MALADIE DES CORPUSCULES OU PÉBRINE DES VERS A SOIE
Jusqu’ici, dans l’étude des maladies parasitaires proprement dites et des urines ammoniacales, nous nous sommes tenus, pour ainsi dire, aux portes de l’organisme. Nous allons pouvoir y pénétrer plus avant avec la pébrine des vers à soie et nous trouver en présence d’une véritable maladie organique. Nous l’étudierons avec soin, parce qu’elle est jusqu’ici la seule maladie de cet ordre, dont on connaisse l’histoire complète et le mode de transmission de génération en génération. Nous aurons, avec elle, à soulever les questions importantes de contagion et d’hérédité, et nous verrons avec quelle netteté elles se résolvent dans ce cas, qui peut, au premier abord, paraître très particulier, mais qui va nous permettre de mettre en évidence des formules et des conséquences très générales.
Tout le monde connaît, au moins par ouï-dir&, les faits si singuliers qui se succèdent sous les yeux de l’éducateur de vers à soie. Les œufs de cet insecte, auxquels leur ressemblance avec des semences végétales a fait donner le nom de graines, donnent, après quelques jours d’incubation au printemps, de petits vers minuscules pesant tout au plus un demi-milligramme, qui, à peine nés, se jettent avec avidité sur la feuille tendre de mûrier qu’on leur sert. Peu à peu ils grossissent, se montrent de plus en plus alertes. Puis, au bout de 5 ou G jours, ils paraissent
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s’endormir et restent immobiles sur la feuille pendant une trentaine d’heures. C'est le moment de la mue. Une nouvelle peau s’est formée au-dessous de la première. Une nouvelle masse cornée avec ses mandibules, ses trous oculaires, etc., est venue remplacer, avec des dimensions plus grandes, la tète que le ver avait en naissant, et qui tombe d’une pièce. Par l’ouverture qu’elle laisse, le ver sort avec effort, dégageant d’abord ses pattes de devant, puis les fausses pattes qu’il porte à son arrière d’une sorte d’étui formé par l’ancienne peau. Quand il s’est complètement dégagé, après quelques instants de repos, il se remet en quête de nourriture, et commence un second âge, d’où, par une nouvelle mue, il passe à un troisième, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il arrive au cinquième. Quand celui-ci prend fin, le ver est âgé de trente à quarante jours. Il pèse plusieurs grammes, c’est-à-dire plusieurs milliers de fois ce qu’il pesait à sa naissance; il a consommé une grande quantité de feuilles de mûrier, et pourtant, malgré cette croissance rapide, malgré cette 'rénovation puissante et continue des tissus, tous les vers d’une éducation bien conduite sont tellement égaux qu’en en prenant deux au hasard, il est presque impossible de les distinguer l’un de l’autre. Il n’en serait pas ainsi dans la nature. Les hasards dans l’éclosion, dans la nourriture, dans la température pendant les époques d’activité ou pendant les mues, auraient introduit des inégalités notables. Un certain nombre d’individus, beaucoup plus grand que dans les éducations industrielles, n’aurait pu réussir à parcourir toutes les phases de l’existence. Ceux qui auraient survécu auraient peut-être plus de résistance vis-à-vis des agents extérieurs, et s’il s’agissait d’hommes, le résultat, au point de vue social, serait peut-être meilleur. Mais à une société qui s’est proposée de faire vivre le plus grand nombre possible de ses membres, on ne peut souhaiter de meilleur succès que celui que réalise l’industrie dans ses éducations de vers à soie. De beaux vers, bien égaux, marchant du
même pas dans leur croissance rapide, n’éveillent à aucun degré l’idée d’une souffrance quelconque. Toutefois nous verrons bientôt que ces mêmes conditions d’éducation deviennent funestes, lorsqu’il survient quelque chose d'extérieur, d'étranger à l’organisme de la larve.
Jusqu'ici en effet, nous en sommes restés aux faits préparatoires de la vie de l'insecte parfait. Le ver, arrivé à sa maturité, abandonne sa litière, et cherche, en montant dans les rameaux qu’on lui présente, un endroit où il tisse son cocon, qui est jaune d’or ou blanc d’argent, dans les variétés les plus communes en France. Quand il est ainsi enfermé dans une enveloppe protectrice, il se contracte. Son être tout entier se fond en une masse homogène au sein de laquelle, par un travail nouveau, se forment les tissus du papillon. Au bout de trois semaines environ, celui-ci sort du cocon. Il n’a alors plus besoin de nourriture, et n'a plus qu’une fonction à accomplir, celle de reproduction, après laquelle il meurt. La graine pondue par la femelle nous ramène à notre point de départ.
