in do Amigo té bewegen aile degene die «y fullen berfnden bet goed order in eenige maniéré tt beledigen , by overtredinge van Syne Majesté} U placcaerten, van de polilieke ordonnantien ofte aodersinU, wordende mil» dien eeniglyk geordonneert de respective wagten, leden ofte geagregeerde der Guldena te retpectercn, op peoe ran arbitraire correctie oaer eyseh ende' gelegeubevd van saeke.

* Aldus gedaen ende gepubliceert ter grooter puyen af van desen stad-huyse, ter p resentie van mync heeren dio lieutenant amman, borgemeesleren , «chepenen, trésorier» , rentmeeaters ende raedt deaer sud Bruwcl , op den 8 augusti 1787.

Wasontertnckent : . J. B Cuatms. .

DE BERG

Quand Joseph II revint à Vienne , au lien d'apprendre le rétablissement de l'ordre, comme le prince de Kaunitz en avait sagement exprimé le vœu , tous les rapports lui peignirent les provinces des Pays-Bas comme étant en proie à une agitation folle et toujours croissante. Ce hit sous l'impression de ces fâcheuses nouvelles qu'il écrivit sa dépêche mémorable du 3 juillet 4787, dépêche qui prouve plutôt la franchise de son caractère que la finesse de sa politique. Ce document, quoique très-connu, mérite une place dans tous les ouvrages qui traitent de la révolution brabançonne.

« L'Empereur et Roi,

« Très-révérends, révérends pères en Dieu, nobles, chers et féaux, chers et bien amés,

« Mon chancelier de cour et d'État m'a présenté vos remontrances, datées du 22 juin dernier (1), et je veux bien encore, sur leur contenu, vous dire, par les présentes, que mon intention n'a jamais été de renverser la constitution de mes provinces belgiques, et que toutes les dispositions dont j'ai chargé mon gouvernement général tendent uniquement, et sans la moindre apparence d'un intérêt personnel, au plus grand avantage de mes fidèles sujets des Pays-Bas, sans que j'aie voulu priver par là les corps de la nation de leurs anciens droits, privilèges et libertés. Toutes mes démarches vous doivent convaincre de la vérité de ces assertions, si vous êtes encore susceptibles de leur rendre la justice qui leur est due.

t Je ne me suis occupé de quelques réformes dans l'administration de la justice, que sur les instances multipliées que contenaient nombre de requêtes que j'ai reçues, tendantes à obtenir une procédure. moins longue et moins dispendieuse , et les intendances n'avaient dfautre but que de veiller à l'exécution des lois,

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(i) Nous tvoai cm inutile de reproduire cette représentation , qui à été imprimée plusieurs fois, et qui ne contient autre choie qu'une récapitulation de tous les griefs déjà connus, écrite daas la tipt du 4emps. : ■ ■ • • ■ ' ■> ■ •

RAPÉDIUS

et à ce que les personnes obligées à les faire observer remplissent leur devoir.

« A l'égard de plusieurs anciens privilèges , je n'ai pensé qu'à réformer, du gré même c|es intéressés, les abus nuisibles qui peuvent s'y être glissés par le bps de temps, contre le but de leur concession primitive.

< Loin donc de prévoir de l'opposition, et surtout une aussi audacieuse, je devais m'attendre à ce que les états de mes provinces bel giq ues y entreraient avec autant d'empressement que de reconnaissance ; et je veux bien , en bon père et en homme qui sait compatir à la déraison et qui sait beaucoup pardonner, n'attribuer encore ce qui est arrivé, et ce que vous avez osé, qu'à des mésentendus ou à de fausses interprétations de mes intentions, données et répandues par des personnes plus attachées à, leur intérêt privé qu'au bien général , et qui n'ont rien à perdre.

c Quoi qu'il en soit, je veux bien que» l'exécution des nouvelles ordonnances en question reste présentement en suspens, et lorsque Leurs Altesses Royales mes lieutenants et gouverneurs géné« raux , conformément aux intentions que je- leur ai fait connaître en dernier lieu , se seront rendus à Vienne avec les députes des différents états, pour me représenter de vive voix leurs griefs, et apprendre mes intentions, qu'ils trouveront toujours calquées sur les principes de l'équité la plus parfaite, et uniquement ten* dan tes au bien-être de mes sujets, nous conviendrons ensemble des dispositions à faire pour le bien général, selon lea lois fondamentales du pays.

