‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 31 sur 118 · PREMIERS PARTIE. C · texte numérisé non relu

PREMIERS PARTIE. C

pour laisser à sa femme le temps de répondre. Arabelle se tut; il reprit :

— Vous, cependant, vous m'avez trompé. J'avais &it de vous ma compagne ; vous avez fait de moi votre maître. A la franchise et à la loyauté, vous avez préféré Thypocrisie et le mensonge ; substituant ainsi aux vertus de l'égalité tous les vices de l'esclavage, vous vous êtes abaissée au plus lâche, au plus vil, au plus honteux des adultères. En revenant sur le passé, à présent que j'en ai la clef, j'y trouve à chaque pas les traces de vos ruses et de vos perfidies ; j'y vois par combien de détours vous avez abusé de mon aveugle confiance, et je me demande avec un douloureux étonnement comment deux jeunes cœurs ont pu se soumettre à de si infâmes manœuvres ; je doute ou je m'indigne que l'amour, ce rayon de Dieu, ait pu descendre un seul instant dans cet abîme de basses trahisons. Quoi I durant des mois entiers , qui sait ? durant des années- peut-être, vous vous êtes joué de cet homme qui vous aimait tous deux et vous respectait à ce point, qu'il eût craint de vous outrager par l'ombre d'un soupçon jaloux I Quoi 1 vous jeune homme qui me serriez la main et que j'appelais mon ami 1 Quoi I vous, vous; Arabellel.. Ce qu'il est révoltant d'entendre, mais ce qu'il faut pourtant oser dire, c'est que, pour mieux me tromper sans doute, vous nous avez trompés tous deux. Si, comme je veux le croire pour l'honneur de monsieur, vos complaisances n'étaient qu'un artifice de plus, je dois convenir. Madame, que vous jouez bien certaines comédies.

•— Assez, Monsieur, assez I s'écria M. de Peveney

en se levant ; vons oubliez que tous êtes chez moi et que TOUS outragez une femme.

^ Je comprends, répliqua M. de Rouèvres tou^ jours avec le môme sang-froid, que vous rougissiezà ces mots, vousde honte, et vous de colère; moi-mâme je ï>ens mon cœnr soulevé de dégoât. Vous me rappelez que je suis chez vous, monsieur de Peveney; permettez-moi de vous bire ohserver qu'à quelque point que je m'oublie, je n'userai jamais sous votre toil d'autant de liberté que vous en avez pris sous le minn. Je n'outrage personne. Monsieur. Si les amnuls de nos femmes ne sont parfois que dos paivteiuiires, est-ce à moi qu'il faut vous en plaindre? Si la \Aa\e que je mets à nu est tellement hideuse, que ceux-là mdmes qui l'ont ouverte s'en détournent avec horreur, e»t-ce moi qu'on doit accuser? Je reriens à vous, Arabelle ; je n'ai plus qu'un mot à vous dire, et, ce mot dit, je vous aurai parlé pour la dernière fois. Puisque vous avez Aii l&chement, vous n'êtes encore à cette heure qu'une esclave échappée attendant l'arrôtde son maître. — Ce maître vous affranchit. — Il en est un autre au-dessus de tous : puisse celui-là vous absoudre I

Là-dessus M. de Houèvres se leva, et s'adressaol

Fernand :

— Maintenant, Monsieur, à nous deux I

— Allons donc I Monsieur, allons doue ! s'écria avec l'emportement du désespoir M. de Peveney, qni ne voyait d'ailleurs que la mort qui pût le tirer de là ; Uni^sims-en, c'est perdre trop de tempsen paroles. J'ai des armes... ici, à deux pas, sans témoins...

— Monsieur, répliqua M. deHouôvresaveccalme,

PBEMliRE PARTIE* 71

VOUS vous méprenez entièrement sur mes intentions^ Je n'ai que faire de vos armes, ne voulant tuer ni être tué. Vous m'avez parlé tout à l'heure de laver mon honneur dans votre sang; mon honneur n'est point entaché, et je souhaite que le vôtre sorte de tout ceci aussi pur que le mien. D'ailleurs, Monsieur, vous n'y songez pas ; vous oubliez que désormais vous ne sauriez disposer sans crime d'une vie qui, à compter de ce jour, devient si précieuse et si nécessaire, que moi-même je ne me permettrais pas d'y toucher. Monsieur de Peveney, ajouta-t-il en élevant la voix, écoutez ce que je suis venu vous dire. — - Vous m'avez pris ma femme, et vous la garderez. En usurpant mes droits, vous avez implicitement accepté l'héritage de mes devoirs. Tout l'avoir d'Arabelle était sa liberté ; en la lui rendant, je suis quitte envers elle, et vous ne seriez pas gentilhomme que je craindrais encore de vous offenser en offrant à madame le bénéfice de la loi.

A ces mots, il salua sans affectation, avec une grave politesse, et sortit aussi calme, aussi fh)id que s'il se retirait d'un salon.

La chaise de poste qui l'avait amené l'attendait à la porte, il y monta ; ce ne fut qu'en entendant le bruit de la voiture qui s'éloignait au galop des chevaux, que M. de Peveney comprit nettement toute l'horreur de sa position. Il passa la main sur son front et regarda autour de lui, comme s'il se réveiK lait d'un songe : il se vit seul avec Arabelle, tous deux chargés de honte, enfermés, elle et lui, dans un cercle de fer, scellés et soudés Tun à l'autre.

FERNAND

FEENAND DE PETENET A MADAME DE MONDEBEBEB.

Madame,

Mon malheur passe mes prévisions; la foudre est tombée sur ma tête. Tout est brisé, l'honneur seul est debout. C'est ce fatal honneur qui me perd ; c'est àcfe maître cruel, inflexible et jaloux, que j'immole l'espoir de ma vie tout entière. Ne cherchez pas à soulever le voile qui vous cache ma destinée ; seulement, dites-vous qu'en renonçant au bonheur que vous m'avez offert j'ai prouvé que peut-être je le méritais; dites-vous, Madame, qu'en refusant d'entrer dans votre Ëden j'ai- montré que je n'étais pas tout à fait indigne de m'asseoir à la place que deux anges m'y réservaient. Je pars. Où me conduira l'orage qui m'emporte? reviendrai-je un jour? je ne sais. Mais la terre manquera sous mes pieds avant que les sentiments de respect et d'adoration que je vous ai voués s'éteignent dans mon cœur, qui ne vit plus qu'en

VOUB.

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