Tels sont les phénomènes successifs d’une éducation régulière. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi, et il n’y a pas encore bien longtemps que la sériciculture se trouvait de ce fait, dans un état de souffrance véritable. Presque toutes ses éducations échouaient. Les vers, au lieu de grossir également et régulièrement, de subir à peu près en même temps leurs mues, et d’arriver ensemble au moment de la montée et de l’encoconnement, s’inégalisaient peu à peu, cessaient de manger, montraient des retards aux mues, et laissaient à chacune de ces périodes critiques de leur vie une foule de victimes. Au lieu de foisonner sur la litière, comme si leur nombre augmentait tous les jours, ils s’éclaircissaient, se fondaient presque à vue d’œil. Les plus vigoureux réussissaient quelquefois à filer leur cocon, mais trop souvent la récolte devenait nulle ; laissant l’éducateur d’autant plus découragé qu’il sentait mieux n’avoir à se reprocher ni négligence ni manque de soins. Et non
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seulement l’expérience acquise et les précautions les plus minutieuses se montraient impuissantes à éviter ces échecs, mais on était chaque jour témoin de faits qui déconcertaient la raison, et rendaient inutiles les tentatives les mieux combinées en apparence pour sortir de ce désastreux état de choses.
Une éducation avait-elle, par exf mple, très bien réussi, le bruit s’en répandait dans le pays, tant le fait était devenu rare. Tout le monde venait la voir et l’admirer, et chacun tâchait de se procurer quelques grammes de la graine qui en provenait dans l’espoir tout naturel de voir cette graine se montrer excellente. Eh bien ! il arrivait que presque toujours cet espoir était déçu, et que les vers sortis de cette graine ne ressemblaient nullement à leurs ascendants. Beaucoup périssaient dans les premiers âges, et ceux qui avaient traversé heureusement la quatrième mue ne semblaient guère pouvoir aller au delà; ils se rapetissaient et finissaient par disparaître presque tous en ne donnant qu’une récolte nulle ou insignifiante. L’impossibilité bientôt constatée par de pareils insuccès de faire de la graine avec nos belles races françaises avait engagé de nombreux commerçants à aller chercher au loin des semences plus saines : mais la maladie semblait faire avec eux le tour du monde, et leurs graines exotiques, après avoir réussi une ou deux années en France, étaient frappées de stérilité aussi bien chez nous que dans les pays d’oû elles étaient originaires.
Par le fait de sa production dans les éducations qui paraissaient devoir être les plus robustes, la maladie semblait être épidémique ; par le fait de sa marche lente, mais régulière, de notre pays vers les régions les plus reculées de l’Europe et de l’Asie, elle semblait présenter au plus haut degré le caractère contagieux : et cependant d’autres faits, non moins nombreux, non moins probants en apparence, venaient témoigner qu’elle n’était ni épidémique ni contagieuse.
Pour n’en citer qu’un exemple, on avait vu, après avoir mélangé par erreur deux graines, l’une à cocons blancs, l’autre à cocons jaunes, la presque totalité des vers à cocons blancs périr, et les cocons jaunes donner une récolte très satisfaisante. Comment ne pas conclure de ce fait, que, de ces deux graines, l’une était malade et l’autre saine, que la graine malade n’avait pas communiqué le mal à la graine saine, et qu’en conséquence la maladie n’était pas contagieuse?
L’incertitude n’était pas moins grande, si on cherchait à étudier la maladie en elle- même sans se préoccuper davantage de son caractère nosologique. Ainsi M. deQuatrefages, après en avoir fait une étude soigneuse, avait cru pouvoir la caractériser par l’existence, à l’intérieur et surtout sur la peau du ver, de taches très petites, simulant un semis de poivre noir, et avait été conduit ainsi à lui donner le nom de pébrine. Mais l’expérience montrait que des vers pouvaient être tachés sans être malades, et inversement que des vers non tachés ne donnaient pas nécessairement de la fl bonne graine. Voulait-on pénétrer plus avant dans l’étude de la maladie, on se trouvait en présence des résultats contradictoires obtenus par divers physiologistes. Ainsi, | MM. Lebert et Frey avaient établi qu’à l’intérieur de tous I les vers et de tous les papillons malades existait en abondance un parasite spécial, visible seulement au microscope, et formé de petites cellules ovales, plus réfrin- I
gentes que le liquide et apparaissant dans le champ du I
miscroscope comme des globules brillants. On les trouve représentés dans la planche VIII sur laquelle nous allons revenir tout à l’heure. Ce parasite, qui a conservé le nom impropre de corpuscule, avait été observé pour la première fois par M. Guérin-Menneville, et son importance au point I de vue pathologique avait été entrevue par M. Cornalia. I Mais, à en croire un autre savant, M. Filippi, il existait normalement dans tous les papillons.
