CHAPITRE XVI
VA» NI ROOT ET LE COMITE DES VOMMITAIBE». — MEHIEns EMECTS. —
Le comité des volontaires, présidé par Van der Noot, avait singulièrement élargi le cercle de ses opérations. Cest là que le gépie de cet homme dangereux s'était développé. On peut dire de Van der Noot qu'il était le type de 1 avocat politique. Il avait embrassé la cause de l'opposition, comme la plupart des avocats entreprennent un procès, sans s'inquiéter ni de sa Justice et de sa moralité, ni des conséquences générales qu'il peut entraîner. Il suffisait que le gouvernement lût devenu sa partie adverse, pour qu'il se mit à organiser les moyens de le combattre et de le renverser. 11 ne concevait de bien-être et de prospérité pour
RAPÉDIUS
le pays que dans le gain de ta cause. Aussi le vit-on, en 1789, faire une révolution pour les séminaires épiscopaux, comme plus tard il en aurait fait une pour l'institution du jury ou la liberté de l'enseignement. Aux gens de cette trempe le sujet est assez indifférent, pourvu qu'ils parviennent à ruiner le pouvoir auquel l'action est intentée, comme l'on dit en termes de palais, et à faire triompher leur client, c'est-à-dire le parti qui les emploie.
Quant aux moyens mis en œuvre par Van der Noot, tous portaient le cachet de leur auteur. Empreints de l'esprit de chicane et couverts d'un faux vernis de raison et de légalité, aucun d'eux n'était avoué pour ce qu'il était réellement. Ainsi, lorsqu'il organisa les volontaires , c'était , disait-il , pour maintenir l'ordre et la tranquillité publique, que, d'autre part, lui-même avait soin de mettre incessamment en danger. Il était fort habile dans ce genre d'opération, et c'est à tort qu'on l'a représenté comme un être tout à fait inepte : il mérite, au contraire, d'occuper un rang distingué parmi les célébrités de son espèce. Trivial et même ignare sous le rapport littéraire , ignoble et grossier dans ses relations sociales, parfaitement ridicule sous divers autres rapports, Van der Noot n'en était pas moins doué de toutes les qualités nécessaires au rôle dont il s'était chargé. 11 avait ce qu'il faut principalement dans les temps de trouble pour réussir : l'esprit brouillon et beaucoup d'audace. Il ne doutait de rien, se croyait capable de tout , et joignait à une extrême confiance en lui-même ce ton dogmatique et tranchant , pour débiter les choses ilu monde les plus niaises ou les plus absurdes, cet aplomb dans le sophisme, cette facilité dans le mensonge qui peut s'élever jusqu'à l'impudence, et qui ne s'acquiert qu'au barreau , par la pratique des mauvaises causes. ' 1
H avait commencé, comme nous l'avons vu pratiquer encore à une époque plus récente, par établir une contribution patriotique. Des listes de souscription avaient été remises à diverses personnes, qui s'étaient chargées de les faire circuler. Elles étaient accompagnées d'une espèce de prospectus, qui avait cela de curieux qu'il indiquait te trésorier de l'État comme déposi-
DE BERG
taire des fonds à recueillir. Voici le texte de ce singulier document :
c Les précautions prises et à prendre pour maintenir le bon ordre et assurer la tranquillité publique, dans cette ville de Bruxelles, exigent des dépenses et des frais auxquels tout citoyen se fait sans doute un devoir de contribuer. Pour faciliter les moyens de donner à cette disposition l'effet qu'elle peut avoir, toutes personnes sont invitées de souscrire ci-bas à cette contribution, fixée à deux couronnes impériales, pour le moins, sans désigner néanmoins la somme ultérieure que chaque souscripteur sera le maître de proportionner et à son zèle et ses facultés et à sa bonne volonté, et qui ne sera connue que des trois membres soussignés, choisis, à cet effet, parmi le comité, présidé par monsieur l'avocat Van der Noot ; auquel comité sera confié l'emploi des fonds qui devront se déposer dans la caisse publique de messieurs veuve De Nettine et fils, rue des Longs Chariots, dirigée par monsieur Gaumard, vulgairement nommée la Banque.
c Jac. Jos. Chapel, J. C Schruers, pour nous et pour monsieur Édouard De Walkiers, absent.
< De Post. Les souscripteurs inclinés à contribuer pour plus de deux couronnes sont priés de désigner l'import de leur contribution dans un billet cacheté, qu'ils remettront au porteur de la liste, et qui ne sera ouvert que par les trois députés et rendu par eux aux souscripteurs, après payement fait de la souscription.
