CHAPITRE II
ORIGINE DES ÊTRES MICROSCOPIQUES
Rechercher l’origine clés êtres microscopiques n’est pas autre chose qu’étudier la situation actuelle de la doctrine des générations spontanées, doctrine autrefois très envahissante, mais dont les progrès des sciences naturelles ont restreint peu à peu le domaine au monde des infiniment petits. Elle s’y est maintenue depuis un siècle et s’y maintient encore en quelques points, grâce aux difficultés du terrain, à la ténuité des êtres dont elle a la prétention d’expliquer l’origine, à leurs conditions d’existence si étranges parfois, et en tout cas si éloignées de celles des animaux supérieurs. Malgré ces difficultés, nous arriverons sans peine, à la suite de M. Pasteur, à montrer l’inanité des preuves sur lesquelles elle s’appuie, et à prouver, non que la génération spontanée d’un être vivant est impossible, mais que tous ceux qui y ont cru jusqu’ici l’ont fait sans raisons solides.
On comprend l'intérêt que M. Pasteur attachait à cette démonstration. Ces ferments, dont il venait de constater la puissance, peuvent-ils prendre naissance spontanément au sein de la matière morte fermentescible, ou bien proviennent-ils nécessairement d’êtres semblables à eux? La vérité sur ce point est devenue plus pressante encore, maintenant que nous avons vu des maladies mortelles se produire sous l’influence de ces infiniment petits. Si les microbes qui les déterminent peuvent se former spontanément en nous, aux dépens de nos tissus ou par une métamorphose quelconque de cellules, ces maladies sont
aussi spontanées, nous les tirons de nous. Si, au contraire, ces microbes proviennent de germes semblables à eux, leurs effets meurtriers sur l’organisme montrent qu’ils n’y sont pas toujours présents, qu’à un moment donné, leur germe est venu de l’extérieur, et que par conséquent la maladie vient du dehors. Spontanéité ou non spontanéité des maladies virulentes, telle est donc la question importante qu’agite le débat des générations spontanées. Combien sont différents, suivant la solution qui va l’emporter, le rôle du médecin, du chirurgien, de l’hygiéniste. Il y a là, nous le verrons bientôt, le germe d’une révolution non seulement dans la pathologie, mais même dans nos habitudes de vie sociale. Étudions donc la question avec soin.
En exposant pendant quelque temps au libre contact de l’air une décoction ou une infusion organique, par exemple du bouillon de viande, le liquide, d’abord parfaitement limpide, ne tarde pas à se troubler dans toute son épaisseur et se recouvre bientôt à la surface d'une couche glaireuse très mince. En examinant au microscope une goutte de liquide, on y trouve une myriade d’êtres vivants de formes diverses, dont la planche I peut donner une idée et qu’on peut, sans trop d’efforts, rapporter à un petit nombre de groupes principaux.
Les plus petits, les monades, dont on trouvera représentée en c une des espèces les plus volumineuses, sont des corpuscules ténus de forme arrondie, quelquefois tellement petits qu’ils en sont presque invisibles, mais tous munis d’un ou de plusieurs cils vibratiles qui sont leurs organes moteurs. Ces êtres se reproduisent par scissiparité, c'est à-dire que chacun d’eux se partage, par un sillon médian, en deux êtres nouveaux qui se séparent et mènent ensuite une vie indépendante. Tout cela se fait très rapidement. On connaît une espèce où la division ne demande pas plus de six à sept minutes. Un seul individu pourrait, par suite, produire plus de mille rejetons en une heure,
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plus d’un million en deux heures, et en trois heures plus qu’il n’y a d’habitants à la surface de la terre. Outre ce mode de reproduction, les monades en possèdent un autre à peine moins actif, au moyen de séminules ou œufs dont chaque individu produit plusieurs millions, et qui exigent, par suite, pour être aperçus, les plus forts grossissements de nos microscopes.
