‹ Ferments et maladiesChapitre 10 sur 43 · Vibrion massue · texte numérisé non relu

Vibrion massue

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morceau de viande de petites quantités de subtances nouvelles, lesquels ajouteront à la saveur de la viande leur saveur propre. On dit alors que la viande se faisande, ou bien, si elle fait encore partie d’un animal vivant, qu’elle se gangrène. Tout cela se fait sans l’intervention des êtres inférieurs. La gangrène, loin d’ètre une putréfaction, est donc uniquementl’étatd’un organe ou d’une partie d’organe conservé, malgré la mort, à l’abri de la putréfaction, et dont les liquides et les solides réagissent physiquement et chimiquement les uns sur les autres, en dehors et en l’absence des phénomènes normaux de la nutrition.

Tout cela ne peut pas amener de modifications bien profondes. La chair conserve à peu près sa solidité et sa résistance, la structure anatomique de la fibre est à peine altérée. Tout autre est le tableau quand les ferments interviennent. La viande, si elle se putréfie à l’air, devient une masse glaireuse, car encore ici les plus actifs producteurs de diastases sont les aérobies. Les éléments anatomiques sont dissociés et détruits, et l’aspect au microscope rappelle tout à fait celui des matières qu’on rencontre dans le canal digestif d’un carnivore. Nous voilà revenus aux mêmes résultats et aux mêmes conclusions que plus haut.

Nous venons de voir le rôle actif des infiniment petits et des diastases. A vrai dire, c’est surtout sur le rôle de ces dernières que ce chapitre est destiné à attirer l’attention. Nous les avons vues à l’œuvre dans le monde des matières albuminoïdes, nous aurions pu les montrer en action au milieu des infinies variétés que nous présente la cellulose, depuis l’enveloppe extérieure du grain d’amidon qui en est faite, comme je m’en suis assuré, jusqu’aux masses lignifiées des grands arbres, en passant par les diverses enveloppes des cellules végétales. Là aussi, il y a des ferments multiples sécrétant des diastases dissolvantes devant lesquelles disparaissent les celluloses de nouvelle formation, et auxquelles ne résistent que les celluloses vieilles et incrustées. Là aussi, une diastase qui peut dissoudre une cellulose

peut très bien ne pas en dissoudre une autre. Nous retrouverions en résumé le tableau que nous venons de tracer, et c’est précisément pour cela que nous n’insistons pas. Nous devons pourtant signaler une différence. Nous avons trouvé dans les glandes de l’appareil digestif des diastases pareilles à celles de nos ferments des matières azotées. On ne connaît au contraire pas, dans l’organisme, de liquide pouvant dissoudre et digérer la cellulose : celle-ci ne seraitelle donc pas un aliment? On l’a dit, mais cette opinion est erronée. Je me suis assuré que les pigeons se l’assimilaient très bien. Mais alors comment est-elle digérée? L’expérience montre que c’est au moyen des diastases sécrétées par les infiniment petits qui l’accompagnent, et chez les ruminants, le phénomène commence déjà dans la panse, pendant le séjour qu’y font les aliments. Cette fermentation préliminaire rend la rumination plus facile : les cellules détruites ou entamées des graines ingérées laissent plus aisément échapper leur amidon. Celui-ci, qui a besoin d’une diastase nouvelle, différente de celles de la cellulose, la rencontre bientôt dans le canal digestif, et c’est ainsi que d’un bout à l’autre de l'échelle organique des êtres, depuis les animaux supérieurs jusqu’aux infiniment petits, la cellule vivante se fait avec ses diastases, ou crée pour ses voisines, aux dépens de la matière morte, un nouveau milieu propre au développement et à la vie.

CONCEPTION PHYSIQUE DE LA VIE

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