« Ita est,
« H. C. N. Van der Noot, junior, 1787. »
A l'aide du produit de cette souscription et des subsides qui lui étaient alloués par les états, Van der Noot avait Orgàhisé,' tant biën que mal , un corps ' àè' vôlontàires , infanterie èt cavàlerië."Cés- troupes faisaiént'jbu'riïellemën't là parade sur lès places' pubfâjiies de Bruxelles; élles montaient la garde j)àr conifxignies' entières ; les jardins dés couvents leur Servaient de plainë d'exer-
UA.I'ÉDlUi
ciçe. Leur organisation laissait sans doute beaucoup 4 désirer , sous le rapport militaire; mais, pour l'usage auquel on les destinait, il, snifisait. qu'eljes eussent des armes, dés uniformes et des cocardes. Des, démonstrations plus oumoi#s guerrières, mais surtout bruyantes,, étaient tout ce qu'on attendait d'elles. Voici, du reste, quelle était cette organisation : les volontaires agrégés aux cinq Serments formaient deux bataillons, 4oat Tun était comppséde la compagnie agrégée au Serment de S'-George» d& la compagnie de S'-Christophe et des volontaires verts admis par le comité et agrégés au Serment de S*-Christopbe ; l'antre batail» Ion se composait de la compagnie du grand Serment, deiaconK pagnie de $'-$ébastien et de Ja compagnie de S'-Michel , dite des escrimeurs. Le premier bataillon était commandé par le ca« pitaine De Franquin, le second par le capitaine? Devaux aîné. M-, De Fran/quin avait, en outre, le commandement est chef des deux baillions. Deux adjudants lui étaient attaches pour ce service : l'un était M. Van Çelder et l'autre L'avocat Mangei.
La compagnie des volontaires agrégés au grand Serment était commandée par le baron Vanderhaeghen. Elle avait un premier lieutenant, nommé Lelong, et trois sous-lieutenants, nommés Devos, Adan et Van Langendonck. Elle était forte de 5* officiers, 2 sergents, 2 fourriers, 9 caporaux, H appointés, 196 volontaires, 2 tambours, 2 fifres et 6 caporaux à là paye; en tout 235 hommes.
La compagnie des volontaires agrégés au Serment de Saint- Georges , qui était ra compagnie de M. De Franquin, avait pour capitaine en seoQnd le chevalier de la Puënte, pour i'r lieutenant M. Barnaba, pour sous-lieutenant le chevalier de Villeneuve. Elle était forte de 4 officiers, 4 sous-officiers, 8 caporaux, 1 15 volontaires , 2 tambours % fifres, 1 sejrgçnt et 4 caporaux à ta page; en tout 140 typmmes.. Le Serment de^Sf-Georges avait en putrei une compagnie, de, cavalerie,, ,çpjninandée par M. QiarUeg 4.0domont> et.4ont le. capitaine en second e^t M . I)e Grysperçes,, les, premiers JieutenantSjlM^J^ Van, XoWeu et J^anderoans, le^sotfsliemenao^s HM< ^e ^c-ter, ej Van, §everv Çe«i?, compagnie étaff
forte de 6 officiers, 5 sons-officiers, 5 brigadiers, 61 cavaliers, 1 fourrier, I maréchal-lefirant, i palefrenier et 2 trompettes ; en tout 82 hommes.
La compagnie des volontaires agrégés au Serment de S'-Sébastien avait pour capitaine M. De Fraye de Schiplaken, pour premier lieutenant M. Daniel Bauwens, pour sous-lieutenant M. Isaï Giraud, pour enseigne M. P. Lafond. Elle était forte de 4 officiers,
1 sergent, 4 fourrier, 7 caporaux, S appointés, 224 volontaires,
2 tambours, 2 nïres, 4 caporaux ? la -paye; en tout 255 hommes.
Les volontaires agrégés au Serment de S'-Cbristopbe étaient commandés par M. Van Isselsteyn. Le premier lieutenant était & Leunokens, le second lieutenant Al» De Meurs, l'enseigne M. Turlot. Cette compagnie se composait de 4 officiers, 1 fourrier, 1 sergent, 9 caporaux, 5 appointes, 130 volontaires, 2 tambours , 2 fifres, 4 caporaux à la paye; en tout 178 hommes. Les volontaires, verts, agrégés au même Serment, étaient commandés par le lieutenant! De Ridder, et avaient pour second lieutenant le sieur Wauthier. Cette compagnie était forte de 2 officiera. 4 adjudant, i sergent, 1 capitaine d'armes, 6 caporaux, 1 exerceur, 1 musicien, 2 tanubours, 2 iifnea, 36 volontaires; total 52 hommes. : i .. ), .
Les volontaires agrégés au Serment de S^Miohel, dit desstmmeurs, étaient commandés par M. Devaux. Lear premier lieutenant s'appelait Bosschaert, leur sous-lieutenant Pouillon, leur enseigné Grnber. Cette compagnie comptait 4 officiers, 2: sousofficiera, 8 caporaux, 8 appointés, 170 volontaires, 2 tambours, 2 fifres, 5 caporaux à lai paye; en tout 204 hommes.
La force totale de ces compagnies de- volontaires étaiti donc, à Bruxelles seulement , de il 41 hommes,, ce qui doit paraître ■ conadéraWevsiVon attention à la faiblesse- des puisons de cette époque. On conçoit^ d'après cela, que. Joseph il ait exigée comme condition préalable, que ces corps hissent dissous; mais on comprend au 96i combien i;Ldu1 être diffieilé'd^ohtenirt du par» de l'opposition un pareil sacrifice. Le gouverneur général fut
KAPÉDltJS.
obligé d'opérer par voie de tâtonnement. Il écrivit d'abord au conseil souverain de Brabant, pour l'engager à lui proposer une ordonnance qui supprimât les associations nouvellement formées, en laissant subsister les corporations anciennes (dépêche du 49 août). Le conseil de Brabant répondit, le 27 du même mois, que les associations nouvelles avaient été incorporées dans les Serments; que les Serments étaient constitutionnels et légalement établis depuis les temps les plus reculés; que, du reste, la police de ces corporations appartenait aux magistrats municipaux , et que, par ce motif, il venait d'envoyer la lettre de Son Excellence aux états, afin que ceux-ci s'entendissent à ce sujet avec les magistrats des différentes villes.
