‹ FernandChapitre 61 sur 156 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

lui-même, après avoir reçu son pourboire, déclara que la voiture n'était pas en état de courir deux postes sans voler en éclats. Fernand reprit sa lettre à madame de Mondeberre, et donna des ordres pour qu'on déchargeât la chaise et qu'on l'envoyât en radoub à Nantes. Ainsi son départ se trouvait retardé de plus d'une semaine. Le cœur de l'homme est plein de ruses et de lâches détours. M. de Peveney parut vivement contrarié de ce retard et ne se gêna pas pour en témoigner son humeur, convaincu et de bonne foi, c'est-à-dire assez fin, assez habile pour avoir réussi à se tromper lui-même.

II n'est pas de position plus propice à l'ennui que celle d'un homme qui, ayant tout arrangé pour son départ et prêt à monter en voiture, se voit arrêté par quelque empêchement imprévu. Jusqu'au moment où Ton pourra partir, on ne sait que devenir ni comment employer le temps. On se trouve sous le coup d'un désœuvrement que rien ne saurait occuper ni distraire. On n'a plus sous la main les objets qu'on aimait. Disposée pour l'absence, la maison est un tombeau où l'on erre comme une ombre en peine. On n'est plus chez soi, et pourtant on n'est pas ailleurs. On supporte d'autant moins patiemment le poids des heures oisives, qu'on s'était préparé par avance au mouvement et aux distractions du voyage. C'est là du moins ce qui arriva pour M. de Peveney. Il n'eut pas atteint le milieu de la journée, qu'il se sentit pris d'une impatience fiévreuse et d'un besoin d'agitation qu'il ne savait comment satisfaire. Il se décida à monter son cheval, dont il n'avait pu consentir à se débarrasser. Une fois en selle, où aller? Peu lui

no FERINAND.

importait. Il lâcha la bride à Ramponneau, qui, fidèle à ses anciennes habitudes, le conduisit droit à Mondeberre.

Cette fois encore M. de Peveney capitula avec sa conscience. Songeait-il à renouer des relations à jamais brisées? Sa résolution n'était-elle pas irrévocablement arrêtée? Ne devait-il pas, sous peu de jours, s'éloigner pour ne plus revenir? D'ailleurs, il n'était plus temps de retourner en arrière : déjàRamponneau battait le pavé de la cour du château, et une fenêtre venait de s'entr'ouvrir pour laisser passer la tète d'Alice.

Cette entrevue différa de celle de la veille en ce que les cœurs s'y montrèrent moins silencieux et plus à l'aise. On ne toucha ni au passé' ni à l'avenir; on se complut de part et d'autre dans la mélancolie de l'heure présente. On s'entretint longuement de la visite de Karl Stein. Fernand parla de ses voyages avec un sentiment de tristesse qui, aux yeux de mademoiselle de Mondeberre, le revêtit d'un prestige de plus. Madame de Mondeberre le retint à dîner. Il s'en défendit d'abord, puis il se dit qu'ayant dû partir le matin il manquerait de tout à son gîte. Gaston se présenta le soir. En revoyant M. de Peveney, dont le souvenir ne l'avait pas occupé six minutes en trois ans, il témoigna une joie bruyante et l'embrassa avec effusion. Sur ces entrefaites arrivèrent deux ou trois gentilshommes du voisinage. La conversation s'engagea. A cette époque, la politique agitait fort les esprits en Bretagne. On discuta les questions du jour. Indifférent d'abord à ce qui se disait autour de lui, Fernand en vint bientôt à se mêler à l'entretien. Il

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