TUBERCULOSE
M. Villemin a le premier prouvé que la tuberculose était inoculable. Toutes les recherches faites depuis ont confirmé cette notion, et montré que la contagion pouvait se faire par voies très diverses.
La tuberculose est-elle parasitaire? Pour le savoir, il faudrait y trouver un microbe, l’isoler par des cultures pures, successives, et prouver sa spécificité en montrant qu’inoculé seul dans l’organisme, il reproduit la maladie initiale.
Klebs et ses élèves d’un côté, Toussaint de l’autre ont essayé de remplir ce programme, mais dès le point de départ, ils ne sont pas d’accord. Klebs accuse de la maladie des monades très petits, ou monadines, animées de mouvements très vifs ; Toussaint, des espèces de micrococcus immobiles. Chacun d’eux fait des cultures de son microbe, ensemence dans l’organisme les liquides obtenus, et retrouve dans l’animal traité le microbe ensemencé, s’accompagnant des lésions caractéristiques de la tuberculose. Ces lésions sont tellement typiques quTl est difficile de croire qu’elles puissent être produites indifféremment par les deux êtres qn’on en accuse. Il y a donc au moins un des expérimentateurs qui se trompe, et il y a bien des chances pour qu’ils fassent erreur tous les deux, car aucun ne semble avoir fait des cultures pures, et n’a par conséquent établi le premier chaînon d’un raisonnement rigoureux et concluant. C’est une question à reprendre.
Nous pourrions faire des critiques analogues pour beaucoup d'autres maladies sur la nature parasitaire desquelles n’existe qu’un commencement de démonstration, mais cela nous entraînerait trop loin. 11 nous suffit d’avoir indiqué, dans ces deux exemples, le genre de doutes qu'on a le droit de soulever devant les conclusions, en général trop absolues, parce qu’elles ne se sont pas inspirées d une méthode expérimentale rigoureuse, qu’ont émises les savants qui se sont occupés de ces difficiles questions.
Je me bornerai à indiquer quelle ést la fécondité de ce champ de recherches en donnant pour terminer, une sorte de liste des maladies humaines dont le caractère parasitaire est plus ou moins certain. Cette liste ou plutôt ce tableau, je l'emprunterai à un savant connu, dont j’ai déjà eu occasion de signaler avec honneur les travaux, et dont le témoignage me serviraàprouver que dans le monde médical, la théorie des germes a de fervents, peut-etre même de trop fervents prosélytes. En sa qualité de médecin, le Dr Klebs a en outre pu proposer un classement
MALADIES RECONNUES PARASITAIRES. 2o3
méthodique pour l’établissement duquel je n’aurais aucune compétence.
Un premier groupe est formé des leucocytoses que Klebs énumère en commençant par les maladies inflammatoires pour finir par ce que Virchow a appelé humeurs à granulations (granulations geschwulste).
Il y place.:
1° La septicémie ;
2° La diphthérie que Klebs dit avoir combattue avec succès par un antiseptique, le benzoate de soude;
3° Les maladies rhumatismales avec leurs conséquences, les affections du cœur, où Klebs a trouvé des micrococcus mobiles qu’il a appelés des monadines ;
4° La pneumonie ;
5° Les néphrites ;
6° Les hépatites, liées souvent, comme les néphrites, à des affections rhumatismales du cœur;
7° La méningite cérébro-spinale épidémique ;
8° La parotite épidémique ;
9° L’érysipèle dont nous avons dit plus haut quelques mots;
10° La leucémie où on a trouvé souvent le sang très riche en monadines ;
11° La tuberculose dont le caractère contagieux est de plus en plus accepté;
12ùLa rougeole où on n’a vu, comme pour la tuberculose, que des corpuscules mobiles d’une telle petitesse qu’il était difficile de les reconnaître pour des organismes;
13° La syphilis où Klebs a obtenu par la culture une forme bien caractérisée, qu’il a appelée helicomonas syphilitica. Pour la syphilis, comme pour la tuberculose, il a réussi à donner artificiellement la maladie à des animaux et démontré que le liquide d’inoculation, filtré, étaitsans action ;
14° La lèpre, où Hansen et d’autres après lui ont vu un bâtonnet mobile;
Après ce premier groupe vient celui des maladies typhiques, où nous retrouvons :
15° Le typhus à rechutes signalé plus haut;
10° La fièvre typhoïde à propos de laquelle nous avons signalé les résultats de Klebs, auxquels il faudrait ajouter des tentatives d’inoculation, faites par ce savant et ses élèves, et restées malheureusement encore très peu probantes ;
17oLe typhus exanthématique pour lequel on n’a encore comme argument que des faits de transport d’un malade sur -un homme sain.