Un progrès réel avait pourtant été réalisé le jour où
Corpuscules du ver* à Soie
noi de! et Hth
lmp Lemerciar & Cle Paris
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M. Osimo avait découvert les corpuscules dans les œufs de ver à soie et où M. Vittadini, après avoir reconnu que leur nombre augmentait dans une ponte au fur et à mesure qu’on -se rapprochait de l’époque de l’éclosion, avait fondé sur l’examen microscopique de la graine, un moyen de distinguer la bonne de la mauvaise. Le corpuscule est bien, en effet, comme nous allons le voir, la cause de la maladie, et une .graine qui en renferme ne peut jamais donner de cocons; :mais, ces deux faits n’étant pas démontrés, l’incertitude existait sur la valeur théorique du procédé de Vittadini. Quant à sa valeur pratique, il donnait trop souvent comme .bonnes des graines détestables, et lorsqu’il en condamnait une, c’était au nom de principes trop incertains pour que l’éducateur fût blâmable de ne tenir aucun compte des conseils de la science.
En résumé, au moment où M. Pasteur commença ses recherches, on ne savait rien sur la nature et les causes delà maladie régnante, et tous les efforts pour la combattre étaient restés impuissants. Aussi, en désespoir de cause, s'était-on arrêté avec une persistance singulière à ces : mots de pays infecté, de milieu délétère, de choléra des vers à soie, expressions vagues, mal définies, qui parlent à l’oreille sans rien dire à l’esprit, et qui, depuis les travaux de M. Pasteur, doivent disparaître pour la maladie des vers à soie, en attendant que des travaux analogues les fassent disparaître pour les maladies humaines.
M. Pasteur commença par s’assurer que le corpuscule n'existe normalement à aucun âge dans le ver à soie, et qu’en élevant convenablement de la graine saine, les vers, les chrysalides, les papillons et leurs œufs sont également exempts de corpuscules. Les vers provenant d’œufs corpu.sculeux, même très légèrement, en renferment au contraire à foison, et c’est quelquefois un spectacle étrange de voir à quel degré ces vers sont atteints sans en périr. On en rencontre danslesquelsaucun tissu n’est respecté, ni les nerfs, ni les muscles, ni les organes digestifs, ni les
glandes de la soie : tout est envahi, les éléments histologiques normaux disparaissent, masqués ou résorbés en partie par le développement du parasite; la forme générale de l'organe, plus ou moins bien conservée, permet quelquefois seule de le reconnaître. Cependant le ver ne meurt pas. Il ne grossit plus, se ratatine, se plisse etse rapetisse de plus en plus, et lorsque enfin la vie l’abandonne, son corps tout entier estune bouillie de corpuscules ; jene connais pasd’autre exemple aussi effrayant de parasitisme.
Pour en donner une idée, j’ai fait représenter, dans la planche VIII, une portion de la bouillie qu’on obtient en broyant dans un mortier avec un peu d’eau, non pas un ver, mais un papillon corpusculeux. On y voit sans peine que le nombre des corpuscules égale, s’il ne dépasse pas, le nombre des éléments histologiques normaux de l’organisme. Les petites cellules rondes, à contours nets, qu’on voit sur la figure, sont des urates provenant de la poche vésicale du papillon. Il est important de ne pas les confondre avec les corpuscules.
Prenons maintenant un ver sain, et faisons-lui avaler, en les lui servant sur une feuille de mûrier, ou inoculonslui par une piqûre des corpuscules frais empruntés à un ver malade. Aussi sûrement que le virus vaccinal se développe dans un animal approprié, les corpuscules ainsi introduits dans l’organisme vont s’y multiplier jusqu’au point de l’envahir en entier. Si les corpuscules ont été portés dans le canal digestif, ils commencent par se développer dans ses tuniques. Au bout de huit à dix jours, lorsque ces tuniques présentent déjà des corpuscules, et avant qu’on n’en trouve nulle part ailleurs dans le corps, on voit appararaitre sur la peau delà larve des taches d’abord très fines, qui grossissent et deviennent bien visibles le dixième ou douzième jour de la contagion. Ces taches, qui peuvent quelquefois simuler un semis de poivre noir, ne reposent jamais tout d’abord sur un tissu corpusculeux ; elles constituent chez les vers à soie un exemple de cette corrélation qui,
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chez des animaux plus élevés en organisation, rattache certaines affections cutanées à des altérations de la muqueuse intestinale.