« Mais si, contre* toute attente, cette dernière démarche de ma bonté envers vous fût méconnue au point que vous vous refusiez à me venir porter vos plaintes, vos craintes, vos doutes et à m'entend re avec confiance , et que vous continuiez vos excès honteux e$ démarches inexcusables , alors, vous en tirerez vousmêmes toutes les malheureuses conséquences qui en résulteront sans faute, ce qu'à Dieu ne plaise.

« A tant, très-révérends, révérends pères en Dieu, nobles;

DE BERG. 259

chers et féaux, chers et bien amés, notre Seigneur vous ait en sa sainte garde.

« Vienne» 3 juillet 1 787. Joseph.

< Par; l'Empereur et Roi :

« A. G. De Lbderer. »

. Pour juger de l'effet que produisit cette lettre à Bruxelles, il suffît de savoir que la dépêche si anodine du prince de Kaunitz y avait donné lieu à de vives réclamations. Les états s'étaient plaints aux gouverneurs généraux de ce que les termes de cette dépêche laissaient entrevoir le dessein d'entrer en négociation avec eux pour introduire, d'un commun accord, des innovations dont ils ne voulaient sous aucune forme. Leurs Altesses Royales s'étaient empressées de les rassurer sur tous les points, promettant la conservation plénière des lois fondamentales et de tous privilèges publics et particuliers. La lettre de consolation des archiducs leur avait été remise le 2 juillet , et le lendemain, jour même de la date que porte la dépêche de l'Empereur, les syndics des Nations et les états s'étaient confondus en remercfments, envers Leurs Altesses Royales. Les syndics, dans leur requête adressée aux états à ce sujet, s'exprimaient en ces termes : t Ils supplient vos Seigneuries révérend issim es et illustrissimes de faire parvenir leur sincère reconnaissance à Leurs Altesses Royales, et de les conjurer d'en accepter aussi le juste hommage, et d'être convaincues cm'ils ne cesseront jamais de leur porter l'attachement et l'amour qu'ils leur ont voués , enfin qu'ils en, feront leur idole. »

L'admonition paternelle de l'Empereur fiit, pour ces braves gens, un coup de foudre. Aussi vit-on leur style changer en peu de jours. « La nation voit avec consternation , écrivirent-ils, le 9 juillet, que des monstres ont poussé leur fureur à tel excès, qu'ils ont prévenu leur légitime monarque contre les plus fidèles sujets.*»», Le compte que le chancelier de cooc et d'État, prince de Kaunitz, a rendu à Sa Majesté des différents rapports du gouvernement général* aurait) pu désabuser le monarque des per-

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RAPÉDIUS

Nous avons fait remarquer qu au commencement de la latte les états s'étaient servis du conseil de Brabant pour allumer le feu de la révolte. On voit, par ce qui précède,- qu'ils ne tardèrent pas à en placer le foyer dans des régions beaucoup moins élevées. C'est désormais par les Nations qu'ils se feront adresser des plaintes, des remontrances, et si l'on se rappelle que les syndics des Nations faisaient tous partie de ce comité de volontaires, institué et présidé par Van der Noot, on ne doit plus être étonné de l'influence que prit bientôt , sur la direction des affaires, cet homme dont il ne faut point, au reste, s'exagérer la médiocrité. Dès que l'impulsion vint d'en bas, le gouvernement ne dut plus s'attendre à rien de raisonnable. Cela explique le refus des états de Brabant d'admettre même la possibilité d'une réforme quelconque, faite d'un commun accord avec eux , tandis qu'à la naissance de l'opposition ils avaient été, pour ainsi dire, au-devant des réformes, en offrant, quoique d'assez mauvaise grâce, d'entrer en négociation avec le gouvernement pour les concerter ensemble. A cette époque le prétexte de leurs plaintes était puisé dans ce que le gouvernement avait négligé de les consulter, et hormis cela, ils reconnaissaient l'existence des abus et la nécessité d'y porter remède.

