PUTRÉFACTION DES CORPS SOUDES
une odeur putride marquée. L'épiderme est soulevé par des ampoules pleines de sérum, le ventre est ballonné, la poitrine gonflée parles gaz et le tissu cellulaire plus ou moins emphysémateux. Les paupières, les joues, le nez se gonflent et cachent les yeux; le pénis est également gonflé et les bourses sont distendues par des gaz qui leur donnent le volume de la tête •d'un enfant.
Après quatre à six semaines, le cadavre est à l'état de ramollissement putride ; la peau éclate sous la pression des gaz et se fend au niveau de la poitrine et du ventre. A ce moment, les contours des membres sont effacés, la structure histologique des tissus est presque méconnaissable, et tous les organes sont transformés par la diastase des microbes de la putréfaction en une bouillie nutritive d'un brun sale, dont la disparition n'est plus qu'une affaire d'humidité, de chaleur et de temps.
. Chez les noyés, la putréfaction est retardée par suite de l'abaissement de la température. Les tissus s'imbibent d'eau, le sang devientdîffluent et les anaérobiés seuls prennent possession du cadavre ; la putréfaction se développe surtout dans l'intestin ; le ventre se ballonne, tandis que le sang s'accumule dans la tête et la cavité thoracique et les porte à la partie la plus déclive ; les taches vertes se produisent d'abord sur la tête, le cou et les épaules. Lorsque le ballonnement du corps est devenu suflisant, le cadavre vient à fleur d'eau et la putréfaction se développe comme à l'air libre, mais avec une production de gaz exceptionnelle qui distend le tissu sous-cutané et donne au corps une forme monstrueuse.
Le cadavre enfoui dans le sol présente les premières phases de la putréfaction du cadavre. abandonné à l'air libre ; enfoui dans un milieu poreux, humide et absorbant, dans lequel pénètre l'oxygène, il se recouvre d'une foule de végétations cryptôgamiques parmi lesquelles dominent les aspergillus (fig. 48) et les peni-
276 FERMENTATION DES MATIÈRES ALBUMlNOtDES
cilliums, probablement mélangés de microbes aérobies. Il devient le siège d'un dégagement gazeux et d'une liquéfaction par les diastases; mais au lieu d'une bouillie, il se forme dès le début une masse
Fig. 48. Aspergillas glaucm. — A, a, a^ mycélium; *, b, tiges; B, éminencede la tête; g, g, spores vert bleuâtre. (Krassinski.)
pâteuse où tous les organes mous sont confondus, les moisissures et le milieu ambiant lui enlevant constamment Teau ; puis la peau, les muscles et les tissus élastiques se transforment en une masse à consistance d'amadou qui se brise en petits fragments, et se mélange à la terre environnante; dans ces conditions, la disparition du cadavre est rapide, moins cependant qu'à Pair libre. Si le sol est imprégné d'eau et en quelque sorte submergé constamment, la putréfaction est considérablement ralentie et se rapproche des conditions de la putréfaction sous l'eau.
Quelquefois la destruction des cadavres enfouis dans le sol est presque nulle, comme on l'a observé lorsque, en 1840, on exhuma les corps des citoyens