Il n’est meme pas nécessaire d’emprunter à un ver vivant ce que nous appellerions le virus corpusculeux, si nous n'en connaissions pas la nature. On peut prendre
■ pour cela les poussières fraîches de l’éducation courante, -si elle est corpusculeuse, ou bien les déjections des vers
corpusculeux. Il est dès lors de toute évidence que, si on f fait vivre côte à côte des vers sains et des vers malades, les causes de contagion seront présentes à tout instant. Les crottins des vers corpusculeux tomberont sur les feuilles, sur lesquelles le mouvement incessant des vers les étalera par frottement. Une portion sera ingérée par les vers sains, une autre pénétrera par les piqûres très Unes que se font les vers au moyen des crochets acérés dont sont armées leurs pattes antérieures. Voilà plus de causes qu’il n’en faut pour rendre la pébrine contagieuse.
Heureusement, la marche de la maladie n’est pas aussi rapide que sûre, et ce n’est guère quJune trentaine de jours après la contagion que l’animal est assez envahi par le parasite pour être vraiment malade, et ne plus pouvoir, par exemple, filer son cocon. Comme sa vie à l’état de larve -n’est qqe de trente-cinq jours environ, tout ver qui sort d'une graine saine, c’est-à-dire qui ne contient pas, au moment de sa naissance, des corpuscules en voie de développement, donnera presque sûrement son cocon. Il faudrait, pour qu'il en fût autrement, qu’il se contagionnât dès les premiers jours de son existence, c’est-à-dire à une époque où la maladie est encore latente chez ses voisins même les plus infectés, et où il a mille chances de ne pas rencontrer
■ autour de lui des corpuscules formés qu’il pourrait avaler j ou s’inoculer par des blessures. Donc, si une graine est
saine, c’est-à-dire exempte de corpuscules, l’éducation ! qui en provient ne peut périr de la pébrine.
Voilà évidemment une conclusion d’une importance ca-
pitale, et ce n’est pas la seule de cet ordre. Il résulte en effet de cette espèce de durée d’incubation de la maladie une autre conséquence: c’est que, le ver à soie passant de quinze à vingt jours dans son cocon, pour peu qu’il soit malade lorsqu’il s’encoconne, et il peut l’être assez peu pour paraître, même au microscope, parfaitement sain, les quelques corpuscules qu’il renferme vont se développer peu à peu chez lui. Ils envahiront tous les tissus de la chrysalide et en particulier celui au milieu duquel se forment les œufs. Dès lors, ceux-ci pourront en renfermer quelques-uns dans leur intérieur. Les vers qui en naîtront, corpusculeux à leur naissance, ne pourront pas, nous l’avons vu, arriver jusqu’au cocon, et l’éducation échouera. On n’obtiendra donc de récolte industrielle d’une graine que si elle est pure, et elle ne le sera sûrement que si elle provient de papillons exempts de corpuscules.
Nous sommes donc autorisés à dire maintenant que la maladie est contagieuse et héréditaire, mais en donnant à ces deux mots de contagion et d’hérédité un sens bien défini, car ils représentent tous les deux l’introduction, soit dans un ver sain par suite de ses voisins malades, soit dans un œuf par le fait de la femelle corpusculeuse, d’un seul et même élément, le corpuscule en voie de développement. M. Pasteur est même allé plus loin, et il a rattaché entre entre elles ces deux questions de contagion et d’hérédité en montrant qu’au commencement d’une campagne séricicole, il n’y a de corpuscules vivants que ceux qui sont renfermés dans les œufs malades. Tous les autres, tous ceux qui se rencontrent en si grande abondance dans les poussières des magnaneries, tous ceux qui recouvrent les graines corpusculeuses de l’année précédente, tous ceux, en d’autres termes, qui ont plus de quelques mois ou plus de quelques semaines de date, sont morts et incapables de se reproduire. Ce sont donc les corpuscules héréditaires seuls qui permettent à la maladie de reprendre chaque année son caractère contagieux, et elle disparaîtrait pour jamais
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le jour où, dans le monde entier, on n’élèverait que de la graine saine.