Mais en changeant de siège , l'opposition changea de nature. Les Nations, guidées par Van der Noot, s'opposèrent désormais à toute espèce de mesures émanées du gouvernement. Elles s'opposèrent au départ des gouverneurs généraux et à l'envoi à Vienne de députés des provinces. Elles voulurent qu'on demandât préalablement à l'Empereur une garantie du maintien de la constitution <et des droits du pays. Du reste, les dispositions annoncées par la dépêche du 5 juillet furent diversement jugées, et elles n'obtinrent pas l'assentiment général, même parmi les hommes impartiaux. Voici dans quels termes RL De Berg en parlait.dans une lettre adressée de Paris1 à M. Antbon, sous -te date du 12 juillet:

c ......Cest mon opinion que, dans lès circonstances Actuelles,

le départ de Leurs Altesses Royales ferait urt tort infini au bien

DE BBRG. 261

de la chose publique. Je ne conçois pas de moyen d'éviter l'anarchie et les désordres effrayants qui pourraient et semblent devoir être la suite de ce départ. D'autre part, l'appel des députés des états à Vienne, conseillante peut-être dans les circonstances où l'on dit que Sa Majesté s'y serait déterminée, ne paraît pas l'être aujourd'hui : d'abord , parce que l'intervention de Leurs Altesses Royales à Vienne semblerait nécessaire , et que je ne conçois pas, comme je l'ai dit, qu'elles puissent s'absenter convenablement des Pays-Bas, dans les circonstances actuelles; en second lieu, parce que les représentants de la nation pressentiront, jè crois, que, par l'effet même de leur respect pour le monarque, ils éprouveraient des difficultés et des embarras extrêmes de rien conclure d'essentiel à une distance qui les priverait d'une communication assez prompte et assez facile avec leurs commettants; et que, désirant par cette considération s'excuser de se rendre à l'invitation qui leur aurait été faite, ils pourront appuyer leurs respectueuses remontrances à Sa Majesté, sur les promesses du monarque et sur l'intention constante où il a été de les remplir. Ils représenteront que , parmi ces promesses , se trouve la confirmation de la bulle d'or, en vertu de laquelle Sa Majesté a promis à ses sujets brabançons de ne jamais obliger aucun d'eux à sortir du Brabant pour quelque cause que ce soit. >

Quand cette lettre fut mise sous les yeux de l'Empereur , il était probablement trop tard pour qu'elle eût de l'inlluence sur sa résolution. Toutefois, les avis qu'elle renferme, de même que les observations énoncées dans la lettre du 6 juillet ( voyez p. 251), furent accueillis avec bienveillance par Sa Majesté. Cest ce qui résulte de la réponse suivante , que M. Anthon fit à l'une et à l'autre de ces épitres :

t Monsieur,

« Quoique l'expédition de ce courrier me laisse peu de loisir, je ne puis vous laisser ignorer que j'ai reçu les deux lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire , ensuite des troubles sur-

AAPÉDIUS

venus aux Pays-Bas. Sa Majesté a lu l'une et l'autre et de vous mander en réponse qu'elle a pris des rétablir l'ordre, et que, voulant rendre justice au zèle que avez témoigné pour le bien de son auguste service, elle songera , dans le temps , à vous conférer telle place qui pourra vous convenir. Des intentions aussi gracieuses sont bien propres à calmer le chagrin dans lequel l'événement fatal vous a plongé. Je me croirais bien heureux si l'intérêt vif que j'y prends pouvait également contribuer à l'adoucir un peu, n'ayant rien plus à cœur que de justifier la confiance dont vous m'honorez, ainsi que de vous convaincre des sentiments de considération et d'attachement que vous a voués pour la vie,

« Monsieur,

c Votre très-humble et trèsobéissant serviteur , € Vienne, 27 juillet 1787. Akthon. >

Les mesures prises pour rétablir l'ordre étaient le rappel des archiducs et du comte de Belgiojoso, la nomination du général comte de Murray (i) aux fonctions de gouverneur général ad intérim , l'ordre de concentrer quelques troupes , et l'envoi à

