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guérissaenit en même temps les maux rte l'àmeel ceux ilu corps. Maintenant, abandonné, vide, pauvre et démantelé, mis en vente pour quelques chiffons de papier, il ne s était trouvé, même à ce prix, personne qui voulût racheter.
« Ce clocher, dépouillé de son ornement légitime, se dressait comme un géant mort qui aurait vu s'éteindre dans ses orbites vides la lumière et la vie. En face rte l'entrée on voyait encore une croix de marbre blanc qui, penchée sur son piédestal à demi détruit, semblait s'affaisser sous le poids de l'abattement et de la douleur. La porte, naguère encore toute grande ouverte et à tout le monde, était maintenant fermée »
Voila l’extérieur du couvent. Au lieu des moines qui l’habitaient, on ne trouve plus dans ces vastes édifices que l'humble Camille d’un laboureur. Seulement, ces vieilles mitrailles ont retenu un parfum de sainteté chrétienne qui s’est communiqué à ces bonnes gens. Un des anciens moines, resté au milieu des nouveaux maîtres, d’abord souffert par eux, oublié dans un coin du monastère, puis aimé de tous et ' peu a peu devenu de la famille, atténue l’idée odieuse de la dépossession violente, et fait une pari à la tradition des lieux. Une scène admirable que j’essayerai de traduire introduira le lecteur dans ce milieu plein d'émouvauts contrastes :
« Stein se remit sur ses jambes, s'achemina comme il put vers la
porte, cl frappa avec une pierre. Un aboiement lui répondit; il fit un nouvel effort pour réitérer son appel, et tomba évanoui sur la terre.
« La porte s’ouvrit, et deux personnes parurent sur le seuil. D'abord une jeune femme, qui dirigeait la lumière d’une petite lampe qu’elle tenait à la main vers un objet qu’elle apercevait à ses pieds, s'écria :
« — Jésus Marie! ce n’est pas Manuel; c’cst un inconnu, et il est mort! Que Dieu ait pitié rte nous!
« — Secourons-le ! s’écria l’autre personne, qui était une femme très- | âgée, trcs-proprement vêtue. Frère Gabriel, frère Gabriel, s’écria-t-elle en rentrant dans le patio, venez vite, il y a ici un malheureux qui se meurt.
«On entendit des pas précipités, quoique pesants. C’étaient ceux d’un vieillard de taille médiocre, dont la face débonnaire et candide annonçait une âme pure et simple. Son costume bizarre consistait en un pantalon et une large veste de bure sombre, coupés, à ce qu’il semblait, dans une robe de moine; il avait aux pieds des sandales, et sur son front chauve et luisant un bonnet de laine noire.
« — Frère Gabriel, dit la vieille, il faut secourir cet homme.
« — Il faut secourir cet homme, répéta frère Gabriel.
« — Pour Dieu, mère, s’écria la femme à la lampe, où allez-vous mettre ce moribond?
« — Ma fdle, répondit la vieille, s’il n'y a plus d'autre place dans la maison, on te mettra dans mon propre lit.
1 I " fin n
« — Et vous allez l'introduire ici, reprit l'autre, sans savoir môme qui c’est?
g — Qu’importe? dit la vieille. Ne sais-tu pas le proverbe: Fais le bien et ne regarde pas à qui tu le fais? Allons, aide-moi, et la main à l'œuvre.
« Dolores obéit avec empressement et crainte tout ensemble.
« — Lorsque Manuel rentrera, ajouta-t-elle, Dieu veuille que nous n'ayons pas quelque désagrément.
« — Je voudrais voir cela, répondit la bonne vieille. Un fils trouver à redire à ce qu’ordonne sa mère !
« Tous trois se réunirent alors pour emporter Stein à la chambre de frère Gabriel; avec de la paille fraîche et une peau de mouton à toute laine on lui arrangea aussitôt un bon lit. La mère Maria tira du coffre une paire de draps grossiers, mais propres, et une couverture de laine. Frère Gabriel voulut céder son oreiller, mais la bonne vieille s’y opposa en disant qu'elle en avait deux, et qu'elle dormirait fort bien avec un seul. En un moment Stein fut déshabillé et mis au lit.
« Cependant on frappait à coups redoublés à la porte extérieure. — Voilà Manuel, dit alors la jeune femme; venez avec moi, mère, je ne voudrais pas me trouver seule avec lui, quand il apprendra que nous avons reçu ici un homme sans l'en avertir.
« La belle-mère suivit les pas de sa bru.
« — Dieu soit loué! bonne nuit, mère, bonne nuit, femme, diten entrant un homme grand et de bonne mine, qui paraissait avoir de trente-huit n quarante ans, et qui était accompagné d’un garçon d’environ treize ans.