A côté des monades, on aperçoit de petits granules ronds (e et f) de même dimension à peu près, et qui, lorsqu’ils sont isolés, ne se distinguent des monades que par l’absence de cils et leur immobilité. Le plus souvent ils sont par groupes de deux, ou même en longs chapelets. Ces formes s’expliquent tout naturellement par le mode de reproduction, qui se fait par segmentation transversale. Chacun de ces granules s'étrangle en son milieu après s’être légèrement allongé. Puis se forme un sillon médian, qui s’accuse de plus en plus, pendant que les individus qu'il sépare reprennent leur forme globuleuse. Nous les appellerons micrococcus.
A un niveau un peu supérieur en moyenne, comme grosseur, on trouve (PI. VI, VII et XI,) de petits cylindres réguliers, plus ou moins larges, plus ou moins longs. Quelquesuns sont immobiles à tous les stades de leur existence, ce sont les bactéridies. D autres se meuvent en conservant leur forme raide, ce sont les bactéries quand ils sont très minces et très courts, les bacillus quand ils sont plus longs et plus larges. D’autres ont au contraire un mouvement flexueux et ondulatoire, ce sont les vibrions.
Comme les micrococcus, ces êtres se reproduisent par segmentation transversale ; comme eux aussi, ils peuvent se présenter en longues chaînes d’articles soudésbout à bout. Suivant les conditions d’existence, ces articles peuvent être très courts, quelquefois à peine plus longs que larges, et ressemblent alors aux dimensions près, à des chaînes de micrococcus. D’autres fois au contraire ils sont très longs, et on n’a sous les yeux que des filaments enchevêtrés, où
les segmentations transversales, les cloisons sont rares ou même absentes. Dans ce cas, et presque toujours aussi quand les chaînes sont formées de plus de 3 ou 4 articles, la mobilité a disparu, et letre se prépare pour une nouvelle forme de reproduction dans laquelle interviennent des sortes d’œufs ou spores. On voit se former en divers points du filament, ou en l’un des points de l’article court, une petite masse, plus réfringente que le reste, qui prend des contours de plus en plus accusés. Quand la spore est mûre, le tissu environnant se résorbe autour d’elle, et elle finit par rester isolée, formant avec ses voisines une pous-
- sière amorphe en apparence, mais vivant de la vie latente
des germes, et toujours prête à se réveiller.
Vient ensuite dans l’ordre des grandeurs, la famille des globules ovoïdes qu’on peut rapprocher de la levûre de bière (PI. IV), et dont le caractère commun jest de se repro- . duire par bourgeonnement. En un point de leur surface on voit naître une petite intumescence qui grandit, se développe, s’organise et arrive à la dimension du globule mère, après quoi les deux êtres se mettent à bourgeonner de nouveau. La vitesse de ce genre de reproduction est moins grande que chez les monades, mais elle est encore prodigieuse. M. Pasteur a vu une fois, qu’en deux heures, deux globules de levûre en avaient fourni huit, en comptant les deux globules initiaux. Cela ferait, en 24 heures, 16 millions d’individus provenant d’un seul, si, au bout de quelque temps, par leur multiplication même, ils n’arrivaient à se gêner les uns les autres. Outre ce mode de reproduction, il y en a un autre par spores, qui semble plus long et qui est moins connu.
Ces êtres, que nous appellerons du nom générique de levûres, vivent de préférence dans les profondeurs du liquide. Il en est au contraire qui vivent de préférence à la surface, et y forment des pellicules opaques et plus ou moins plissées (PI. V). On a l’habitude de désigner ces derniers sous le nom de mycodermes. Leur mode
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de reproduction est le même que celui des levûres, dont ils ne se séparent, du reste, par aucun caractère distinctif bien accusé.