(i) Le comte Joseph de Murray de PhHiphauch el de Kinnimont , chevalier banneret de Melgum, chevalier de l'ordre de Marie-Thérèse, chambellan actuel , conseiller d'Etat intime et actuel de Sa Majesté l'Empereur et Bel, général de batailla de ses armées (depuis 4761), trait pris le commandement des troupes impériales aux Pars-Bas autrichiens, en 1781, époque où il succéda au marquis de Voguera, mort à Bruxelles le 19 juin de la même année. Il était aupararant gouverneur de la ville d*Ostende.7J exerça les fonctions de gouverneur H capitaine général ad intérim depuis le 19 juillet 1787 jusqu'au 87 octobre de la même année, jour où il remit les rênes de l'administration au comte de Traultmansdorf

Le comte de Murray descendait d'une ancienne famille noble de nscosse. II s'était marié deux fois dans les Pays-Bas , ayant épousé en premières noces, k Luxembourg, Christine de Maringh , morte le 23 décembre 17S3 , et en secondes noces , à Gand , le 36 juin 1765 , Marie Anne Françoise Colette de Lichterrelde, dame de l'ordre de la Croix étoilée , douairière de Charles Albert Louis comte de Tiennes de Rumbecke. Cette dame était fille de Charles François Joseph comte de Lichterrelde , baron de Herzelles , seigneur d'Eecke , chambellan actuel de Sa Majesté impé riale et royale apostolique , et de dame Marie Anne Françoise Van der Meerscbe.

L'impératrice reine Marie-Thérèse lui avait conféré le titre de baron, par lettres patentes du 16 septembre 1780, puis bientôt après, celui de comte, par autres lettres du M novembre 1761. L'empereur Joseph U lui accorda , en outre, par lettres patentes du 19 mars 1785 , la faculté de porter, dam les prorinces belgiques , les armes pleines de sa famine, avec les

Luxembourg du régiment de Bender : mesures dont on né tarda guère à reconnaître l'insuffisance. Quoiqu'il en soit, les archiducs annoncèrent, dès le 6 juillet , leur résolution de se conformer sans délai aux ordres de l'Empereur, et ils invitèrent les états de toutes les provinces à envoyer à Vienne des députés des trois ordres et surtout du tiers. Cest à cette occasion que les états de Brabant firent le premier essai de leur plan de confédération. Us convoquèrent à Bruxelles des députés de toutes les provinces , pour délibérer avec eux sur les propositions de l'Empereur. La réunion eut lieu, le 18 juillet, à l'hôtel de ville, à Bruxelles. Les volontaires, à pied et à cheval , se réunirent à la Grand'Place. On prononça quelques discours ampoulés, selon le goût du temps (i), et puis l'on décida qu'il serait satisfait au vœu de l'Empereur, en lui envoyant des députés à Yienne ; mais que ces députés seraient sans pouvoirs et qu'ils ne pourraient engager en rien leurs commettants. Les gouverneurs généraux partirent le lendemain, et les députés des provinces ne tardèrent pas à les suivre. Ainsi qu'il était aisé de le prévoir, l'entrevue de l'Empereur

(l) Voici une pièce de vers qui fui publiée à cette occasion et qui donne une Idée de ta lit térature de l'époque. Nous aurions pu citer un morceau dè poésie inédit ; mais nous aimons mieux reproduire ce qui a été publié arec quelque succès :

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O assemblée des sages! illustres défenseurs!

D'un peuple alarmé, les dignes libérateurs.

Qui par une fermeté aussi sage qu'hardie ,

Faites la leçon aux rais , soutenant la patrie (

Voyant arec horreur qu'on allait tout enfreindre,

Votre noble franchise abjura l'art de feindre ;

Dédaignant l'imposture et ses beaux argument* ,

L'auguste Vérité vous prête sea accents.

Acheté! , dignes pères d'un peuple qui tous aimé ,

Ne ralentissez pas votre courage extrême ;

Ces provinces fortunées sont sous voire tutelle ,

Vous assurent une gloire à jamais immortelle ;

Nos craintes s'évanouissent , k joie est dans notre cour.