Nous nous arrêterons sur cette conclusion qui nous .fait entrevoir comme possible la suppression complète des maladies contagieuses. Sans doute nous sommes loin de ce résultat, mais il dépend de nous d'en accélérer la réalisasation. 11 n'est même pas très éloigné pour les vers à soie, et il serait fort difficile actuellement de trouver dans ïios départements méridionaux des exemples d’éducations . aussi infectées que celles qu’on y rencontrait partout, il y a dix ans.
Toutefois, avant d’aborder l’étude d'une maladie nouvelle, il est utile de dire un mot de la nature des corpuscules, de leur genèse, de la façon dont ils envahissent les ■tissus. Nous avons besoin de ces notions pour établir une 5 transition entre la pébrine et les maladies qui vont nous occuper bientôt.
Le corpuscule du ver à soie a été rapporté par Leydig i une espèce du genre psorospermie , parasite que l’on : Trouve quelquefois en amas blanchâtres dans la peau, les i muscles de divers animaux et surtout des poissons. Leur forme ovale, rappelant la levûre de bière, dont ils se distinguent pourtant par une réfringence plus grande, pourrait amener à croire qu’ils se reproduisent par bourgeonnement et segmentation. Si ce mode de reproduction existe, il est extrêmement rare. Pour avoir une idée
■ nette de la façon dont ils se multiplient à l’intérieur de t’économie, on ne sauraitmieux faire que de contagionner
■ des vers sains en leur offrant un repas de feuilles de mûrier chargées de corpuscules frais, et d’en observer quelques-uns de temps à autre à l’aide du microscope, en faisant une dissection soignée des tissus, de façon à voir leur ordre d’envahissement.
C’estdansla tunique interne anhiste de l’intestin qu’apparaissent les premiers corpuscules. Ils présentent d’abord des contours indistincts et paraissent comme noyés dans la
matière du tissu. Puis les bords s’accusent de plus en plus; l'ensemble est alors presque toujours pyriforme et renferme dans son intérieur un granulin à surface mamelonnée qui ne peut être autre chose que le nucléole de la cellule, et qui semble chargé des fonctions de multiplication.
Dans cette membrane anhiste le développement du corpuscule est évidemment difficile. Du moins est-il toujours très lent; mais à partir du moment où le corpuscule atteint les organes à grandes cellules, les glandes de la soie, les muqueuses du tube digestif, les tubes de Malpighi, le phénomène change et on voit alors apparaître dans ces tissus des cellules rondes et pâles, à contours peu accusés, quelquefois tellement indistinctes qu’elles semblent se fondre dans le milieu environnant, quelquefois plus nettes. Les unes paraissent pleines et homogènes, les autres sont finement granuleuses. Beaucoup montrent dans leur contenu des formes plus ou moinsaccusées de corpusculesovales, lesquels ont à leur tour des granulins intérieurs. L’iode plisse les grandes cellules, et sous son influence il se forme dans leur intérieur une ou plusieurs cavités, quelquefois bien symétriquement disposées, et dont chacune a son nucléole. En même temps que ces cellules, apparaissent, à l’état libre, des corpuscules ovales à contour très pâle et à intérieur plus ou moins granuleux. Tout annonce qu’ils ont été engendrés dans les grandes cellules, puis mis .en liberté.
Tous ces faits concourent à faire penser que la cellule est comme une forme primitive et jeune des corpuscules. 11 est des cas où ces cellules sont tellement nombreuses qu’elles paraissent s’être substituées totalement aux cellules normales d’un tissu. Nul doute alors que l'animal ne soit déjà malade. S'il l’était assez pour en mourir et que sa mort arrêtât les phénomènes, si par suite on ignorait la forme que doivent prendre plus tard ces cellules, on ne pourrait interpréter les expériences qui précèdent qu’en constatant la multiplication, à l’intérieur du ver, des granulins intérieurs des cellules, que l'iode apprendrait a y
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découvrir; et comme il y avait de ces granulins dans la matière ingérée, dans la goutte de liquide inoculée, on ne manquerait pas de conclure qu’eux seuls sont féconds et se multiplient dans l'organisme. Peut être ne serait-on pas bien éloigné de la réalité. Mais il nous suffit d’avoir signalé cette conclusion. Nous aurons bientôt à l’utiliser.