ACTE PREMIER. »S
LE MARQUIS
Ah! oui, parlons-en, de l'intégrité de tes grands hommes!
VAUCLIN, cessant dd joaer«
Oui, leur intégrité!...
LE MÂBQUIS, jouant.
Comment donc! et Mirabeau, payé, vendu!... et Danton, payé, vendu!...
VAUCLIN.
C'est faux!
LE MARQUIS
Oh ! par exemple 1 -
VAUCLIN.
C'est faux, ne touchez pas aux géants 1
LE MARQULÎ.
Mais j'y toucherai si je veux aux géants, et je suis bien libre.
(Oa cesse de jouer.) VAUCLIN.
Non 1 — Tu n'es pas libre de calomnier...
LE MARQUIS
Encore faut-il prouver que je...
VAUCLIN, colère erois!!iante.
Je n'autorise personne à dire de telles infamies.
LE MARQUIS
Discutons, au moins...
VAUCLIN, se levant sans l'écouler.
Je ne veux pas discuter ! je ne discute pas ; je vous défends de discuter!...
FROMENTEL, se levant.
Mais au risque de me faire conspuer, la liberté...
VAUCLIN, avec violence.
Une invention de la haine que les journaux ont eu la scélératesse de propager.
LE MARQUIS
S'ils le croient.
VAUCLIN,
Si nous vivions en liberté... je te ferais saisir le premier qui oserait...
Bon!...
U LES GÂNÀCHfiSb
VBOMENTBL.
Maisl...
VAUCLIN,
Et je te le coffrerais I...
LE MARQUIS
C'est ça!
FROUENTEL.
Je...
VAUCLTN.
Pour lui appreudre.., imbécile!... idiot! crétin !•.•
FROMENTEL
Mais!...
VAUCLIN, à Fromenlel.
Mais, jour de Dieu I laissez-moi donc parler... vous! On n'entend que vous !
FROMENTEL
Ahl...
VAUCLIN^ jetant ae* caHes,
Ou plutôt allez au diable, tenez. . vous ne méritez pas qu'on s'épuise... Pourris! pourris! pourris I
(Il remoDte.) ROSALIE, le laivant des yeaz»
S'il pouvait donc avoir un coup de sang!
LE MARQUIS, traversant à droite.
Voilà de mes libéraux, tenez, qui réclament la liberté de discussion!
LE DUC, rëveillé*
Qu'est-ce que c'est? une querelle!
LE MARQUIS
Rien^ mon père... rien, (n va i lui.) C'est le jeu qui s'anime !.••
LE DUC
Marquis, il me semble que nous veillons bien tard ce soir!
FROMENTEL, regardant le jeu da mort.
Et cet animal de mon qui attend ce moment-là pour avoir tous les honneurs /...
BARILLON, regardant le Marquis*
Décidément, mon homme, c'est celui-là. Préparons l'assaut!
(Le Marquis redesceud. De Valcrcuse remonte à la cheminée, où il lit une brochure. — Fromentul va à la console à gauche, entre les deux portes, où il prend du thé. — Rosalie offre du thé au Duc. — Vauclin va et vient an fond pendant le commencement de la icène luiTaote»)
ACTEPBfiMIEH. 'àb
LK MARQUIS, prenant le siég« de Taoclin et faisant signe à Barlllon de s'asseoir*
Voyons, monsieur Barillon, de quoi s*agit-il ?
Jkftl Dieu, monsieur le Marquis, je vous vois bien ému !
^ LE MARQUIS
Non, non! ce n'est rien; nous avons bien d'autres prises ensemble!... Voyons ce qui vous amène?
BARILLON, tinnt une lettre de son portefeniHe et s'atseyant.
Le jour môme où maître Honorin me remettait la clef de Tétude, il recevait cette lettre, venue de Paris, signée d'un nom très-honorable, et qui lui recommandait instamment une jeune personne..*
LE' MARQUIS, Tinterrompant.
C'est assez, monsieur Barillon, gardez la lettre. Il s'agit de la fille de ma défunte sœur, n'est-ce pas?...
BARILLON
Précisément, monsieur le Marquis.
LE MARQUIS
Maître Honorin pouvait se dispenser de vous faire faire ce voyage, monsieur. Je lui ai donné tout pouvoir de subvenir aux besoins de cette enfant. Si la pension que j'ai faite jusqu'ici est insuffisante, augmentez-la, doublez-la, faites enfin tout ce qu'il faudra... et n'en parlons pas davantage.
(Il Ta pour »e lever.) BARILLON.
Mon Dieu, monsieur le Marquis, pardonnez-moi d'insister; tnais ce n'est pas d'un secours d'argent qu'il s'agit cette fois....
LE MARQUIS
Ahl et de quoi s'agit-il?...
BARILLON
Croyez que je suis déscsp(5ré de toucher à des questions qui paraissent vous affecter doul6ureusement.
Oui... oui, douloureusement, en effet, et plus que vous no pouvez le croire! — M. Honorin vous a certainement mis au courant de cette triste histoire, monsieur?.».
BARILLON
Oui, monsieur le Marquis.
LE MARQUIS
Mais il l'a fait sans doute à sa manière. H n'aura pas manqué
de Vous dire, monsieur, pour justifier ma sœur, que son choix n'était pas blâmable, ce qui est vrai; queThomme qu'elle avait distingué, si humble que fût sa condition, était fort honorable en tout point, et je n*en disconviens pas... qu'ils s'aimaient depuis longtemps, et que le refus de mon père à autoriser leur union prenait sa source dans un étrange orgueil nobiliaire qui n'est plus de saison... (ce que je ne discute pas) ; mais quitter la maison de son père, la nuit, furtivement, à l'heure môme où la loi la déclarait majeure,... se réfugier dans la familk' inconnue de cet homme, et là, nous dépêcher sommations su;* sommations, jusqu'au mariage audacieusement conclu sous le coup de la réprobation paternelle. Ahl voilà, monsieur Barillon, ce que toutes les dissertations philosophiques du monde ne me feront jamais admettre. C'est une révolte contre la loi de Dieu, qui a le pas sur celle des hommes... Et si vos conquêtes de la législation moderne autorisent beaucoup d'actes semblables, je m'applaudis de ne pas môme connaître de nom ces droits nouveaux qui nous dispensent si effrontément des anciens devoirs.
BARILLON
Il y aurait beaucoup à répondre, monsieur le Marquis, si nous étions ici pour discuter. Mais j'aime mieux vous accorder que votre sœur fut coupable, impardonnable môme... pour vous rappeler seulement que cette coupable est morte, que cette impardonnable est aujourd'hui devant le seul juge qui puisse la déclarer sans excuse, et que sa pauvre enfant innocente...
LE MARQUIS
Mais je vous l'ai dit, monsieur, faites pour cette enfant tout ce qu'il faudra, et s'il lui manque...
BÂRILLON.
Ehl monsieur le Marquis, ce qu'il lui manque... tout Targent du monde ne saurait le donner, ni le remplacer I Songez qu'elle a dix-sept ans, que les personnes qui Pavaient recueillie
le dire, monsieur, c'est le conseil tendre que son âge implore, la douce indulgence, les soins affectueux, la protection constante, et tout cela dans un seul mot : c'est la lamillel
LE MARQUIS, ima.
Sans doute... Mais...