Survint alors une déclaration impériale datée du 28 août, par laquelle toute corporation illégale était supprimée, et défense était faite aux membres des corporations légales de porter aucun signe distinctif, ailleurs que dans l'exercice de leurs fonctions. Une dépêche secrète, adressée le lendemain, 29 août, par M. le comte Murray aux conseillers fiscaux de Brabant, fait bien voir quels étaient et la pensée et l'embarras du gouvernement.
c Très-chers et bien amés , nous croyons indispensable de vous informer, plus particulièrement par les présentes, que Sa Majesté nous a expressément fait connaître son mécontentement sur la continuation des corporations occasionnées par les derniers embarras : les uniformes, les costumes des individus desdites corporations, leurs exercices, marches et appareils militaires étant envisagés comme contraires à l'autorité et à la dignité souveraine. Vous observerez , de la déclaration que nous avons, fait émaner , que les moyens légaux pour le maintien de la police et du bon ordre sont les' seuls que l'on pourra employer;, mais comme un resté de l'agitation des esprits pourrait faire abuser de ces moyens , pour reproduire les mêmes corporations avec les mêmes appareils .militaires et distint tife, mais sous une , forme seulement variée , nous vous chargeons dé prendre y avec, prudence, mais avec efficacité, des arrangement» avec les magistrats, nommément des villes *le Bruxelles, Louvain.i immrs^ Tirle»
DE DEBG;
mont , Nivelles, Diest, à qui nous écrivons à cet effet, pour établir et ne faire usage des moyens légaux de police que sur un pied qui annonce, dans le fond et dans la forme, que le tout est rentré à cet égard dans le cours naturel des choses, de façon que, sous quelque face que l'on envisage ces moyens, ils ne puissent point être vus comme tenant à quelques appareils militaires, et plus démonstratifs que les seules mesures de police ne le demandent. Nous concevons que l'état des circonstances exige qu'on étende ces moyens de police; sur quoi vous devez aussi distinguer entre les villes qui ont ou n'ont pas de garnison. Ces dernières exigent des mesures légales plus étendues ; les autres , ayant , pour les cas extraordinaires et imprévus, lé secours de la garnison, comme de coutume, n'ont pas besoin de monter leur police jusqu'au degré nécessaire pour parer à ces cas extraordinaires* Vous sentirez de là que vous devez être attentifs à ce qu'on pro* portionne le nombre d'individus pour la police, selon que les villes sont sans garnison. Il faut aussi que le régime, quant aux dénominations , autorités et pouvoirs de ces corporations légales, pour la subordination entre elles ou envers leurs premiers supérieurs, soit exactement conforme aux Ordonnances et usages, sans permettre que ces supérieurs délèguent leur autorité à des individus ou à dés comités contre la pratique ordinaire.
< Nous vous chargeons aussi d'être attentifs à l'exécution de l'article 4 (i) de la déclaration, avec sagesse, mais cependant de façon que les démonstrations y mentionnées cessent entièrement. Vous vous chargerez, vous conseiller fiscal , des villes de Bruxelles et de Louvain, et vous commencerez d'abord votre besogne avec les magistrats de la premièré; et vous, conseiller procureur général, vous opérerez, à l'égard de Tlrlemont, Anvers, Nivelles et Diest, en commençant par ladite ville de Tirlemont. Vous tiendrez la présente dépêche pour instructions secrètes, et vous conduirez prudemment les magistrats à diriger les mesures d après
(i) Cet article 4 était ainsi conçu : « On s'abstiendra de porter lei marqua distinctivel , « telles que cocardes et autres, dont l'usage s'est introduit depuis quelque temps, et les contre- « venants seront condamné* à une amende de dix écus pour chaque eontratenlion: » «
l'esprit desdites instructions. Vous nous ferez successivement rapport de ce que vous aurez effectué.
t A tant, trcs-chers et bien aînés, Dieu vous ait en sa sainte garde.
t De Bruxelles, le 29 août 1787.
Cr. Y*. t M car \ y.
« Par ordonnance de Son Excellence :
« De Reul. »
L'exécution des ordres contenus dans cette dépêche était subordonnée à la publication légale de la déclaration du 28 août. Or, c'était là précisément la grande difficulté : le conseil de Brabant, à qui il Hit enjoint de la faire émaner et publier dans tous les lieux de son ressort, commença par la communiquer aux états, par lettre du 31 août, les priant de lui donner leur avis sur cette affaire importante. Il en envoya en même temps copie aux magistrats de Louvain , de Bruxelles et d'Anvers, et invita ceux-ci à consulter les cbefs des Giiden , Wycken et des autres corporations de leurs villes respectives, et à lui transmettre leurs avis écrits et signés. C'était les rendre juges dans leur propre cause, et il était impossible que le conseil de Brabant ne comprit point l'absurdité de cette mesure; mais ces retards étaient combines dans le but d'atteindre l'époque des vacances et de se séparer sans avoir rien résolu. Dans l'intervalle les membres du conseil donnaient eux-mêmes l'exemple de la désobéissance, en s'aftublant de cocardes et de signes prohibés.
