ATTÉNUATION DES MICROBES
périr qu'un mouton; puis c'est avec quelque difficulté qu'il fait mourir un cobaye adulte; enfin, il n'agit plus sur un cobaye adulte, mais.sur un cobaye d'un jour; quelques jours plus tard, il ne tue même plus les cobayes d'un jour.
Mais ce qui est remarquable, c'est que la culture, obtenue dans un bouillon nouveau, du microbe prélevé dans le sang d'un animal mort après inoculation du liquide primitif, à un certain degré de virulence, conserve intégralement et indéfiniment cette virulence; en d'autres termes, nous pouvons obtenir, par une suite de cultures, des séries de bactéries présentant chacune un degré d'activité spécial et régulièrement décroissant. Et si l'on inocule un animal avec un de ces virus atténués, choisi de façon qu'après un trouble momentané, l'animal se rétablisse, il est devenu réfractaire aux inoculations du virus le plus virulent; le virus atténué est devenu un véritable vaccin.
Tels sont les résultats magnifiques des recherches de M. Pasteur sur le virus charbonneux, qu'il a plus tard confirmés par des expériences faites en grand . sur des troupeaux de plusieurs centaines de moutons.
Mais, poursuivons. Le virus rabique, encore inconnu, a pour lieu d'élection le cerveau et la moelle des animaux enragés. En inoculant, par trépanation, un fragment de moelle de chien mort de la rage à la surface du cerveau d'un autre animal, celui-ci succombe rapidement, et s'a moelle est à son tour toxique. Conservons, comme le fait M. Pasteur, une moelle fraîche d'animal rabique dans un flacon plein d'air maintenu sec par de la potasse caustique et conservé à basse température, et injectons, de temps en temps, un fragment détaché de la moelle entière et délayée dans un peu de bouillon, sous la peau d'un chien ; les symptômes de la rage s'atténuent de plus en plus, et il arrive un moment, d'autant plus
rapproché que la température extérieure est plus élevée, où Tanîmal inoculé n'éprouve aucun trouble physiologique. Cette fois encore, nous vérifions l'action du contact prolongé avec Tair, manifestée par une décroissance progressive dans la virulence de la moelle. Il est donc possible d'avoir des moelles provenant d'animaux rabiques, conservées plus ou moins longtemps au contact de l'air sec, et constituant par cela même une échelle décroissante de virulence rabique analogue aux séries de bactéries charbonneuses obtenues dans les mêmes conditions.
Reprenons maintenant la bactérie charbonneuse qui appartient à la série la moins virulente, la plus atténuée de celles que nous avons préparées, par exemple celle qui tue le cobaye d'un jour. Inoculons le sang de celui-ci à un autre animal du même âge, de celui-ci à un troisième, et ainsi de suite : la virulence atténuée se renforce peu à peu ; la bactérie arrive à tuer des cobayes adultes, puis des moutons, puis des bœufs ; elle est revenue à sa virulence d'origine, qu'elle conserve définitivement si on ne l'atténue pas.
En opérant sur des moelles rabiques atténuées, M. Pasteur obtient des résultats du même genre, mais d'une importance capitale, non seulement pour la préservation, mais encore pour le traitement curatif de la rage. En faisant des inoculations d'abord quotidiennes de moelles non virulentes, puis de moelles plus récentes, et, espaçant de deux jours les inoculations des moelles de plus en plus virulentes, il arrive à injecter impunément un fragment de moelle très virulente, conservée depuis un jour ou deux seulement. A ce moment, le chien est rendu réfractaîre à la rage ; « on peut lui inoculer du virus » rabique sous la peau, ou même à la surface du » cerveau, par trépanation, sans que la rage se dé- » clare ». Bien mieux, en traitant de la même façon