CHAPITRE VIII
CONCEPTION PHYSIQUE DE LA VIE
Nous venons de voir les ferments envahir la matière morte et provoquer sa complète destruction. Il nous reste à les voir à l’œuvre dans les tissus vivants.
Il est à peine besoin de faire remarquer que le sujet devientplus difficile. Rien ne nous donne à priori le droit d’assimiler l’organisme aux vases inertes dont nous nous sommes servis jusqu’ici. Bien plus, un être vivant semble manifester, à l’égard des causes qui tendent à détruire son équilibre, une sorte de résistance spéciale que quelques écoles ont même attribuée à un principe supérieur, et qui revient constamment, dans la langue médicale courante. Les mots de résistance vitale, de réceptivité organique, d’idiosyncrasie, de constitution médicale, de diathèse morbide sont les diverses manifestations d’une seule et même idée. Ils ne disent rien, remarquons-le bien, sur la valeur absolue de la force que l’organisme oppose à ses causes de trouble, mais ils témoignent que cette force est variable d’un individu à l’autre, et que, pour le médecin, un être ne ressemble pas a un autre être, tandis que, pour le chimiste, deux vases peuvent toujours être rendus pareils dans leur contenant, dans leur contenu et dans les phénomènes dont ils sont le siège.
Examinons de près cette question préjudicielle, et tachons de réduire à leur véritable valeur ces expressions
et ces notions qui peuvent bien correspondre à des faits réels, mais qui ont le grand tort d’avoir été créées en vertu d’idées métaphysiques et qui gardent toujours, quoiqu’on en ait, un parfum d’origine.
Il ne sera pas inutile, pour cela, de revenir un instant sur les conceptions qui tendent de plus en plus à prédominer dans la science actuelle. L’antique distinction entre j la matière et la force, déjà bien ébranlée par le progrès | des sciences physiques, s’efface de plus en plus dans la physiologie. On n’en est plus à considérer la vie comme quelque chose de superposé à l’ensemble des organes, et la force vitale comme une force qui se manifeste à l’aide J du corps , quelquefois aidée, quelquefois contrariée par lui. Ces conceptions métaphysiques jouaient en médecine le même rôle que l’affinité ou la force catalytique en chimie, que le mouvement communiqué dans l’étude des fermentations. Toute science soucieuse de son avenir doit tendre à se débarrasser le plus tôt possible de ces causes occultes, auxquelles elle n’a eu recours que pour masquer son impuissance à saisir les causes réelles des phénomènes.
La physiologie arrive peu à peu à ce résultat en suivant la voie féconde ouverte par Schwann, et, plus elle marche, plus elle est amenée à localiser la vie dans les derniers éléments organiques de l’être vivant, dans ce qu’on appelle les cellules. Tout individu, à quelque espèce qu’il appartienne, est un ensemble d’éléments autonomes, possédant des propriétés physiologiques particulières qui se montrent corrélatives de sa constitution chimique, des conditions physiques qui l’entourent et au milieu desquelles il vit. Ces éléments, en vertu de leurs connexions, réagissent les uns sur les autres, de telle sorte que, lorsque l’un d’eux entre en fonctions, il en résulte une série d’actions simultanées ou successives.
Sait-on mieux ce que c’est que la vie pour l’avoir ainsi localisée? Non, sans doute. Rien ne nous apprend pour-
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quoi telle propriété physiologique résulte de telle ou telle texture de cellules, de telle ou telle constitution de milieu. Mais ces relations de causalité sont étrangères à la vraie science. Satisfaite d’avoir constaté une coexistence, une corrélation entre une structure et une fonction, elle ne va pas plus loin, parce que cela lui suffit pour établir un raisonnement et asseoir une conclusion qui lui permet de faire un nouveau pas. Dans les sciences, dit une parole profonde de i'abbé Haüy, les choses sont censées être telles qu’elles se présentent à nos observations.