Avec la grosseur s’élève le degré de complication organique. Le contenu de beaucoup de monades, demicrococcus, de vibrions, paraît homogène, et ce n’est qu’à de certaines époques, au moment où la reproduction par spores se prépare, qu’on aperçoit au microscope une différenciation de tissus. C’est toujours au contraire qu’elle existe dans les levûres. Mais si l’on veut en avoir un exemple tout à fait remarquable, il faut laisser vieillir l’infusion de viande que nous étudions, ou mieux encore conserver quelques jours, à douce température, une macération non bouillie de foin, qu’on prépare facilementen mettant dans de l’eau une poignée de foin haché. Dans la couche glaireuse qui se forme à la surface du liquide, on voit apparaître au bout d’un temps variable de gros infusoires, des kolpodes par exemple (a, PI. I), armés pour l’attaque, et se promenant en animaux de proie dans le monde des infiniment petits que nous venons de décrire. Leur organisation est déjà d’une grande perfection. Ils ont une bouche bien reconnaissable, et en avant de celle-ci, un organe de propulsion, une lèvre battante qui leur sert à absorber les aliments solides flottant autour d’eux dans la liqueur. Ils sont en effet incapables de vivre aux dépens des matériaux solubles qu’ils y trouvent, et doivent attendre, pour apparaître, que ces matériaux aient été organisés et transformés en matière vivante par des êtres plus petits qu’eux, dont ils font alors leur nourriture. Aussi ont-ils des estomacs. Ils possèdent aussi une ou plusieurs vésicules contractiles qu’il est manifestement impossible de ne pas assimiler à un cœur. Enfin on y trouve des organes de génération mâle et femelle sur le même individu. J’ajoute qu’ils se reproduisent aussi par scissiparité et que les kolpodes dessinés sur la planche, sont particulièrement curieux sous ce rapport.
J ai eu la curiosité d’en suivre un pendant les phases de
sa transformation. Quand il doit se reproduire, ce kolpode, qui est de forme allongée et renflée à l’arrière, et a environ de millimètre de longueur, devient globuleux. Ses organes intérieurs semblent se fondre en une masse granuleuse homogène. Seul le cœur, ou la vésicule contractile qu’il porte à son arrière, reste visible et continue à battre d’un mouvement rythmique etassez rapide. Au bout d’une heure on voit apparaître une segmentation qui partage la boule en deux moitiés. Le cœur est resté dans l’une d’elles. Au bout de deux heures, chacune des moitiés a sa vésicule contractile. L’infusoire tourne toujours lentement sur lui-même, son aspect granuleux n’a pas changé. On voit bientôt naître et s’accuser de plus en plus un sillon nouveau, perpendiculaire au premier, et il se forme ainsi quatre animaux qui prennent chacun un cœur, des cils à leur surface, et acquièrent un commencement d’organisation intérieure. Quant ils sont devenus assez forts, ils se mettent à rouler les uns sur les autres, lentement, comme pour vaincre une sorte d’adhérence glutineuse, et ils finissent par se séparer, sans qu’on puisse voir trace d’une enveloppe commune. Quatre heures suffisent pour toutes ces transformations. Lors même qu’ils n’auraient pas l’autre mode de reproduction dont nous avons parlé, et qu’ils seraient bornés à celui que je viens de décrire, un seul être en pourrait produire plus de 4,000 en 24 heures, et au bout de 48 heures plus de seize millions.
Voilà le monde d’êtres bizarres au milieu desquels s’est implantée la doctrine des générations spontanées, et dont elle a la prétention d’expliquer l’origine. Les discussions auxquelles cette prétention a donné lieu ont été longues et intéressantes. Mais ce n’est pas ici le moment d'en faire l’exposé. Nous nous bornerons à indiquer l’état actuel de la question et à montrer, par quelques expériences simples et probantes, dans quel sens on se trouve amené à conclure.
Reconnaissons d’abord que les apparences parlent en
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faveur de la génération spontanée. Voici un liquide limpide, où l'œil ni le microscope ne décèlent rien, et qui, au bout de 2-1 heures, présente des êtres vivants par millions. D'où auraient-ils pu provenir, sinon de l’organisation spontanée de la matière organique présente dans le liquide? Et ce n'est pas là un fait fortuit. En quel lieu et en quel temps qu’on fasse l’expérience, on a toujours le même résultat. Pour l’obtenir, il ne faut que mettre en présence de la matière organique, de l’air, et de l'eau. Voilà, dans toute sa force, l'argument des partisans de la génération spontanée.
