PUTRÉFACTION DES CORPS SOLIDES
morts en juillet i83o, pour les transporter sous la colonne de Juillet.
D'autres fois les masses musculaires sont remplace'es par une substance comparable à du suif, et à laquelle Fourcroy a donné le nom d^adipocire. Ce gras de cadavre est composé principalement, d'après Chevreul, par un mélange de margarate et d'un peu d'oléate d'ammoniaque et de chaux; elle contient en outre un acide libre (peut-être de l'acide tartrique), des phosphates et des carbonates de chaux, une matière colorante jaune et une substance azotée indéterminée (leucine?).
Cette substance, de faible densité, paraît être de poids moindre que celui du muscle qu'elle remplace, et Chevreul a montré qu'on peut l'obtenir en saponifiant les graisses animales par l'ammoniaque ; or le cadavre en putréfaction renferme, d'une part, des matières grasses, et d'autre part, des ferments de matières albuminoïdes qui fournissent du carbonatç d'ammoniaque comme ceux de la caséine ; il y a donc tout ce qu'il faut pour expliquer la formation de l'adipocire aux dépens de la graisse du cadavre.
On a prétendu que le gras de cadavre pouvait se produire aux dépens des matières albuminoïdes en se basant sur les faits suivants : l'on peut fortement engraisser un animal en le nourrissant avec de la viande absolument exempte de graisse ; dans l'empoisonnement aigu par le phosphore, tous les tissus, et spécialement les globules sanguins et les fibres musculaires du cœur, sont le siège d'une rapide dégénérescence graisseuse, alors même que le patient est à la diète absolue: pendant l'incubation, la matière grasse augmente dans l'œuf, tandis que l'albumine diminue; à la suite du bistournage par lequel on détruit par la torsion les vaisseaux nourriciers du testicule qui se mortifie à l'abri du contact de l'air, la matière albuminoîde de l'organe se transforme presque complètement en graisse, sans dégagement de gaz pu-
trides (Chauveau). Enfin Blondeau a cru montrer que la case'ine du fromage atteinte par la fermentation, ou sous rinfluence des mucédinées, se transformait en matière grasse, opinion d'ailleurs contestée par M. Brassier qui a trouvé qu'au lieu d'augmenter^ par suite de la maturation en présence des crypto* games, la matière grasse diminuait, et par M. Duclaux qui, dans ses études sur le fromage (i), n'a pas vu la matière grasse varier d'une manière sensible, mais subir une saponification plus ou moinsavancée.
Mais aucune expérience ne prouve à l'heure qu'il est que l'adîpocire est d'un poids supérieur à celui des graisses préexistantes dans le tissu musculaire^ la transformation des substances azotées en matières, grasses, du moins dans le cadavre, n'est donc pas prouvée.
Dans certains cas les cadavres se dessèchent sans se putréfier, et cela sans préparation spéciale ; la peaa se dessèche et resserre sur les os les masses musculaires qui se dessèchent aussi et diminuent de volume; la forme générale du corps et l'aspect de la face se conservent. Les tissus desséchés et devenus cassants répandent une odeur un peu rance qui rappelle celle du fromage, mais n'a rien de putride ; cette momification est remarquable dans les caveaux de l'hospice du mont Saint-Bernard, du mont Saint- Michel, etc.
(i) Duclaux, Le Lait, études chimiques et microbi<dogi^eSy Paris, 1887, I vol. in-x6. {Bibliothèque scientifique contempa^
raine.)