De vos heureux succès attendant le bonheur ,

Tel des enfanta soumis, donc le père s'égare,

Voient par des sages tuteurs le mal qui se répare ,

Transmettons à l'avenir , ces traits de bienfaisances:

Vos hoirs après dix siècles auront nos reconnaissances

RAPÉDIUS

avec les députés des provinces ne produisit aucun résultat Ceux-ci firent lecture d'un long factum, contenant, comme de coutume, l'énumération de tous leurs griefs vrais et faux. L'Empereur, de son côté, leur reprocha d'avoir suscité des troubles,- outre-passé leurs pouvoirs, violé les lois, et il déclara qu'il ne ferait aucune concession avant le rétablissement de l'ordre légal et l'accomplissement de certaines conditions préalables qu'il leur imposerait. Des instructions dans ce sens furent transmises à Bruxelles, par dépèche du 16 août : < Dès aussitôt, y était-il dit, que vous m'aurez informé que tous les préalables se trouvent exécutés , et que tout est rentré, moyennant cela, dans l'ordre, je tâcherai de concerter avec les assemblées des états ou leurs députés dûment autorisés, ce que je pourrai faire pour le mieux possible dans les différentes branches de l'administration , sans être contraire à la constitution fondamentale de mes provinces belgiques. >

La principale de ces conditions préalables était que toutes choses seraient remises sur le pied où elles existaient avant le Ier avril. Ou se rappelle qu'à cette époque les intendances n'étaient pas établies ; à l'ancienne division des Pays-Bas en provinces, on n'avait pas encore substitué leur division en neuf cercles ; les nouveaux tribunaux étaient loin d'être organisés , et le conseil souverain de Brabant exerçait encore ses attributions les plus précieuses ; mais un assez grand nombre de couvents avaient été supprimés; le nombre des confréries avait été réduit à l'unité, les séminaires épiscopaux avaient été remplacés par un séminaire général, presque toutes les mesures de réforme concernant le clergé avaient reçu leur exécution. A celte époque aussi, nous l'avons déjà fait remarquer, l'opposition des états et du conseil de Brabant était fondée plutôt sur les réformes à faire que sur les réformes déjà faites. Cette opposition n'avait pris un caractère de gravité que par l'établissement projeté des intendances , et par la réorganisation annoncée de l'ordre judiciaire. Les états s'étaient irrités principalement de ce qu'on voulait toucher aux institutions fondamentales du pays, sans les avoir consultés, et ils avaient réciamé, comme un droit, l'examen et la discussion

des projets du gouvernement II était donc naturel de penser qu'en se reportant à cette époque et en annonçant l'intention de se concerter avec les états, sur les projets dont l'exécution arbitraire avait enflammé les esprits , toute cause d'agitation cessant» on rentrerait dans le calme primitif. Mais ce n'est pas ainsi que procède l'esprit révolutionnaire. Une fois que cet esprit est monté, on a beau faire disparaître les causes de son exaltation, s'il daigne s'en apercevoir, ce n'est que pour chercher ailleurs d'autres causes à y substituer.

Los états de Brabant étaient déjà bien loin de l'époque du i'p avril. Les édits de surséance accordés, au mois de mai, par les archiducs, n'avaient pu les arrêter un instant. Us n'avaient pas même attendu que ces édits fussent ratifiés par l'Empereur, pour marcher en avant ou plutôt en arrière. Déjà des couvents supprimés avaient été rétablis, les séminaires épiscopaux avaient été ouverts, on avait armé les citoyens, des employés de l'État avaient été forcés d'abandonner leurs fonctions; on avait été jusqu'à imposer aux gouverneurs généraux des fonctionnaires du choix des états ou des municipalités. C'étaient autant de conquêtes auxquelles Joseph II exigeait que l'on renonçât, préalablement à toute concession : car il avait spécifié , dans ses préalables, la suppression définitive des couvents, le rétablissement du séminaire général, le licenciement des compagnies de volontaires, la réintégration dans leurs places de tous les fonctionnaires éliminés , la révocation des nominations nouvelles, et enfin le payement des subsides arriérés et courants. Dans les autres provinces, où l'on ne s'était pas avancé aussi loin qu'en Brabant, ces conditions ne parurent pas exorbitantes. Le clergé s'efforça bien d'ameuter les populations; il célébra des messes solennelles pour obtenir de Dieu une issue favorable à ses prétentions; mais le bon sens des états sut résister à ces moyens d'excitation : partout ils donnèrent leur consentement aux préalables. Le Brabant seul refusa, et il fallut l'emploi de la force pour vaincre son opposition.

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