ÉRYSIPÈLE
Comme la septicémie, comme l'infection purulente qu'il accompagne si souvent dans les salles d’hôpitaux, l’érysipèle doit provenir d’un microbe largement répandu partout, et pouvant vivre dans l’organisme, lorsqu’il a trouvé une porte ouverte pour y pénétrer. Quelquefois cette porte est grande ouverte, c’est une plaie d’amputation, une surface dénudée, un utérus saignant. Quelquefois elle est à peine apparente, c’est un petit traumatisme inaperçu.
Lukomsky a en effet réussi, en mettant en contact avec les chairs à nu des matières putrides , à provoquer de violentes inflammations locales qui gagnaient rapidement, en restant toujours à la surface, et déterminaient la chute
des poils et la desquamation de l’épiderme. Mais à quoi attribuer cet effet ?
Lukomsky a trouvé dans la peau infiltrée d’une malade atteinte d’érysipèle, à plus de neuf lignes de la ligne marginale de l'inflammation, des micrococcus infîltrantles lymphatiques, pénétrant par eux dans les tissus et arrivant dans le sang. Il les a retrouvés en action dans les lapins auxquels il avait donné artificiellement les inflammations érysipélateuses dont nous parlions tout à l’heure. Il leur attribue donc le rôle actif et se trouve ainsi tout à fait d’accord avec une observation de MM. Vulpian et Troisier, qui avaient observé en effet de pareilles granulations dans le sang au déclin d’un érysipèle. Mais Orth, qui le premier a essayé de démontrer la nature parasitaire de cette affection, en accuse de petites bactéries, d’une forme spéciale, et a produit, au moyen d’injections sous-cutanées de liquides érysipélateux, de nouveaux processus où il retrouvait la bactérie. Ces mêmes injections sous-cutanées n’ont donné à Lukomsky que des irritations phlegmoneuses rappelant de très loin l’érysipèle. Que conclure ? Probablement qu’il y a érysipèle et érysipèle, comme il y-a fièvre puerpérale et fièvre puerpérale. Il est douteux qu’il y ait à proprement parler, un organisme de l’érysipèle. En tout cas, on voit que si la nature parasitaire de cette affection est assez nette, l’étiologie est encore loin d’en être bien connue.
DIPHTHÉRIE
Nous en dirons autant de la diphthérie. Œrtel y a vu des micrococcus pénétrant la muqueuse, les vaisseaux lymphatiques du pharynx, du larynx, des narines, et désorganisant les tissus. Nassiloff et Eberth ont essayé de les inoculer, mais ils ont choisi pour cela la cornée d’un lapin, singulier terrain pour juger de la spécificité de l’action. Letzerich les a portés sur le pharynx et sur la mu-
queuse vaginale du lapin. Mais on n'obtient ainsi que desmanifestations sans grandes relations avec la maladie qu’il s agirait de reproduire. Il est probable que tout cas bien avéré de diphthérie est précédé d’une multiplication silencieuse, dans le sang, d’une espèce vivante, amenant un affaiblissement général de l’organisme, et permettant alors un abondant développement superficiel des micrococcus dans les voies ouvertes au contact de l'air. Quand on cherche à contaminer directement la muqueuse d’un animal en bonne santé, on se heurte, comme avec le vibrion pyogène, à la résistance de l’organisme qui écrase le microbe inoculé lorsqu’il est peu actif. Si pour une raison quelconque , culture répétée dans l’organisme ou autre cause, le micrococcus devient plus virulent, il peut alors s'implanter d'une façon durable.
Ce qui est d’accord avec cette manière de voir, c’est qu’on trouve dans diverses maladies, par exemple, dans la scarlatine, des plaques se développant aussi dans l’arrièregorge, et qui démontrent, ce qu’il était du reste facile do prévoir, que de nombreux microbes peuvent vivre dans un terrain aussi bien approprié.
Ce qui est encore d’accord avec cette idée, c’est que chacun des savants qui se sont occupés de la nature parasitaire de la diphthérie l’attribue à un parasite différent, rencontré toujours dans les fausses membranes. Le micrococcus diphthericus de Klebs n’est pas le microbe de Letzerich, ni le champignon, bien gros et bien élevé en organisation,, auquel M. Talamon a attribué tout dernièrement le procès morbide.
Ce champignon, formé de longs tubes cloisonnés, de 2 à 5millimètres de large, se divisant en éléments courts, pouvant se bifurquer, rappelle à s’y méprendre un champignon très répandu et dont les germes existent par milliers à la surface de tous les fromages affinés. Cela ne prouverait pas qu'on doive lui refuser le rôle actif dans les lésions d’apparence réellement diphthéritique que M. Talamon dit
avoir provoquées avec des liquides renfermant ce champignon. Mais rien ne prouve non plus qu’on doive le lui accorder. Il peut avoir seulement accompagné l’être actif, et être resté indifférent au phénomène, tout en se développant sur les surfaces ensemencées comme sur un liquide organique quelconque, et se retrouvant dans les ensemencements successifs. Il peut avoir aidé au rôle de l’élément actif, en changeant pour lui, dans son voisinage, les conditions de milieu. Il peut avoir été seul à jouer un rôle. Mais rien dans le travail de M. Talamon ne permet de se décider entre les trois hypothèses, parce que nulle part, nous ne voyons qu’il ait été fait de culture pure, ni décrit de procédé suffisant pour en obtenir.
Avec un microbe aussi évidemment aérobie, se développant dans des régions où le contact de l'air apporte des myriades d’êtres divers, la prudence est plus nécessaire que partout ailleurs, et doit redoubler encore quand on songe, comme nous le disions tout à l’heure, que l’arrièregorge montre des apparitions membraneuses dans certaines affections. — Rappelons en effet leur formation si facile dans les diverses variétés de rhumes et d’angines, et concluons que l’étiologie parasitaire de la diphthérieest encore à établir.