Nous trouvons maintenant parmi les exanthèmes aigus:
18° La scarlatine dont le virus, cultivé, a donné des formes de monadines extrêmement petites ;
19° La variole dont nous avons parlé plus haut;
20° La vaccine.
Klebs range à la suite le groupe des affections générales aiguës, sans localisation, et comprenant :
21° La pustule maligne ou charbon bactéridien ;
22° Les fièvres paludéennes, produites comme nous l’avons vu, d’après Klebs, par le bacillus malariæ;
23° Le choléra, où le transport d’homme à homme est encore douteux, et où, d’après Pettenkofer, un séjour du virus dans le sol est nécessaire.
24° La fièvre jaune, où il semble que la même nécessité existe ;
25° La peste à bubons, où le transport d’homme à homme n’existe pas non plus, mais qui, comme le choléra, peut se transmettre par les vêtements ;
26° L’anthrax qui n’est pas communicable non plus par le sang ou les liquides de l’économie, mais où Klebs a vu des cas de transmission après séjour du virus dans le sol;
Enfin, nous trouvons en dernier lieu le groupe des maladies infectieuses locales comprenant :
27° Le goitre que Klebs a réussi à donner à des chiens
au moyeu d'une espèce d’infusoire flagellé qu'il a trouvé dans l’eau des pays à goitres ;
28° L’anémie pernicieuse où il a trouvé diverses formes.
A ce groupe appartiendraient encore le scorbut et la dyssenterie dont le caractère contagieux est bien connu, mais qui auraient besoin de nouvelles études.
Tel est le tableau de Klebs. Il n’est pas définitif. Il est possible et même probable que quelques-unes de ces maladies ne sont pas rapportées à leur véritable origine, mais qu’importe ? Il n’en est aucune sans doute qui ne doive rester au tableau. Cette liste ne peut guère diminuer, elle a grandes chances au contraire de devenir de plus en plus longue. Nous n’avons pas besoin d’autre chose pour démontrer combien est fécond le champ qui reste à explorer.
En nous bornant à ce que nous savons déjà, il y a une réflexion qui s’impose. Les maladies portées au tableau précédent comme parasitaires , produisent à elles seules plus des deux tiers delà mortalité générale. Si, pour nous montrer sévères, nous éliminons toutes celles pour lesquelles le doute est encore permis, celles qui restent occasionnent 20 pour cent au moins des décès annuels. Réduisons encore ce chiffre à moitié, nous n’en trouverons pas moins cent mille personnes, en France, mourant en vertu de causes qu’on peut prévenir, et, en prenant la proportion de un mort pour dix malades, un million de malheureux auxquels on pourrait épargner leurs souffrances.
Oublions pour un instant toutes les misères individuelles et sociales qui accompagnent cette intervention continue de la maladie et de la mort. Envisageons la question au point de vue étroit de l’économie politique. Ce n’est pas faire une évaluation exagérée que d’attribuer à chaque unité vivante, en France, une valeur de 5,000 francs, représentant, par an, un revenu de 250 francs seulement. Les cent mille décès de plus haut produisent donc une perte
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sèche de cinq cents millions par an. Nous ne comptons pas les malades.
N’j a-t-il pas là un argument en faveur de la création de ce Ministère de la Santé auquel Bentham a donné place dans son modèle de code constitutionnel. A côté de l’organisation des moyens qui favorisent, simplifient ou embellissent notre existence, ne faudrait-il pas celle des moyens de la préserver ?
PROPHYLAXIE