‹ FernandChapitre 60 sur 156 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

contempler une mère ; et quoiqu'elle n'eût point d'accusation directe à diriger contre M. de Peveney, cependant, par lui, à cause de lui, cette femme avait tant souffert dans son enfant, qu'elle n'avait pu s'empêcher de nourrir contre ce jeune homme un profond sentiment d'amertume, nise défendre, en le revoyant, d'un instinctif mouvement de terreur. Sa première impression avait été toute d'épouvante, et, encore à cette heure, l'âmeagitée de sombres pressentiments, elle serrait contre son sein le bras de sa fille, comme si elle eût craint qu'on ne voulût la lui enlever. Tels étaient les motifs de l'accueil glacé que recevait Fernand. Chez madame de Mondeberre, c'étaient la tendresse et l'orgueil maternels blessés du môme coup et saignant en silence ; c'était chez Alice une réserve naturelle jointe à la fierté de l'amour méconnu. Chargé de honte et de remords, M. de Peveney les suivait machinalement, sans chercher à se rendre compte du charme fatal qui Fenchaînait à leurs pas. Ils entrèrent ainsi dans le salon; mais lorsqu'à la lueur de la lampe, madame de Mondeberre et sa fille virent les traits dévastés de ce malheureux jeune homme, lorsque Fernand,de son côté, aperçut quels ravages ces trois années avaient exercés sur le front d'Alice et sur la figure de sa mère, alors les âmes se fondirent, les cœurs éclatèrent, on n'entendit que des larmes et des sanglots. Aucune explication ne troubla cette scène d'épanchements silencieux. On parla peu ; il n'y eut pas une seule question échangée; on s'observait avec attendrissement, et quand vintrheure de se séparer, trois mains se cherchèrent, se réunirent dans une même étreinte. Durant toute

la dernière partie de cette soirée, M. de Peveney avait apaisé les rébellions de sa conscience en lui criant qu'il partirait le lendemain et que cette entrevue était la dernière. Cependant il se retira sans avoir eu le courage d'annoncer aux dames de Mondeberre qu'il ne devait plus les revoir.

Rentré chez lui, il employa le reste de la nuit à s'occuper des derniers préparatifs de son départ. Au matin, il écrivit à madame de Mondeberre pour lui dire le suprême adieu. A huit heures, les chevaux de poste qu'il avait commandés la veille arrivèrent. En entendant claquer le fouet du postillon, il ouvrit une fenétreetvit sesserviteurs groupésautour de lachaise qu'on était en train d'atteler. Fernand fut consterné. Depuis son retour de Mondeberre, il s'était flatté confusément que cette heure n'arriverait jamais, qu'il surviendrait nécessairement un obstacle imprévu qui l'empêcherait de partir. Il chercha s'il n'avait rien oublié : rien ! tout était prêt. Le sort en était jeté.

M. de Peveney descendit dans la cour^ embrassa sa nourrice, donna ses dernières instructions à ses gens, et remit à Tun d'eux la lettre qu'il venait d'écrire. Il ne lui restait plus qu'à monter dans sa chaise lorsqu'en l'examinant, il découvrit qu'elle avait besoin de réparations, que les ressorts en étaient fatigués, qu'elle n'avait pas été visitée depuis plus de trois ans, et qu'enfin il ne serait ni prudent ni sage de s'y embarquer pour un si long voyage avant qufelle eût passé par les mains du carrossier. Il consulta les assistants, et s'y prit de telle sorte que tous s'empressèrent de se ranger à son avis : le postillon

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