PREMIÈRE PARTIE
l'une, parce que tout amour est respectable, môme celui qu'on ne partage plus ; Tautre, parce qu'on ne saurait entourer de trop de soins et de vénération ces jeunes âmes' qui n'ont point secoué leur pous sière virginale. ^
C'est tout ce que j'avais à te dire. Je me suis prés^ité plusieurs fois pour voir madame de Rouévres * la comtesse est inabordable. Quant aux vengeances du mari, n'en ris pas. Cet bomme est étrange ; il lui écbappe parfois, dans l'entretien le plus paisible, des mots qui me font lé regarder avec stupeur. Sous des debors d'une simplicité réelle, il cacfae uneénergie qui serait terrible au besoin. Heureusement, il ne se doute de rien, et ne parle de toi qu'avec affection. Il se plaint de ta longue absence, et veut t'écrire pour bâter 4^ retour. Ils sont tous les mêmes. Adieu.
' febuand de pevbret ▲ xarl stein.
Le soleil n'envabit pas tout d'un coup l'borîzon ; l'aube éveille d'abord lesoiseaux et les brises; l'orient blancbit et se colore ; de confuses rumeurs montent des vallées aux coteaux. Ainsi l'amour a son crépuscule matinal, rempli de frais mystères et de préludes enchanteurs. Pourquoi donc avoir si brusquement éclairé mon cœur? Pourquoi cet empressement à le dénoncer à lui-même? Pourquoi m'avoir sitôt appris ce que sans toi j'ignorerais encore? Tu vas droit au but, et ne vois pas que tu supprimes ainsi ce que l'amour a de plus gracieux et de plus cbarmant, comme un bomme qui retrancberait des spectacles
delà naturelesîmageset les barmoDies qui précèdent
>; le lever du jour.
,.• ' Ami, qu'as-tu fait? Je ne me doutais de rien; j'étais
i^' sans trouble et sans défiance. Je me laissais aller
mollement à la dérive du flot qui me berçait, sans m'apercevoir seulement que j'avais quitté le mage, le voyais cette enfant tous les jours ; mais ce que j'éprouvais auprès d'elle ressemblait si peu à ce que j'avaiséprouvé jusqu'alors, que j'étais loin d'imaginer que ce put âtre de l'amour. Comment donc, en effet, l'auriiis-je soupçonné? L'amour n'avait été pour inoi qu'une (ièvre des sens, un transport au cerveau, je ne sais <juaî d'inquiet et de maladif qui, même au plus fort de l'ivresse, pesait sur mon front comme une atmosphère orageuse. L'àme désordonnée d'AralicUe avait envahi tout mon être; l'amour ne m'était connu que par ses fureurs. Comment aurais-je pu, prés d'Alice, me croire atteint de ce même mal dont j'étais encore meurtri et tout brisé 7Le naufragé qui n'u vu l'Océan que soulevé par les tempêtes reconnalt-il dans l'onde unie comme un miroir la mer en courroux qui l'a jeté sans vie sur la grève? Je m'oubliais auprès de cette enfant comme au bord d'un lac , pur cl paisible. Je respiiais sa jeunesse, et la séré-
nité de son regard descendait insensiblement dans mon sein. En la voyant, tous mes sens étaient ravis, ùans qu'il mevtnt à la pensée de me demander pourquoi. Sa beauté me pénétrait comme une douce llammc. Au lieu de me troubler, quand mon passé grondait dans mon sein, sa seule présence suffisait à
1^^ me calmer, pareille à l'étoile mystérieuse qui apaise
les flots irrités. Le son de sa voix me charmait à auta