Le gouverneur général , qui voyait bien le but de cette manœuvre, écrivit d'abord au conseiller Yan Assche, qui, étant le plus ancien, remplissait les fonctions de président, la lettre suivante ;
t Monsieur,
< Comme l'ordonnance qui a été envoyée au conseil de Brabant, pour faire cesser le port des cocardes, uniformes et autres démonstrations de cette espèce, n'a pas été publiée encore, je
DE RERG.
ne pois me dispenser de tous en écrire, monsieur, pour que tous concouriez à ce que cette ordonnance, qui ne saurait être susceptible de difficulté, soit émanée sans délai.
c En attendant je souhaite, monsieur, que le conseil, les employés, et en général tous ceux qui tiennent à ce tribunal , cessent incessamment de porter les cocardes et tous autres signes que l'ordonnance interdit. J'ai trop bonne opinion des membres du conseil, d'ailleurs au service de Sa Majesté , pour ne pas m'assurer qu'ils s'empresseront de donner l'exemple de leur soumission aux intentions de Sa Majesté.
c Je suis avec une parfaite considération,
c Monsieur,
« Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
c Murbay.
c Bruxelles, 3 septembre 4787. »
Quelques jours après, le 7 septembre, le gouverneur général manda chez lui les députés des trois chef-villes, pour les presser de remettre l'avis qui leur avait été demandé. Ils s'engagèrent formellement à le faire pour le mardi suivant , et aussitôt M. le comte de Murray en prévint le conseiller Van Assche, et l'invita à faire la publication le mercredi. < Je souhaite, disait-il, que vous fassiez les dispositions nécessaires, pour qu'au cas que les vacances commencent ce jour-là , il se trouve toujours à Bruxelles un nombre suffisant de conseillers pour que l'émanation puisse avoir lieu au jour susdit. » Le H du même mois, il écrivit au conseiller Van Assche une seconde lettre, par laquelle il invitait le conseil de Brabant, en corps, à se rendre chez lui le lendemain, vers midi. Mais toutes ces instances furent vaines : les vacances étaient commencées et elles servirent de prétexte à la mauvaise volonté.
Le conseil de Brabant avait reçu d'ailleurs, presque en même temps, la réponse des états à sa lettre du 31 août. Ceux-ci, au lieu de faire connaître leur avis, proposaient de conférer , avec des commissaires du conseil , sur les avis donnés par les trois
RAPÉD1US
chef-villes. Aussi» le conseil de Brabant répondit, le 12 septembre, au comte de Murray, qu'il n'avait pu se réunir en nombre suffisant, et que, par ce motif, il n'avait pu délibérer sur sa proposition de se rendre vers lui en corps. Au reçu de cette dépêche, le gouverneur général perdit patience, et le même jour , au nom de l'Empereur, il intima Tordre au conseil de Brabant de procéder à l'émanation et publication de la déclaration du 28 août, avant la fin de la journée du samedi , i5 septembre. Ce jour-là le conseil s'assembla enfin en nombre suffisant, et prit la résolution suivante :
c Résolu , à l'intervention de l'office fiscal , d'émaner et de faire publier, dans tout le ressort de ce conseil, la déclaration portant la date du |28 août dernier, concernant la police et le maintien du bon ordre, selon la minute ci-vue et lue, bien entendu que cette déclaration se borne à faire cesser ce qui pourrait être illégal , et conséquemment que la défense reprise dans la même déclaration ne concerne pas les Serments, Wycken ou gardes bourgeoises et autres corporations légales et leurs suppôts agrégés, et ne préjudicie en aucune manière à leurs droits, prérogatives, marques distinctives, privilèges et usages.
c Au surplus résolu : d'envoyer copie de cette résolution aux états de Brabant, aux magistrats des chef-villes de Louvain, Bruxelles et Anvers , chargeant les mêmes magistrats de donner part de ladite résolution aux Serments, Wycken et autres pareilles corporations légales, ainsi que d'envoyer copie de la même résolution , partout ailleurs dans leur ressort respectif par lettres circulaires en la forme ordinaire. »
Il n'était pas possible d'exciter plus directement à la rébellion. Aussi , à dater de ce moment, l'agitation fut à son comble. Les circonstances, même les plus accidentelles, furent exploitées à son profit. Cest ainsi qu'à l'occasion d'une rixe qui avait eu lieu dans un des faubourgs, entre des gens du peuple et quelques militaires, les Nations adressèrent une représentation aux états pour demander justice des excès commis envers les bourgeois par les soldats autrichiens. Cette espèce de pamphlet, répandu
avec profusion dans Bruxelles, faillit, dès le 45 septembre , faire éclater la révolte. Les troupes furent consignées dans leurs quartiers et restèrent toute la nuit sous les armes.
