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HYGIÈNE DE LA SANTÉ

Je n’ai pas besoin de dire que je n’envisagerai ici que cette partie nouvelle de la science hygiénique qui doit

s’appliquer à préserver l’homme sain de l’invasion des infiniment petits. Nous connaissons les trois sources principales d’où peuvent partir ses invisibles ennemis, et il est lacile de dire comment on peut les éviter.

L’intérieur du corps chez l’homme sain est d’ordinaire impénétrable pour eux. Il ne devient accessible que lorsque la peau présente quelque excoriation ou quelque petite blessure. Il est sage, toutes les fois qu’elle est entamée, de laver à grande eau, et d’appliquer sur la solution de continuité une goutte d’acide phénique dissous dans son volume d’alcool, si la plaie n’est pas à vif, d’acide plus étendu dans le cas contraire. Cet acide phénique n’est pas, comme nous l’avons vu, d’un effet certain contre tous les infiniment petits, mais il coagule l’albumine des tissus lorsqu’il est un peu concentré, et rend plus difficile ou même impossible la pénétration des microbes. Il est d’ailleurs d’un transport et d’un emploi très faciles, et chacun devrait être muni d’un petit flacon, contenu dans un étui, et renfermant une solution à parties égales d’alcool et d’acide phénique.

La peau ainsi mise hors de cause, car je ne perds pas mon temps à en recommander l’extrême propreté, restent les muqueuses, plus accessibles que la peau pour les êtres qui viennent à leur contact. Celle des lèvres en particulier est surtout exposée, et, à ce sujet, je ne saurais trop m’élever contre l’habitude qu'on donne aux enfants de s’embrasser entre eux. L’enfant a des muqueuses très délicates, et, de plus, est un admirable terrain de culture, précisément parce qu’il n’a pas encore été bronzé par la vie. Il arrive bien plus fréquemment qu’on ne croit, qu’il prend par cette voie, et rend ensuite à son tour à un camarade, ces rougeoles, ces scarlatines, ces angines dont on sait qu’il est si facilement le siège. Combien de fois n’a-ton pas vu un enfant encore convalescent d'une de ces maladies, renvoyé avec une coupable insouciance à son ecole, embrassé si c’est une petite fille, par ses petites amies

PROPHYLAXIE

joyeuses delà revoir, et devenant le point de départ d’une épidémie qui se répercute dans les familles et peut toujours amener des malheurs. Convaincu, comme je le suis, de la fréquence de ce mode d’inoculation, je voudrais une pénalité pécuniaire contre les parents qui, ayant eu un enfant malade d’une maladie communicable, le renverraient soit à la crèche, soit à la salle d’asile, soit à l’école, soit même au milieu de ses camarades de jeux sans un exeal signé du médecin.

Nous arrivons à la muqueuse du canal digestif, et par elle aux substances alimentaires. Parmi celles-ci, l’eau mérite surtout d’être mise en suspicion, parce qu’elle est consommée en grandes quantités à l’état cru, et qu’elle peut convoyer très facilement des germes dangereux. Nous avons vu, à propos de la fièvre typhoïde, quel rôle elle jouait dans la dissémination de la maladie, et les traités d’hygiène sont remplis de faits d’épidémies dans la propagation desquelles l’eau a été seule à intervenir. On éviterait à peu près sûrement tous les inconvénients que peut présenter l’usage d’une eau douteuse, en ne la consommant qu’après qu’elle a été bouillie, refroidie et aérée de nouveau. Il est sage, en temps d’épidémie, de ne boire que des eaux ainsi traitées, ou mieux encore, lorsqu’on le peut, de se mettre, pour sa boisson, à l’usage exclusif des eaux minérales, qui, puisées à la source même, sont absolument exemptes de tous germes dangereux. Sans doute, avec ces précautions, il y aura encore des chances d’infection par d’autres voies, mais nous ne visons pas à l’ab solu, qui est inaccessible à la pratique. Nous sommes actuellement, au point de vue des accidents, dans la situation du soldat sur un champ de bataille. Tâchons au moins de n’y être pas plus exposés que l’ouvrier qui va à son travail journalier.

Resteraient à envisager les gaz que nous respirons avec leurs poussières. De ce coté nous l’avons vu, le péril est moins grand qu’on ne le croit d’ordinaire. Il est bien peu

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de cas de contagion où l’air ait été seul à jouer un rôle. Ce fait est dù, d’abord, à ce que la dilution des germes en paralyse l’effet, à moins que, comme dans le cas des fièvres paludéennes, ces germes ne soient en nombre immense. Encore, même dans ce cas, leur influence cesse d’être nuisible à quelques mètres du sol. Puis, avant de pénétrer dans le tissu délicat du poumon, où l’implantation des microbes serait si facile, l’air se débarrasse de ses germes au contact des liquides qui baignent les canaux très étroits qu’il traverse. Finalement, ainsi que l'a montré M. Tyndall, l’air qui provient des alvéoles pulmonaires ne contient plus de poussières, par conséquent plus rien de vivant. Il est bien entendu que cette purification n’est plus possible si les poussières sont trop abondantes, et, dans toutes les opérations qui en produisent, les ouvriers devraient être munis de respirateurs à ouate, ou à défaut, d’une sorte de masque formé d’une mousseline très légère tombant devant la figure, et trempée dans une eau glycérinée, qui lui laisse en s’évaporant une sorte d’enduit visqueux. Lorqu'accidentellement on se trouve conduit à traverser un de ces nuages de poussière comme en soulèvent quelquefois, avec les meilleures intentions du monde, mais avec un déplorable effet hygiénique, les balayages des trottoirs et des rues, il est utile de respirer en faisant passer l'air entre ses dents. Il subit ainsi un nettoyage qui en rend la purification ultérieure plus facile.

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