Or, voici le progrès qui est résulté de cette conception physique des phénomènes de la vie, c’est que, la vie se trouvant liée à une certaine constitution physique et chimique, la maladie nous apparaît tout naturellement comme la résultante de modifications survenues dans cette constitution. Ainsi la conception qui supprimait la force vitale comme une entité extérieure au corps supprimait aussi la maladie comme entité distincte, séparable, et entrant en lutte avec la force vitale dans l’organisme. En réalité, ces deux idées de force vitale et de principe morbide n’en étaient au fond qu’une seule, et on aurait pu les confondre îeq supposant que la force vitale pourrait être malade elle-même. C’eût été transporter la notion et l’étude de la maladie dans le monde métaphysique. L’étrangeté de la :onception eût fait ouvrir les yeux et on l’a rejetée. On a oréféré créer deux entités distinctes entrant en lutte l’une tvec l’autre, quelque chose comme le principe du bien et le principe du mal, que toutes les religions nous montrent à "œuvre dans la nature. La médecine ne pouvait oublier |u"elle avait eu un temple païen pour berceau.
Vers le milieu du siècle dernier, on regardait encore le principe morbide comme pénétrant le corps tout entier, et "homme vivant comme renfermant en quelque sorte en I ui la maladie qui devenait une modalité de sa vie. Lepre- 1 mier progrès a consisté à la localiser dans les organes. On | ie rappelle que Bichat distinguait la mort par le cœur, la
mort par le poumon et la mort par le cerveau. Cela ne suffisait pas encore : le cœur étant malade, par exemple, on a voulu savoir si c’étaient ses nerfs, ses vaisseaux, ses enveloppes ou ses muscles qui avaient été atteints, et on est ainsi arrivé graduellement à des analyses de plus en plus fines, de sorte qu’aujourd’hui on est conduit à chercher l’action sur l’élément histologique au lieu de s’arrêter à l’action sur l'organe, et à considérer de plus en plus l’histologie comme le fondement de la pathologie.
Les cellules devenues ainsi les éléments actifs du corps humain, on avait devant soi non plus des abstractions métaphysiques, mais des phénomènes visibles, saisissables. La vie physiologique résultait du fonctionnement régulier des cellules et, par suite, de leur constitution normale, leurs perturbations donnaient naissance à la maladie et devaient se manifester par des signes extérieurs. Ces signes ne sont pas tous visibles à l’œil, même armé du plus fort microscope, mais une étude suffisamment approfondie, au moyen des instruments ou des forces que les sciences voisines mettent à la disposition de la physiologie, devait pouvoir les mettre en évidence. 11 ne s'agissait que d’étudier les propriétés des tissus par des moyens appropriés. On sait quel rôle brillant ont joué dans ce sens l’école française et son plus illustre représentant, Cl. Bernard. Acceptant dans ce qu’ils avaient de bon et de vrai les travaux qui fondaient la théorie cellulaire, elle a réclamé contre le rôle par trop prépondérant que l’on attribuait à la cellule et s’est attachée à ne jamais séparer cet élément agissant du milieu où s’exerce son action. Pour elle, la maladie appartient essentiellement à l’être vivant, en est inséparable et tient à une modification physique ou chimique se produisant dans l’intimité des tissus sur certains éléments histologiques, se répercutant de là sur d autres, en vertu de lois régulières, et faisant ainsi passer l’ensemble par une série d’états dont chacun est la conséquence forcée du précédent. Et la médecine sera fondée
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comme science le jour où, étant donnée une certaine modification originelle dans un certain tissu, on pourra écrire d'avance la série de phénomènes dont l’organisme sera successivement le théâtre .
Èn réalité, l’image que nous venons d’employer n’est pas très exacte. La chaîne des phénomènes n’est pas une chaîne ouverte. L’organisme est un ensemble trop complexe pour qu’elle ne se ferme pas fréquemment par suite des répercussions organiques, des réactions mutuelles des cellules et des organes atteints. Mais il n’en est pas moins vrai qu’elle a toujours un point de départ, que la maladie a une cause originelle, un centre d’irradi-ation résidant dans une ou plusieurs cellules atteintes. Le jour où la médecine aura appris à le connaître, elle ne s’attachera plus à couper les anneaux de la chaîne principale ou des chaînons transverses, elle ira droit à l’anneau initial. Elle ne sera plus comme elle est aujourd’hui une médecine de symptômes. Elle sera une médecine de causes.