Écartons d’abord de ce raisonnement l’argument relatif au nombre considérable d’êtres formés pendant un temps très court. Nous venons de voir quelle est la rapidité de reproduction de ces infiniment petits. Pour qu’on puisse s’expliquer, par des voies naturelles, la prodigieuse fécondité d’une infusion, il suffit qu’il y ait eu à l’origine quelques unités vivantes, soit à l’état d’êtres adultes, soitàletat de spores ou de germes. Ces germes sont tellement petits qu’ils ne troublent pas, lorsqu’ils sont très rares, la limpidité de la liqueur. Si on les recherche au microscope, on ne les voit pas mieux, parce qu’on agrandit les dimensions du milieu où on les cherche dans la même proportion que les leurs, et un hasard seul pourrait les faire passer sous les yeux.
Mais nous avons un moyen de les supprimer sans les voir. Aucun être vivant ne résiste à l’action d’une température un peu élevée. Recommençons donc l’expérience fondamentale des générations spontanées, mettons en présence de la matière organique, de l’air et de l’eau, mais avec la précaution de détruire d’abord, par l’action de la chaleur, tous les germes que la matière organique, l’eau ou 1 air, pourraient contenir.
Grâce aux derniers travaux de M. Pasteur, nous pouvons arriver à ce résultat par des moyens très simples, un emploi très général et, comme nous le verrons, très
fécond. Prenons un vase de verre, ayant la forme dessinée dans la figure 1, portant en a une tubulure effilée, et fermé en b par un tampon de coton qui laisse passer l’air, mais
Fig, i. — 1/8 de grand, nat.
arrête toutes les particules solides que nous savons y être en suspension. Comme rien ne nous assure que ce tube ne porte pas de germes sur sa surface intérieure, élevons-le au préalable à une température de 200 à 250 degrés. Le meilleur moyen pour cela est de se servir d’un fourneau
Fig. 2. — 1/12 de grand, nat.
à gaz analogue à celui qui est représenté figure 2, formé d’une enveloppe de tôle chauffée extérieurement par le gaz, et à l’intérieur de laquelle est suspendu un panier à
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claire-voie, en fil de fer ou de laiton, dans lequel on peut placer plusieurs tubes. Il faut chauffer jusqu’à ce que les tampons de coton commencent à roussir.
Puis on laisse refroidir. Tous les germes présents sont détruits. Le tube se remplit, en se refroidissant, d’air en grande partie calciné, et en tout cas filtre sur le coton roussi. On peut donc être sûr qu’il n’y a dans son intérieur rien de vivant. Nous désignerons désormais cette opération que nous aurons souvent à répéter, sous le nom de flambage.
Cela fait, on prépare l’infusion organique sur laquelle on veut opérer, on la filtre pour l’avoir limpide, et on la porte à l’ébullition dans un vase ouvert. Pendant qu’elle bout, on prend le tube préparé plus haut, on passe rapidement l’effilure ac dans une flamme, on y fait en c un trait avec une lime ou un couteau à verre, on brise la pointe sans chocs, on la repasse de nouveau dans la flamme et on l’introduit dans l’infusion bouillante et débarrassée par cette ébullition même des germes vivants qu’elle pouvait contenir. On aspire doucement en b pour faire pénétrer dans ce tube une certaine quantité de liquide. Quand on en a introduit assez, on cesse d’aspirer. Le liquide soulevé dans la tubulure latérale retombe tout doucement dans le vase, on enlève le tube, on chasse en soufflant un peu, la goutte de liquide restée adhérente à la pointe effilée, et on ferme immédiatement celle-ci à la lampe d’émailleur.
Le tube se refroidit, de l’air y rentre en se filtrant, et nou3 avons ainsi réalisé les conditions que nous cherchions tout à l’heure. Nous avons maintenant dans notre tube, de la matière organique, de l’air et de l’eau. Ajoutons-y l’action d’une température convenable, mettons le tube à l’étuve et attendons. Si la génération spontanée est possible, rien ne lui manque pour se manifester. Or le liquide reste indéfiniment limpide. Pas un être vivant n’y apparaît. Los germes absents, la vie reste absente. Nous retrouvons là la loi commune à tous les êtres que nous connaissons le
mieux, et cette simple expérience prouve que la doctrine des générations spontanées est une chimère.
