HYGIÈNE DES MALADES
Le système de précautions très simples que nous venons d’indiquer doit être exagéré quand on se trouve au voisinage d’un malade pouvant, soit par les produits de sa respiration ou de sa desquamation, soit par des déjections, contagionner non seulement ceux qui l’entourent, mais encore, par des voies diverses, des personnes placées quelquefois très loin de lui. Pour bien mettre dans tout leur
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jour le système de précautions que commande l’existence d’une maladie contagieuse, qu’on me permette de tracer le tableau idéal de ce que devrait être la chambre d’un malade qu’on se proposerait sérieusement de rendre inoffensif et pour lui-même et pour ses semblables.
L’idéal serait donc que dans chaque logement, il y ait une chambre uniquement destinée aux malades, de quelque nature qu’ils soient. Bien close, à ferrures silencieuses, munie seulement d’une cheminée tirant bien et pouvant recevoir le soleil largement. Point de tapis. A la place, une mosaïque ou au moins un parquet bien joint, ciré avec un encaustique très liquide, de façon à boucher toutes les fentes. Point de tentures; des murs de stuc, unis du haut en bas, sans moulures ni cimaises. Point de rideaux par conséquent, et même un lit de fer de préférence à tout autre. Partout des angles arrondis, qui sont très doux à l’œil et qui laissent le moins possible de places tranquilles aux poussières. De l’eau à discrétion, et s’il est possible, une baignoire qu'on peut chauffer sur place au moyen d’un four portatif.
Voilà pour l’aménagement. Quant aux soins à donner, le meilleur parti à prendre, et celui auquel il faudra toujours s’arrêter dans les cas graves, est que la personne qui soigne le malade ne quitte sa chambre que pour aller au dehors de la maison, et ne se mêle pas à la vie de famille. Si cela est impossible, il sera sage qu’avant de sortir, elle change de vêtements, en prenne qu’on lui passera de l’extérieur, ou au moins qu’elle se couvre, tant qu’elle sera près du maiade, d’un vêtement facile à enlever, la couvrant toute entière, et qu’elle ôtera pour sortir. Elle devra se laver les mains et la figure avec une dissolution à 4 pour cent de borax, dont il y aura toujours une provision à sa portée. A l’occasion, elle devra aussi s’en lisser les cheveux, ce qui n’a aucun inconvénient pour le cuir chevelu; au contraire. Ainsi parée, il sera bien difficile qu’elle emporte hors de la chambre des germes nuisibles.
Passons maintenant au matériel. Rien ne doit sortir de la chambre du malade sans y être désinfecté, ni eaux, ni déjections, ni linge, ni un objet quelconque. Les eaux le seront naturellement si on ne s’est jamais servi que de la dissolution de borax dont je parlais tout à l’heure, qui est sans inconvénient pour tous les usages, qui peut impunément êtremise au contact de toutes les muqueuses, et dont l’usage ne peut être que bienfaisant. Pour les déjections, il sera sage de laisser toujours, à demeure, dans les vases destinés à les recevoir, un demi-litre environ de la solution précitée. On vide pour l’usage, on ajoute ensuite assez de la solution pour noyer les matières, et c’est en cet état qu’on vide dans les fosses d’aisances. Pour le linge, véhicule ordinaire des germes contagieux, il faudraitle recueillir dans un baquet couvert, de bois ou de métal, rempli de la dissolution de borax et conservé dans la chambre. Il n’en résulte aucune mauvaise odeur. Le baquet est ensuite emporté à l’extérieur, vidé, le linge qu’il contient mis en paquet, et envoyé en cet état au blanchissage. Il est plus lourd qu’à l’état sec, mais les blanchisseuses aimeront certainement mieux cela que d'être exposées, comme elles le sont aujourd’hui, à prendre à son contact des maladies contagieuses.
Je ne vois dans tout cela rien que de très facile à faire. On peut affirmer que plus on se rapprochera du tableau idéal que nous avons tracé, et plus on réprimera l’extension des germes dangereux, et moins on laissera de chances à la maladie de faire de nouvelles victimes dans la famille ou bien au dehors. Ce second intérêt peut paraître moins pressant que le premier. Mais, pour en monter l'importance, je n’ai pas seulement à faire appel aux sentiments de fraternité humaine, je n’ai qu’à rappeler que nous sommes solidaires les uns des autres, et que rien ne dit que telle maladie que nous avons si coupablement laissée émigrer chez notre voisin ne reviendra pas sur nous et sur notre famille. D’ailleurs, et sans se
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faire trop d’illusions sur le crédit que trouvera cette raison, et sur les actes qu’elle dictera, nous avons comme moteur l’intérêt évident de la famille du malade. Combien de fois n’est-il pas arrivé qu’une angine, apparaissant dans une maison, ne la quitte qu’après avoir visité plusieurs personnes, dans le même intérieur ou même à des étages différents, et combien doivent sembler faciles à prendre des précautions qui vont directement à supprimer de pareils malheurs ! La moitié au moins de nos maladies nous vient de nos parents, de nos amis, de nos voisins, en un mot de nos semblables, et c’est plutôt de ce côté-là que d’aucun autre, dans notre société civilisée, que l’on peut dire homo homini lupus. Osera-t-on trouver indifférents des soins qui nous protègent en protégeant les autres?
Je n’ai pas terminé. La chambre de malade évacuée par la mort ou la guérison ne devra être rouverte à la circulation ou à l’habitation qu’après une désinfection préalable, portant sur tous les objets qu’elle renferme. Tout ce qui peut se laver sera envoyé au nettoyage après immersion dans le baquet à borax. Les matelas, édredons, etc. , seront passés au four, chez le dégraisseur, de façon à ce que la température de la masse s’élève au moins à 130°. Les murailles de notre chambre modèle, son parquet, tout ce qui peut se laver sera badigeonné au borax. Mais ce qu’il y aurait encore de mieux consisterait à dégager dans la chambre vidée, maintenue close, des vapeurs de chlore au moyen d’assiettes creuses placées en divers points, sur le plancher, et remplies d’un mélange de chlorure de chaux et d’acide chlory- -drique. 48 heures suffisent à cette opération dont le résultat est souverain. Lorsqu’elle sera impossible, un badigeonnage à la chaux pourra rendre de bons services.
J’ai la confiance que toutes ces pratiques, qui peuvent aujourd’hui paraître vaines à certaines personnes, seront considérées comme des nécessités dans l’avenir. U ne science nouvelle vient de naître, nous apportant des notions dont nous n'avions pas l’idée; il faudra se conformer à ses indi-
cations, non seulement dans notre hygiène privée, mais aussi dans l’hygiène, si imparfaite encore, des maisons et des villes.