Quelques exemples vont me servir à éclairer et à prouver ce que j’avance. Demandons-nous, en partant de la notion que nous nous sommes faite de la maladie, par quelle voie la cellule peut être atteinte. Sa constitution chimique et sa texture peuvent d’abord être modifiées, et il peut en résulter des perturbations, non seulement dans ses fonctions actuelles, mais encore dans son mode de prolifération. Une cellule renferme, en effet, pour parler un langage un peu abstrait, mais encore bien intelligible, non seulement Y être t mais aussi le devenir. Prenons une feuille de chêne, ses cellules une fois formées sont destinées à remplir certaines fonctions en conservant àpeu près leurs formes. Qu’un point de sa surface vienne à être piqué par l’insecte producteur de la noix de galle, et le trouble fonctionnel produit au point atteint va réveiller autour de lui des forces endormies qui, se mettant à l’œuvre, vont produire physiologi- . J quement un tissu nouveau dont l’origine sera pathologique. Ce sera là un de ces développements hétérologues sur les-
quels Virchow a si fortement appelé l’attention, qu’il a montrés jouant un si grand rôle dans la production des maladies de l’organisme. La fécondation et la production du foetus se rattachent tout naturellement à cet ordre de phénomènes. v
Leur origine profonde est une certaine modification physique ou chimique dont la connaissance devra rendre compte de l’action physiologique observée. Prenons-en un exemple simple. On empoisonne un animal par l’oxyde de carbone. La vie de l’ensemble disparaît, tout l’échafaudage organique s’écroule brusquement. Quel est le primum movens- de cette série de phénomènes? La cause première est uniquement, ainsi que M. Bernard l’a démontré, l’action du gaz toxique sur les cellules qui constituent les globules du sang. L’oxyde de carbone en chasse l’oxygène et, formant avec l’hémoglobine une combinaison plus stable que ne le fait ce gaz, il se substitue à lui, volume à volume, et ne peut plus être déplacé. Nous avons donc réduit l’action physiologique de l’oxyde de carbone à un phénomène physico-chimique déterminé. (Lest malheureusement à peu près le seul cas où cela soit possible, et l’on comprend pourtant que c’est dans cette voie seulement que l’on trouvera la solution de tous les problèmes physiologiques, pathologiques et même thérapeutiques. Car ce sera seulement quand on connaîtra bien les phénomènes physico-chimiques profonds qui donnent lieu à l’action pathologique qu’on pourra les combattre et en faire naître d’autres qui arrêtent leur développement.
Mais ce n’est pas seulement dans la texture d’un élément histologique que peut se produire la lésion organique d’où résulte la maladie, elle peut exister tout aussi bien dans le milieu qui entoure cet élément. Les cellules baignées par un sang imprégné d’oxyde de carbone perdent rapidement toutes leurs propriétés ; ou bien, pour citer un exemple plus délicat et plus frappant, le nerf moteur touché par un sang renfermant du curare cesse de pouvoir
CONCEPTION PHYSIQUE DE LA VIE
remplir ses fonctions. L'animal curarisé reste absolument inerte, et letat dans lequel il se présente est une des meilleures preuves que l’on puisse citer contre l’unité de la vie telle que l'entendaient les anciens physiologistes. On ne peut dire, en effet, s’il est alors mort ou vivant, à envisager les choses en masse. Il est mort, car, abandonné à lui-même, il ne fait aucun mouvement et entre bientôt en décomposition. Il est vivant, pourtant, car, si on pratique >ur lui la respiration artificielle assez longtemps pour produire l'élimination par combustion de la substance toxique, il peut revenir à lui. Cette contradiction s'efface, si on ;ransporte la vie au point où elle réside réellement, dans . es cellules des tissus. On constate, en effet, que toutes les [ cellules, sauf celles du nerf moteur, ont gardé leurs pro- 1 oriétés fonctionnelles, que celles du nerf moteur lui-même t ont conservé intactes leurs propriétés physiologiques et î ilectrotoniques; seul, le milieu est impur, et en le purifiant,
I \ m rend au nerf ses fonctions engourdies.
Enfin, il existe une troisième voie par laquelle les élénents histologiques peuvent être atteints ; c’est lorsqu’il se - léveloppe à côté d’eux des cellules parasites qui leur disv mtent l’existence, soit parce qu’elles sont mieux appro- » criées aux conditions qu’elles rencontrent dans l’organisme, i oit par ce que leur vie s'accompagne de sécrétions nuisibles à la vie des tissus. C’est là le sujet qui nous reste à raiter dans la suite de ce livre.