Le 16 était un dimanche. La journée se passa en vaines paroles. On fit courir beaucoup de bruits, vrais ou faux. On disait, entre autres choses, qu'an courrier était arrivé de Vienne pendant la nuit, et cette nouvelle suffit pour tenir ouvert le champ des conjectures;
Le 47, il y eut assemblée des états à l'heure ordinaire. Vers midi on publia, à la brétèque de la maison de ville, dans les fermes accoutumées , la déclaration impériale du 28 août. Dès que ce document fat affiché, quelques individus, qu'on avait «postés, se ruèrent sur la planche qui le portait et la brisèrent en mille pièces. Quatre grenadiers, qui avaient voulu s'opposer à cet acte de violence, faillirent être victimes de leur zèle. « Cette planche brisée, dit naïvement un écrivain du temps, devint si notable par cette époque, qu'un chacun s'efforça d'en ramasser un morceau pour le garder en mémoire de cet événement (i). >
A trois heures, les Nations furent convoquées à la maison de ville, sous prétexte de s'occuper du consentement au subside. Le pensionnaire des états expliqua à leurs syndics- la situation des affaires. Il leur représenta qu'il s'agissait d'obtenir la ratification des déclarations données par les archiducs; il leur traça la marche à suivre pour parvenir à ce but, marche oblique , marche diplomatique, si l'on veut , consistant à céder sur un point pour avancer sur un autre. 11 leur recommanda surtout de ne pas accorder le subside avant tout redressement des griefs. Les états paraissaient dans ce moment avoir adopté un plan de campagne qui tendait vers la conciliation. L'effet s'en fit apercevoir dans le comité même des volontaires. On voit , par le procès-verbal du 18, qu'il y fut résolu c de s'abstenir du port de toutes marques distinctives, comme panaches, floches, etc., sans préjudice à tous droits, privilèges , usages et coutumes à ce contraires. »
( i ) Autre relation de ce qui s'est passé à Bruxelles , depuis le 15 septembre jusqu'au âft » 1787 , plus fidèle, corrigée, etc. Braièllc», mus nom d'imprimeur, 1767. Broch.
RÀPÉDHJS
La conduite que tint Van der Noot , dans la journée du 19 , fut une conséquence de cette résolution et de la politique adoptée par les états.
Ce jour-là, il avait été notifié aux volontaires de s'assembler, vers quatre heures après-midi, à la Grand'PIace. Longtemps avant l'heure indiquée, la place était couverte de peuple : toutes les croisées étaient occupées; il y avait du monde jusque sur les toits. On s'attendait à voir arriver les volontaires en corps , et c'était une ovation qu'on leur préparait. Mais , par suite de la résolution prise la veille par le comité, ils arrivèrent séparément l'un après l'autre et montèrent à la maison de ville. Là Van der Noot ne craignit pas de compromettre sa popularité en se rendant l'organe de la politique des états. Il engagea les volontaires à l'abandon, au moins momentané , de leur uniforme, sans préjudice à leurs droits, privilèges, etc.; mais ceux-ci, qui n'entendaient rien à toute cette diplomatie, ne firent que s'exalter davantage, et le discours du futur père du peuple fut couvert de sifflets et de huées. Les volontaires descendirent de la maison de ville en jurant qu'on ne les dépouillerait jamais des marques de leur civisme : de sorte que cette tentative n'eut d'autre résultat que de mieux préparer les événements du lendemain.
Cependant, les états avaient envoyé une députation au gouverneur général , pour lui annoncer le prétendu succès de leurs efforts, et pour l'engager à faire paraître la ratification tant désirée. M. le comte de Murray s'y était, en quelque sorte, engagé, lorsqu'il apprit que les volontaires ne tenaient aucun compte de la parole des états et de l'espèce de traité qui venait de se conclure tacitement entre eux et lui. Le 20 septembre, vers dix heures du matin, quatre à cinq cents volontaires en uniforme se rendirent à l'église S'-Géry, pour assister aux obsèques d'un des leurs, nommé Pierre Kockaert. Cette démonstration ne laissa point de doute dans l'esprit du gouverneur général sur l'impossibilité d'un dénoûment pacifique. Dès lors, les ordres qui avaient été préparés reçurent leur pleine et entière exécution. Toutes les troupes de la garnison prirent les armes et se tinrent prêtes
dans les casernes. Le général d'Arberg entra dans la ville à la tête d'un détachement de dragons, qui étaient cantonnés à Vilvorde, et deux bataillons, qui se trouvaient campés à proximité de la ville, firent leur entrée presqu'en même temps. Ces troupes se dirigèrent vers la place Royale, où elles prirent position. Deux pièces de canons furent braquées vers la Montagne de la Cour, et deux autres à l'entrée de la rue Royale. Pendant ce temps une partie des dragons faisait une excursion dans le centre de la ville. Un assez fort détachement parcourait la rue Haute, et faisait main basse sur les volontaires qu'il trouvait isolés et en uniforme. La même opération avait lieu dans d'autres quartiers moins populeux.