Il y a cependant, dans l’expérience telle que nous venons de la décrire, un détail sur lequel, à la rigueur, la critique pourrait s’exercer. Nous avons été obligés de faire bouillir l’infusion organique. Or l’ébullition n’empêche pas, il est vrai, mais retarde généralement beaucoup le peuplement des liqueurs. Nous avons déjà le droit de n’en pas être surpris. La chaleur tue les germes présents, et il faut attendre qu’il en arrive d’autres. Mais cette explication ne peut pas être opposée aux partisans de la génération spontanée, qui ne croient pas aux germes, et préfèrent admettre que l’ébullition a atteint la puissance fécondante de l’infusion, a détruit sa force végétative, sa vertu génésique, je ne sais quoi encore, car les mots ne manquent pas lorsque l’idée n’est pas précise.
Si mal définie que soit cette objection, nous allons pourtant la faire disparaître, au moyen d’une expérience qui nous fournira un enseignement important. Le problème est de trouver un liquide organique non bouilli et cependant privé de germes. M. Pasteur a songé de suite aux liquides de l’économie. Il est bien probable que le sang, l’urine, le lait, qui ont passé à travers tant de filtres, ne renferment rien qui leur vienne de l’extérieur. Assurons-nous-en pourtant, et tâchons de les puiser par un moyen qui leur conserve leur pureté.
Nous n’avons pour cela qu’à reprendre le tube qui nous a servi plus haut et que nous appellerons tube Pasteur; nous donnerons seulement à la tubulure latérale une forme un peu différente figurée ci-dessous (fig. 3). Nous la ferons droite, et nous y établirons, vers son extrémité, un petit renflement après lequel commencera l’effilure. Ce tube une fois flambé, supposons que nous voulions y introduire du sang. On flambe l’effilure, on la coupe exactement au niveau du renflement. On arrondit légèrement à la lampe les bords de la coupure, on laisse un peu refroidir en te-
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nant l’ouverture en bas. on l'introduit dans une artère qu’on vient d’ouvrir, et dont on a au préalable nettoyé l’ouverture en laissant écouler un peu de sang, et on recueille une petite portion de celui qui s’écoule ensuite. Puis, on ferme
à la lampe au-dessus du renflement. On peut recueillir de la même façon du lait ou de l’urine, en introduisant l’effilure dans le canal du pis et de l’urètre.
Notre tube renferme alors un liquide éminemment putrescible, non bouilli, en contact avec de l’air pur. La génération spontanée y apparaît-elle? Nullement. L’urine reste limpide et dépose seulement quelques cristaux. Le lait se sépare en deux couches, l’une de crème, l’autre formée d'un liquide hétérogène, plus blanc en bas qu’en haut. Mais il n’y a pas de coagulation, et le lait conserve sa saveur presque inaltérée. Le sang ne se putréfie pas. Le sérum s’en sépare, et après quelques jours les globules rouges disparaissent en se transformant en une bouillie de cristaux.
Notre conclusion à l'égard de la génération spontanée est donc la même que tout à l’heure, et nous découvrons en outre ce fait intéressant que chez un animal en bonne santé, l’intérieur du corps est fermé aux germes des êtres inferieurs. Lors donc qu’ils y pénètrent, c’est qu’ils viennent de l’extérieur et que quelque circonstance, quelque lésion souvent insignifiante leur a livré passage. Nous
aurons bientôt à tirer les conséquences théoriques de ce fait. Pour le moment nous avons à en étudier les conséquences pratiques. Par quel côté sommes-nous le plus menacés? Est-ce par l’air que nous respirons et qui baigne la surface de notre corps, ou par l’eau que nous touchons et que nous buvons, ou par les aliments que nous consommons? C’est ce que nous avons à examiner maintenant.
répartition des germes vivants dans les airs, ETC. 29