Il est évident que le cas est ici plus compliqué que dans es exemples de tout à l’heure. Ce n’est plus un composé chimique, un corps mort que nous faisons agir, c’est une fie que nous opposons à une autre vie. Mais comment I «'enons-nous d'envisager la vie? Comme un ensemble de | propriétés de cellules. Or il se trouve que celles des infini- | aient petits nous sont ou peuvent nous devenir parfaite- ! rient connues. Ce ne sont pas des cellules ayant, comme celles de l'organisme, des connexions profondes les unes ! »vec les autres et possédant des propriétés qui sont fonc-
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tion de toutes leurs relations. Ce sont des cellules autonomes, indépendantes, qu’on est sûr de retrouver toujours les mêmes dans les mêmes conditions, et, ces conditions, on en est maître ou on le devient, en appliquant à ces êtres les méthodes expérimentales inaugurées par M. Pasteur.
On peut donc dire que ces ferments peuvent être connus à l’égal de réactifs chimiques. De ce côté-là, au moins, le problème que nous nous sommes posé tout à l’heure se simplifie un peu, et nous verrons, à propos delà maladie du charbon, jusqu’à quel degré de perfection on est allé dans cette voie. Il est évident qu’un jour viendra aussi où il se simplifiera sous son autre face, et où, malgré leur complexité, les propriétés des cellules de l’organisme seront aussi bien élucidées que celles des infiniment petits. Déjà nous connaissons, par les faits du chapitre précédent, des réactions communes aux unes et aux autres. Lorsque ; nous en serons pour toutes au même point, la réaction entre deux cellules sera pour nous ce qu’est aujourd'hui la réaction entre l’oxygène et l’hydrogène; ce que nous appelons pour celles-ci l’affinité pourra continuer sans inconvénient à s’appeler pour celles-là la vie. Quant à la cause active, dans les deux cas, elle nous échappera toujours. Comme nous le disions tout à l’heure, nous ne recherchons que des coïncidences, et ce que nous appelons cause est tout simplement une expression abrégée pour dire que deux faits sont connexes et s’accompagnent toujours.
Si nous voulions pousser un peu plus loin notre analyse, nous rattacherions très aisément à ce que nous venons de dire ces notions dont nous parlions en commençant, et qui témoignent que, dans des circonstances données, deux êtres vivants, ou, pour mieux parler, deux animaux supérieurs, ne se comportent pas de même. Qui ne voit en effet que, si la maladie est une lutte entre des cellules, elle ne se poursuivra pas et ne se terminera pas toujours de la même façon. Tant de choses peuvent faire varier leurs forces,
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aux uues et aux autres. Mais il vaut mieux que ces enseignements résultent des faits.
A vrai dire, ce sont uniquement des faits qu’il nous reste à exposer maintenant. Comme nous le verrons, ils s’interpréteront facilement au moyen des idées que nous venons de développer, mais n’ont avec elles aucune relation nécessaire. Nous les emprunterons à toutes les maladies dont la nature parasitaire a été bien prouvée jusqu’ici.
Nous ne bornerons pas là notre étude, nous essayerons d’y faire entrer les maladies dont la nature parasitaire est extrêmement probable, mais n’est pas encore démontrée, ou n’a reçu qu’un commencement de démonstration. Enfin, nous signalerons, en terminant, où en est la question pour une foule de maladies au sujet desquelles on n’a encore que des embryons de preuves.
Quel nom donnerons-nous aux maladies qui font le sujet de ce travail? Elles en ont déjà reçu beaucoup. Il y a longtemps qu’on a pressenti leur parenté, et qu’on a essayé de la traduire dans le langage. Maladies contagieuses, infectieuses, parasitaires, épidémiques, endémiques, tous ces mots représentent quelques aspects de la réalité. Il y a pourtant un écueil à éviter dans leur emploi, c’est de les faire servir à des classifications, parce qu’on est ainsi conduit à leur attribuer une signification absolue, qui n’est pas dans la nature des choses. Que l’on songe par exemple à l’indécision qui s’attache aux mots de maladies contagieuses et de maladies infectieuses. Pour quelques médecins, ces mots sont synonymes et employés indifféremment l’un pour l’autre. D’autres appliquent le premier aux maladies qui peuvent se communiquer d’individu à individu par contact actuel et immédiat, et réservent le dernier à celles qui se transmettent à distance par l’air, par l’eau ou par des corps quelconques. Y a-t-il rien de plus artificiel qu’une pareille distinction ? Si encore elle était *| suffisante ! mais les difficultés recommencent quand on pénètre dans les groupes ainsi formés. La fièvre scarlatine,
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la fièvre typhoïde sont, par exemple, regardées comme contagieuses. Mais ne sont-elles pas quelquefois et même souvent infectieuses, au sens donné plus haut à ces expressions. De plus chacun des groupes formés est-il homogène ? Non, car il faut faire entrer dans le cadre des maladies contagieuses, à côté de la scarlatine dont l’agent de transmission est inconnu, la gale, maladie toute différente, que l’on sait être l’effet d’un parasitisme. Enfin ces cadres, une fois formés, peuvent-ils recevoir toutes les maladies à ferments? Non, car il est difficile d’y faire entrer, sans les fausser, les fièvres paludéennes, qui ne sont, à proprement parler, ni contagieuses ni infectieuses en ce sens qu’elles ne semblent pouvoir passer par aucune voie d’un individu à un autre, et qui sont pourtant, comme nous le verrons, le résultat de l’action des microbes.