Tous ces mouvements, comme bien l'on pense, ne purent se faire sans jeter l'alarme parmi ceux qu'on appelait patriotes. La population presque tout entière se souleva. Les volontaires coururent aux armes et se rendirent en masse à la Montagne de la Cour, où ils semblaient menacer les troupes de la place Royale. Mais tout à coup une fausse alerte les fit changer de contenance : le bruit se répandit que les Autrichiens, qui étaient restés dans leurs casernes, venaient de se mettre en marche et qu'ils allaient venir cerner les assaillants. Les volontaires effrayés descendirent précipitamment vers la tirand'Place. Ils y posèrent leur camp devant la maison de ville, où les états étaient restés en permanence. Toutes les avenues furent dépavées, on tendit des chaînes, on éleva des barricades. Ce fut dans ce moment que le gouverneur général, comte de Murray, se présenta lui-même à une des issues de la Grand'Place, pour se rendre à l'assemblée des états. Il cédait aux sollicitations du duc d'Ursel (1) et du
( i ) Wolfgang Guillaume Joseph Léopold Vîul , duc d'Ursel et de Hoboken, prince d'Arche et de Charleville, comte de Grobbeodoack , Milan, Seoeghem, Durbuy et du saint empire romain, baron de "Wesemael et, en cette qualité, maréchal héréditaire du duché de Brabant , baron d'Oostcamp , Avelghem , vicomte de Vive-Saint-Éloy , seigneur «FUingene , Heisl , Bccstcrl , etc. , grand veneur et haut forestier de Flandres , chambellan actuel de Sa Majesté impériale et royale apostolique, et général-major de ses armées, né le 39 avril 1750.
Il était fils de Charles Elisabeth Conrad Albert Philippe François de Paule Norbert, due dUrsel , chevalier de l'ordre de la Toison d'or (en 1771 ) , gouverneur de la ville de Bruxelles , né en 1718, mort à Bruielle», le H janvier 1775, et de Marie Éléonore , princesse de Lobko-
RAPÉDIUS
marquis de Ghasteier, qui, dans l'intention fort louable, sans doute, d'empêcher de plus graves désordres , l'entraînaient à une démarche qui devait compromettre son caractère. Le gouverneur général eut beaucoup de peine à percer la foule qui encombrait la place; sa calèche faillit se briser dans les barricades; un concert de huées le suivit dans cette course périlleuse. On avait lait accroire au peuple qu'il ne s'agissait pas seulement de déshabiller les soldats citoyens, mais que des dragons de Malines arrivaient au galop pour aider ceux de Bruxelles à égorger les bons habitants. Aussi, toutes les cloches sonnaient le tocsin, et les bourgeois épouvantes se pressaient autour des états, dans l'espoir d'échapper ainsi au massacre général.
Murray, qui, jusque-là, avait montré assez de fermeté, finit par céder aux exigences des états. Après une heure et demie de discussion assez vive, il promit de faire publier, le lendemain, la ratification impériale , et signa l'ordre de faire retirer les troupes. La seule condition qu'il y mit fut le rétablissement de la paix publique. 11 put immédiatement 6'aperoevoir, en sortant de la maison de ville, jusqu'à quel point cette condition était exécutable : il fut reconduit à son hôtel, au bruit des huées et des sifflets, sous l'escorte d'un détachement de volontaires à pied et
wiU, dame do Tordra de la Croix étoilée , née en 1726, morte le 9 mai 1756, et petit-fils de Conrad Gaspard Charles comte d'Ursel , qui avait obtenu le titre de duc , sous le nom dHoboken , par lettres patentes de l'empereur Charles VI , du 34 avril 1784.
Il épousa , le 18 avril 1771 , Marie Flore d'Arenberg , née le 28 juin 1752 , morte en 1832.
Il prit séance aux états de Brabant, comme duc d'Hoboken , le 7 novembre 1775, après y avoir déjà siégé en qualité de comte de Grobbendonck. Lors de son entrée aux étals , il avait prouvé, aux termes des règlement*, les quatre quartiers nobiliaires suivants :
Uitsst, Sua, Louowni , Us Wtumn.
Il fut élu repentant provisoire de la ville libre de Bruxelles, par l'assemblée du peuple, tenue dans l'église de Sainte-Gudule , le 18 novembre 1792 , et prêta serment , en cette qualité , dans la séance du 23 du même mois.
Le duché d'Hoboken , situé sur l'Escaut, à une lieue au-dessus d'Anvers , était, en 1278, une bruyère appartenant aux sires de Perwei, d'où la dénomination locale, encore usitée aujourd'hui , de Hobokcn fuyde. Elle appartint , plus tard , à la maison de Nassau , qui la vendit , en 1559 , a la famille Schçtz, d'Anvers , dont descendent les ducs actuels. Elle fut érigée en barounie en faveur de Conrad Schelz , le 20 mai 1600.
Le comté de Grobbendonck , qui appartenait aussi à la famille d'Ursel, et qui, également, lui ouvrait l'entrée des états de Brabant, était situé dans la district connu alors sous le nom de maverie de Sanlboven , dans la Campine brabançonne.
