‹ Ferments et maladiesChapitre 39 sur 43 · HYGIÈNE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

HYGIÈNE PUBLIQUE

Parmi les soins nouveaux qui vont incomber aux administrations, et au sujet desquels il semble qu’on ait fait jusqu’ici fausse route, je citerai la question des eaux potables. Là encore, comme je n’ai pas à faire de critique détaillée, je me bornerai à indiquer quel serait l’idéal en pareille matière. Ce serait qu’il y ait partout, pour le service des eaux potables, une canalisation spéciale allant capter les eaux à la source même, sans attendre qu’elles aient le contact de l’air, et les conduisant, dans des tubes clos, sans infiltrations possibles, dans la ville où elle doit être utilisée. Cette canalisation n’aurait pasbesoin de se ramifier dans les maisons. On ne consomme cette eau qu’en petites quantités, et il ne serait pas difficile d’aller lachercher à la fontaine au moment voulu. Elle n’aurait pas besoin d’être très abondante, ce qui permettrait de s’adresser à des sources très pures, venant des profondeurs du sol, et tout à fait exemptes de mélange avec les eaux de surface.

Je n’ai pas besoin de dire que j’entends le mot pur dans un tout autre sens que celui qu’on lui a donné jusqu’ici. Peu d’eaux sont plus limpides, plus privées de matières organiques que celles que la ville de Paris est allée chercher au loin à si grands frais. Pourtant, à toutes les époques où on les a étudiées au laboratoire de M. Pasteur, elles auraient pu, appliquées dans descondilions convenables, et sous un très faible volume, sur une plaie récente, amener presque une fois sur deux la mort de l’opéré par suite d’une infection purulente. Une eau pure pour nous est une eau qui ne renferme pas de germes ni de bonne, ni de mauvaise nature, et on n’en trouve

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de telles, nous le savons, qu’à la condition d’aller les emprunter à des sources profondes. On ne les conserve dans leurpureté qu’en les maintenant à l'abri du mélange des eaux superficielles qui sans doute, venant de la pleine campagne, sont le plus souvent inoffensives, mais qui pourront une fois convoyer des germes typhoïques ou autres, et porter la maladie chez ceux qui les consommeront.

Un autre système important que celui des eaux demande aussi des réformes, c’est celui des égouts. On ne peut hésiter à dire qu’il est défectueux d’un bout à l’autre. Les fosses fixes ou mobiles sont, au point de vue des germes, un danger perpétuel. Les gaz qui s’y dégagent entrai nent avec eux des êtres vivants qui passent dans l’atmosphère par les cheminées d’aération ou remontent dans les appartements pendant que les valves des cuvettes sont ouvertes. Les liquides envoyés à l’égout, à leur tour, entraînent des germes presque indestructibles qui peuvent aussi passer dans l’air par les bouches d’égout, ou aller infecter les fleuves. On croyait autrefois pouvoir compter sur la destruction rapide des matières organiques ainsi entraînées. Nous avons vu que cette opinion, vraie pour les matériaux qui peuvent servir à la nutrition des organismes inférieurs, ne l’est pas pour leurs germes. Quant aux plantes, elles n’absorbent que ce que les infiniment petits leur ont élaboré. Toutes ces unités vivantes s’en vont ainsi au hasard du courant qui parcourt les égouts, tantôt se desséchant sur les bords, tantôt humectées à nouveau et emportées plus loin, toujours prêtes, si elles rencontrent un terrain favorable, à se développer et à reporter sur l’espèce humaine la maladie qui les a créées.

Il n’y a d’autre moyen topique d’obvier à ces inconvénients que de tout envoyer à l’égout et de le diluer avec un volume d’eau suffisant. Pour Paris il faudrait une véritable rivière, mais quand deux millions d’hommes trouvent commode ou agréable de se réunir sur un même point, c’est bien le moins, puisqu’ils ne peuvent rien pour

l'air qu’ils respirent, qu’ils attirent à eux une fraction sensible du volume d’eau dont ils auraient pu disposer, s’ils étaient restés par petits groupes. Or, les Parisiens n’en ont pas la centième partie.

Toutefois, comme il ne s’agit pas, encore une fois, d’aller à l’absolu, mais de courir au plus pressé, j’indiquerai une mesure facile à prendre, et propre à atténuer dans une large mesure les inconvénients dont je parlais toutàl’heure. C’est que partout où il y a un malade contagieux (qu’on me permette cette expression, qui, si elle entrait dans les habitudes, appellerait l’attention) on fut tenu, dans l’appartement qu'il occupe, de ne rien envoyer dans les fosses d’aisances sans y mêler un volume égal d’une solution désinfectante quelconque, soit de borax, soit de sulfate de fer, soit de chlorure de zinc, ou de chlorure de chaux.

Qu’on ne dise pas qu’il serait difficile de s’assurer que cette prescription est remplie. On obtient quand on le veut des choses plus difficiles. Une recommandation, une ordonnance de médecin vaudrait mieux, il faut le reconnaître, qu’une ordonnance de police, mais si cellè-ci devenait nécessaire, il ne faudrait pas hésiter à la prendre et à l’appuyer de ce qu’il faut pour qu’elle soit exécutée. Je crois d’ailleurs qu’elle serait inutile. En face des intérêts de premier ordre que couvrirait une dépense de quelques sous par jour, personne n’hésiterait. D’ailleurs, je voudrais que dans les grandes villes, là où les dangers sont plus grands qu’ailleurs, parce qu’on passe plus fréquemment près d’eux sans les voir, l’existence d’un malade contagieux fut signalée à ses voisins et à tous, par l’apposition à la porte de la rue, d’un écriteau indiquant l’étage auquel se trouve le malade. De cette façon tout le monde serait prévenu, on ne serait plus exposé à gagner inconsciemment une maladie pour une visite dans un appartement contaminé, et tout ce qui s’y passe serait sous la surveillance des voisins qui pourraient s’opposer à ce qui pourrait être dangereux pour eux, par exemple, ce que j’ai vu une fois,

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à laisser battre dans les escaliers les tapis de la chambre d'un malade.

Voilà pour les villes, mais le mal n’est pas borné à elles. Combien y a-t-il dans les villages de maisons, même de maisons bourgeoises mal installées au point de vue hygiénique, ayant dans les dispositions de leurs fosses d'aisances, dans l’aménagement de leurs puits, de leurs eaux, des causes de maladie auxquelles elles n’échappent pas toujours? Il a existé pendant quelque temps en Angleterre une sorte de comité officiel chargé de veiller sur ces défauts, ot de les corriger en invoquant la responsabilité du propriétaire. Les résultats qu’il a obtenus dans certains districts, au point de vue de la diminution de la morbidité et de la mortalité générale sont surprenants : mais les colères qu’on soulève quaud on parle au nom de l’intérêt commun contre des intérêts particuliers, lui ont fait enlever sa situation officielle. Il avait fait tant de bien qu'il a pu se transformer en comité privé consultatif, qui moyennant un abonnement annuel, fait visiter les locaux suspects par des hygiénistes et des architectes compétents, indique les moyens de les rendre salubres, entame et conduit les négociations qui doivent faire exécuter les mesures qu’il recommande. En face d’une petite oligarchie de propriétaires, il est devenu une force morale dont il donne le concours à ceux qui le lui demandent au nom de leur propre intérêt doublé de l’intérêt public. Combien il serait souhaitable qu’une pareille institution put s’établir en France, où les difficultés seraient moindres, et le bien à faire aussi grand qu’ailleurs.

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