Toutes ces obscurités et ces contradictions viennent de ce qu’on a attribué une importance trop exclusive au mode de transmission. Cette préoccupation était naturelle tant qu’on ne savait rien sur les causes. Mais elle deviendrait dangereuse aujourd’hui si elle gardait le premier rang. Il est préférable de prendre les choses à leur origine. Toutes les maladies que nous avons à étudier ont un caractère commun, c’est que, pendant qu’elles se développent, se reproduit aussi ce qu’il faut pour en donner de toutes pareilles à un être sain. C’est ce caractère que doit reproduire leur nom générique. Le mot d 'homœogène traduit bien cette idée. Son sens n’est plus obscur depuis l’emploi fréquent du mot homœopathie. Je n’hésite pas à le proposer.
Il a en outre cet avantage, qu’il ne préjuge rien sur la nature de la cause de la maladie, et s’applique également aux cas où cette cause est animée, et aux cas, plus obscurs jusqu’ici et dont le nombre se restreindra de plus en plus, où on ne sait rien sur elle. A titre transitoire, on pourra qualifier de parasitaires les maladies dues à l’intervention d’un être vivant. Il est à croire qu’un jour toutes les maladies homœogènes seront reconnues parasitaires. L’a-
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doptiou de ce mot comme terme spécifique nous conduit, il est vrai, à rapprocher la gale de la septicémie, par exemple, mais, en y regardant de près, on ne voit pas de raison sérieuse de les séparer, lorsqu’on envisage seulement leur caractère transmissible.
Il faut pourtant faire, dans le genre des maladies hromœogènes, une espèce spéciale de celles qui comme le charbon, la variole, ne récidivent pas sur le même individu.
Pour celles-ci, le nom des maladies virulentes convient très bien et peut être conservé. Nous l’avons employé jusqu’ici dans son sens le plus général pour nous conformer à l’usage. Nous le restreindrons désormais aux maladies homœogènes que, sauf de très rares exceptions, on n'a qu'une fois, et pour lesquelles, par une conséquence nécessaire, existent des vaccins propres à en préserver.
Un autre mot se présentera souvent, celui de transmissible. Une maladie homœogène doit nécessairement pouvoir être transportée sur un individu sain, et le nom que nous lui avons imposé traduit ce caractère dans une certaine mesure. On pourrait en conclure que ce nom fait double emploi avec celui de transmissible, et que le dernier, comme plus ancien , doit lui être préféré. Remarquons pourtant que la transmission n’est pas un fait général, et dans la grande majorité des cas, n’est possible que dans certaines conditions. Il n’y a pas, à proprement parler de transmission dans les fièvres paludéennes. La gale n’est pas toujours transmissible aux espèces qui la supportent le mieux. Des maladies plus graves, comme le charbon, trouvent parmi les animaux capables de la contracter des races réfractaires, auxquelles le mal n’est pas transmissible, tout en conservant son caractère homœogène. Ce terme est donc plus général, et au point de vue de la classification, plus générique que l’autre.
On pourra y joindre, si on veut, les mots de contagieux, d'infectieux, de tellurique ou même d’aquatique, suivant
qu’on voudra indiquer que le germe de la maladie suit telle ou telle voie pour arriver à l’homme sain. Ce seront là des termes capables de résumer un certain nombre de faits, mais non des moyens de classification, et la preuve, c’est, d’un côté, qu’une même maladie peut mériter à la fois toutes ces qualifications, de l’autre, qu'il faudrait en créer une infinité pour exprimer l’infinie variété des voies ouvertes aux germes morbifiques.