à cheval. Néanmoins, le gouverneur général tint sa parole, et le lendemain, vers onze heures du matin, la foule étant de nouveau établie à la Grand'Place , on vit le doc d'Ursel , le marquis de Chasteler (1) et le pensionnaire des états De Cock, précédés
(i) François Gabriel Joseph marquis de Chasteler et de Courcclles, baron d'Incourt,
seigneur de Cornières, Longueville, la Cattoire , RianwclU, Ansermoat, Bouland, des Bois de Louvignies, etc., né le 50 mars 1744, licencié en droit à l'université de Louvain , le 7 décembre 1761, chambellan de Leurs Majestés impériales et royales apostoliques, en 1761; lieutenant delà garde royale des hallebardiers, eu 176»> ; gouverneur et prévdt de la ville de Binche , en 1769, conseiller d'Etat <fépée , en 1770; membre de l'académie impériale et royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, élu directeur de ce corps savant quatre années de suite (en 1786, 1887 , 1788 et 1789 ), décédé a Liège , le 11 octobre 1789.
Il laissa plusieurs ouvrages et opuscules académiques'. Quelques-uns de ses ouvrages sont indiqués dans Quérard, France littéraire, t. m, p. 621. M. Delmotte a donné une notice biographique du marquis de Chasteler, dans le 4« volume des Archivée historiques et littéraires du nord de la France. M. le baron de HeitTeuborg en a donné une autre dans V Annuaire de [académie, 1" année, 1835, p. 90, et 3« année, 1837, p. 8Î. Voyex aussi le supplément h la Biographie universelle de Michaud, t. n , p. 511-544.
Le marquis de Chasteler siégeait aux étaU de Brabant , où il avait été admis en qualité de baron d'Incourt , te 1 1 mars 1777 , après avoir prouvé les quatre quartiers nobiliaires suivants ;
Csmusa, Do 6m, Frambii;, Du Bhoh.
H avait acquis, en 1773, les seigneuries d'Incourt et de Longueville, de Jean Adrien Van Bcmmel , seigneur de Beramel et de Beuckelaer , bailli d'Over Betuwe, en Gueldrs. L'impératrice Marie-Thérèse érigea, en sa Faveur, la terre d'Incourt en baronnie, par lettres patentes du 23 juillet 1776. La même princesse lui avait accordé, par lettres patentes du 38 mars 1769; la permission de sommer ses armoiries d'une couronne ducale fermée, et de les décorer d'un manteau fourré d'hermine.
Le marquis de Chasteler siégeait également aux état* de Hainaut , où il avait été admis le 8 juin 1765.
Il était dis de Jean François marquis de Chasteler, de CoureeUes et de Moulbais, né le 6 août 1691, conseiller d'Etal d'épée des Pays-Bas, conseiller noble au conseil souverain de Hainaut, pub président dn même conseil , crée marquis par lettres patentes de l'Empereur Chartes VI , du 15 mars 17», mort le 10 sont 1763, et de la seconde femme do celui-ci , Marie Claire Joséphe Du Sart , dame de Bouland , décédée le 13 janvier 1758.
Il avait épousé, en premières noces , le 41 mars 1769, Albertine Joséphe Dorothée comtesse de Turheim , ehanoinesse du chapitre noble de Sainte -Waudni , à Mens , morte a Bruxelles, le 25 juin 1765- Il épousa en secondes noces, le 22 juin 1767 , Catherine Elisabeth De Haseleer , douairière de Gdvinck, fille de Gérard ArnoW De Haseleer, bourgmestre d'Amsterdam, qui avait été ambassadeur des états-généraux des Provinces-Unies au congrès d' Aix-la-Chapelle, en 1788.
Il laissa plusieurs enfants , parmi lesquels Jean Gabriel Joseph Albert marquis de Chasteler, né le 12 janvier 1768, décédé i Venise, dont il était gouverneur, le 12 septembre 1819. Celui-ci fut propriétaire , depuis 1802, du célèbre régiment de chasseurs tyroliens, qui porta longtemps son nom, et qui était le 64* régiment d'infanterie de ligne autrichienne. Presque toutes les biographies modernes ont donné des notices plus ou moins exactes sur le général de Chasteler. ( V. la Biographie nouvelle dn Contemporaine , par Jay , Jony , etc., t. r», p. 348 ; Biographie universelle classique, t. i, p. 592; Dictionnaire historique, de Palier, t. n, p. 211. Dans ce dernier ouvrage on trouve une notice biographique remplie d'erreurs, où notre
RAPÉDIUS
du porte-étendard du Brabant, paraître au haut de l'escalier de la maison de ville. L'un d'eux tenait à la main un papier qu'il paraissait avoir dessein de lire à haute voix ; mais les cris de la multitude, à l'aspect du drapeau qui annonçait la pacification, empêchèrent la lecture de l'acte. Aussitôt l'allégresse publique succéda aux alarmes, et les chefs de l'opposition, satisfaits de ce premier triomphe, en augurèrent pour l'avenir un succès plus complet.
La déclaration du comte de Murray , faite au nom de l'Empereur, portait que les constitutions, lois fondamentales, privilèges et franchises des provinces étaient maintenus, tant pour le clergé que pour Tordre civil ; que les nouveaux tribunaux de justice et les intendances étaient et resteraient définitivement supprimés; que les anciennes juridictions et administrations étaient en conséquence rétablies et maintenues; enfin, qu'à l'égard du redressement des objets contraires ou infractions à la constitution , il en serait traité avec les états, ainsi qu'ils l'avaient demandé; qu'on recevrait, en conséquence, ce qu'ils proposeraient à cet effet, et que Sa Majesté y disposerait d'après l'équité et la justice, selon les lois fondamentales.