« — Allons, Momo, ajouta-t-il, décharge l'ànesse et méne-la à l’écurie. I.a pauvre Golondrina est sur les dents.
« Momo porta d'abord à la cuisine, qui était le lieu où se réunissait loutu la famille, une large provision de beaux pains blancs, deux besaces remplieet la mante de son père, après quoi il disparut en entraînant Golondrina par le licou.
« Dolores ferma la porte, puis alla rejoindre dans la cuisine son mari et sa belle-mère.
« - Est-ce que lu m'apportes, dit-elle le savon et l'amidon?
v — C'est là.
« — Et mon fil? demanda la mère.
« — J’avais bien envie de no pas l'apporter, répondit Manuel en souriant, et en présentant à sa mère ses écheveaux de fil.
« — Et pourquoi, garçon?
« — C’est que je pensais à cet autre qui allait à la foire et que tous ses voisins chargeaient de commissions. Apporte-moi un chapeau, apporte-moi une paire de guêtres; la cousine voulait un peigne, la tante du chocolat, et avec tout cela aucune ne lui donnait un denier. Comme il avait déjà enfourché sa mule, un petit garçon s'approcha, et lui dit: J'ai de quoi acheter un sifflet, voulez vous me l’apporter? Et, tout en parlant, il lui glissa l'argent dans la main; l'homme se baissa, prit l’argent, et lui répondit; Sois tranquille, tu sifleras! Et en effet, il revint de la foire, et de toutes les commissions il ne rapporta que le sifflet.
FEIÏÏUN CAB.U.LEHO.
« — Je savais bien que tu avais les entrailles dures; mais jamais tu ne l’avais prouvé comme aujourd'hui. Va-t’en, j’ai pitié de toi, tu es un méchant. et le méchant porte son châtiment en lui-même.
« — Les vieilles ne savent que sermonner, grommela Momo en jetant à son aïeule un regard de travers.
« Mais il avait à peine achevé le premier mot, que sa mère, qui l’avait entendu, se jeta sur lui et lui appliqua un bon soufilet.
« — Apprends, lui dit-elle, à être insolent avec la mère de ton père, qui est deux fois ta mère!
« Momo courut se réfugier tout au bout du corral, où il soulagea sa colère en donnant au chien une volée de coups de bâton *. »
Dans la Gaviota, Fernan Caballero nous fait voir l'intérieur d’une famille pauvre, mais qui vil largement de son travail : c’est le petit cultivateur dé l’Andalousie. Le plus considérable de ses romans après la Gaviota, Clemencia nous montre avec une vérité non moins vive l’existence patriarcale du grand laboureur.
Clemencia est une jeune veuve douée d’une belle âme, qui, livrée aux séductions d’un monde dont les élégances la charment, n’a pas reconnu l'amour vrai sous les formes peu brillantes d’un jeune cousin élevé au milieu des champs, mais qui, bientôt détrompée par une expérience douloureuse, revient d’elle-méme a celui qu’elle avait éloigné, et trouve le bonheur dans sa généreuse résolution.
Menacée d'une sorte de consomption, elle vient chercher un air pur et vivifiant dans la maison de son beau-père, où. pour la première fois, elle rencontre celui qui un jour sera son second mari. Ce n'est cependant pas lui que je voudrais cette fois présenter au lecteur, mais le maître de la maison lui-même, un de ces grands laboureurs dont je parlais tout a l’heure.
« Duit Martin l.adron deGuevara était un de ces gros propriétaires de l'intérieur des terres si bien adhérents à leur village et à leurs maisons, qu’on dirait qu’ils en font partie, comme des figures en bas-relief sculptées sur un mur. Il était de ceux qui, de leur vie, ne se sont occupés que de leurs chevaux, de leurs taureaux, de leur culture et des propos de leur village; do ceux qui, afin de se créer à tout prix un intérêt et une occupation, ne regardent pas à des sommes énormes pour susciter ou soutenir un procès ridicule, dont la perte, au fond, leur est aussi indifférente que le gain...
« Don Martin, au surplus, n’avait reçu aucune espèce d’instruction, sauf en ce qui est de la religion, conformément au dicton ; S’il a lo majorât, â quoi bon étudier et de quoi peut lui servir la science ? Il n’avait donc ouvert un livre do sa vie-, ce qui n'empêchait pas qu’il ne fût d’instinct et par tradition un vrai caballero, et qu’il n’eût, comme les AnJalous en général, de l’esprit naturel et de l’originalité, sans compter le privilège qu'ont les
1 La Gaviota.