Cette déclaration n'était que la suite et la conséquence de celle
marquis de Chasteler , «on fil» , le gouverneur , et son frère , mort au château de Moulbais , en 1820 , sont confondu» , pour ne faire qu'une seule personne.)
L'hôtel du marquis de Cnasteler était situé , à Bruielles, entre les deux Sablons. II le vendit en juillet 1789, peu de temps avaut sa mort. Ce local changea alors de destination et devint le monastère des religieuses carmélites thérésiennes, supprimé par Joseph II, en 1783 ; elles obtinrent des étals de Brabant, en 1700, l'autorisation de s'établir de nouveau à Bruielles. C'est alors qu'elles érigèrent l'église , qui est aujourd'hui convertie en temple maçonnique , et qui fut consacrée aotennement par Laurent Millé , pléban de l'église collégiale de Sainte-Gudule , le 20 septembre 1793.
Le marquis de Chasteler eut un frère put né, François Marie Antoine Chrétien marquis de Cnasteler de Moulbais, né le 24 septembre 1756, décédé au château de Moulbais, prés d'Ath, le 30 août 1820. Celui-ci fut, au mois de février 1814, un des députés de la Belgique envoyés au quartier général des souverains alliés , alors à Cbaumont en Champagne. ( Les autres députés étaient le duc de Beaufort , le marquis d'Assch et M. De Jongne, ancien pensionnaire des état* de Brabant ). Plus lard, il devint chambellan de Sa Majesté le roi des Pays-Bas. Il avait épousé Thérèse Ghislaine De Fourneau , comtesse de Cruyckenbourg. C'est de ce mariage que nacquit
à Wulsbourg, en Fraoconie, le Albert François, marquis du Chasteler,
général de brigade au service de la Belgique et grand écuyer du Roi. Quelques biographes ont confondu le marquis de Chasteler de Moulbais avec son neveu , le général gouverneur de Venise, qui s'est illustré dans la campagne du J'y roi.
DE BERG. 283
que l'Empereur avait faite à Vienne aux députés des états, et qui avait été formulée dans la dépêche du 16 août 1787. Elle ne différait de cette première déclaration qu'en ce qui concernait les conditions préalables, et en ce sens seulement qu'elle ratifiait les édits des archiducs avant que toutes ces conditions fussent remplies; mais au fond elle ne changeait rien à la nature de ces conditions, de l'exécution desquelles le gouvernement n'entendait point se départir. Ainsi qu'on le verra plus loin, le gouvernement considérait comme acquise la clause que toutes choses seraient rétablies sur le pied où elles se trouvaient avant le 1er avril : seulement il voulait bien donner une espèce de satisfaction aux griefs de la nation, avant que cette clause eût été complètement remplie.
En faisant celte concession , M. le comte de Murray n'avait , certes , pas rendu sa position plus facile , et il ne tarda point à s'en apercevoir lui-même. Cet officier général avait assez bien débuté; mais il finit d'une manière fort peu brillante. Lorsqu'il arriva au pouvoir , la hardiesse de l'opposition, d'une part, et la faiblesse du gouvernement, de l'autre, étaient telles que , sur la demande des états de Brabant, on avait suspendu, ou plutôt contremandé la marche de quelques régiments qui descendaient de l'Allemagne, et dont la présence seule aurait procuré un calme parfait au pays. On avait fait plus, on avait consenti à tenir les troupes dans leurs garnisons respectives , ce qui divisait la force militaire au point de la rendre inutile. Aussi vit-on, à Bruxelles, toute la garnison faire la haie à une procession , tandis qu'une compagnie de volontaires escortait orgueilleusement le baldaquin, en uniforme et en armes. Le gouvernement en était venu au point de ne plus oser toucher aux magasins d'artillerie et de poudre, sans la permission des états; et ceux-ci avaient même proposé d'en confier la garde à la maréchaussée, à l'exclusion des militaires. Enfin, ce n'était qu'avec la circonspection la plus timide que l'on osait se servir du trésor royal. Un des premiers actes du gouverneur ad intérim , comte de Murray , fut d'ordonner la concentration des troupes. Cette mesure provoqua des
HAPÊDHJS DE BERG.
représentations, mais elle s'opéra sans aucune espèce de résistance : il n'entrait pas encore alors dans la tête des volontaires de Van der Noot de prétendre se mesurer avec les troupes de l'Empereur. Il fallut la journée du 20 septembre pour leur inspirer cette présomption : il fallut qu'après avoir fait, dans cette journée, un vain déploiement de forces militaires, le comte de Murray eût ordonné aux troupes de rentrer dans leurs quartiers, et se fût fait reconduire à son hôtel par les volontaires en armes et en uniforme, contradictoirement à la déclaration du 28 août. A dater de ce moment, tout le prestige attaché à son nom disparut, et tout l'effet produit par ses premiers actes et par la dépêche impériale du 5 juillet fut détruit. Ses embarras allèrent dès lors en croissant, et désormais il ne fut plus possible de l'y soustraire autrement que par son rappel.