Chapitre I*'. Preuves de l'existence de Dieu
MARGUERITE, rinterrompant.
Esl-ce que c'est vrai, mon parrain, qu'il y a des personnes qui ne croient pas en Dieu?...
VAUCLIN, à lai-méme.
Parbleu! s'il y en a!
MARGUERITE
Plaît-il?
VAUCLIN, se reprenant.
Je dis : a Mais oui, il parait qu*il y en a. »
MARGUERITE
Comment cela est-il possible?... n*avoir rien de ce qui console... Cela est si bon, quand on est triste, de penser qu'il y a là-haùt quelqu'un qui vous écoute.... qui vous rogarde... La nuit, quand je ne dors pas, parce que la fièvre bat mes tempes, je cause avec Dieu; je lui dis tout bas toutes mes espérances, toutes mes craintes, et il me semble qu'il me répond : « Courage I » £t je m'endors après cela si heureuse, si calme !.•• Voilà le vrai médecin.
VAUCLIN.
Bon, bon! mais..*
MARGUERITE
Et quand on perd quelqu'un qu'on aime! il faudrait donc croire que tout est fini?...
VAUCLIN, à demi-voix.
Eh bien !
MARGUERITE, arec la fièvre, a'exaltant peu i peD.
Dieu! ma pauvre mère! Penser que l'on ne se retrouvera plus, jamais... nulle part! Et quand je suis très-malade, au lieu de me consoler en me disant... « Eh bien, je vais la revoir, au moins!...» (Vauciin inquiet, se lève.) Se dire : «Non ! j'irai comme elle
danslaterre froide^ glacéel... » (Se levant et entourant Vauclln de M8\
%S LES aANACHBS(
bras.) Dieut l*horreur! mon parrain! ne me laissez pas dire celai Gela me fait peur... restez là... J'ai peurl...
VAUCLÏN, éma.
Eh bien, eh bienl quelle enfant t... Mais c'est toi qUi the fais peur I Voyons^ voyons! tu t*exaltes là...
MARGUERITE, retombant àssiBO. '
J*ai un peu de fièvre, voyc2-vousl
VADCLIN,
Tu as la tôte brûlante* iiepatic pas tant!... Je vais te donner une potion qui te calmera!... (Redescendant à droite, à part.) Our!— enfin, c'est fini!...
(Il passe à la cbemiaéé et prépare la potion en tournant le dos à Hargoerite.) UARGUERITE, doucement, après nn petit silence.
Pourquoi donc n'allez-vous jamais à l'église, parrain?
VAUCLIN, à part.
Encore. (Haut.) Mais parce qu'un homme.-.-, uh médecin... et puis à mon âge... Voyons!...
(Il yerse la potion dans nne cdillërë.)
pt si j'élais très... très malade, vous n'iriez pas à réglisc prier un peu pour moi ?
VAUCLIN, allant à elle, avec la cnillëre {)leine.
Mais quelle idée, mon Dieu! toujours I mais tu b'és pas trësmalade.
„ MARGUERITE
Mais si je 1 étais... si j'étais en danger de mort?
^ t . VAUCLIN.
Eh bien I veux-tu te taire, méchante enfant! tîetts} bois CBÎat
MARGUfeRïtE.
maladT™^'' avant, que vous irez à Téglise... Û je suis bien
^^Ï^CLkN, présentant là cuillère.
Eh bien, oui, chère enfant... Bois I...
MARGUERITE
Je ne boirai pas si vous ne jurez pas sur ce que vous avAz do plus sacré.
VAUCLIN, mémejeu.
Eh bien, je té le Jure, la...
MARGUERITE. Elle boit un peu, puis s'arrêt*.
Et vûiis priërët Dieu à genoux...
ACTB TROISIÈME. #5
VAUCLIN.
A deux genoux.
MARGUERITE. Elle achève de boire*
Dieu TOUS saura si bon gré de le faire qu'il me guérira... vous verres»
VAUCLIN, ému.
Eh bien^ oui, mon enfant, oui, il le guérira.
MARGUERITE
Merci !... Ah I laissez-moi vous embrasser.
VAUCLIN, renibrassant.
Voyons, chère petite!...
MARGUERITE, accablée et retombant.
Merci!...
VAUCLIN. Il redescend en essuyant une larme.
Eafin t Quel assaut I... (La regardant ) Elle s'endort !
(Musique en sourdine. — Vanclin passe à droite et ya serrer la ^btîoi dans un petit meuble.)
MARGUERITE, «'endormant et rêyant tout haut.
Il reviendra.
VAUCLIN.
Encore lui.i. Elle va rêvasser... comme toiijoui^, et ne pas dormir.
(Il revient à elle.) MARGUERITE.
Il reviendra par làl... Il n'ose pas... oh l'a chassé...
VAUCLIN, à demi-Toiz, à son oreille.
Mais non...
MARGUERITE
Si... Rosalie me Ta dit I... On Fa chassé parce qu*il a demandé ma main... et il est parti.
VAUCLIN, de même.
Mais il n'est pas parti, chère enfantt... Dors tranquille. Il est à Quimperlé*
MARGUERrra.
Non!
VAUCLIN.
Je l'ai vu hier.
MARGUERITE, tressaillant.
Et il ne vient pas me voir!... On Ta thaâsé !... Mon oncte..* Rosalie me V^ dit 1
VAUCLIN, à lui-même, montrant le poiog à Rosalie dans le Tide.
(Bas.) Abl vieille sorcière! (Haut.) Mais non, au contraire f... Dors, je t*en prie.
HABGUBRITE, Tivement.
Ce n'esc pas vrai, n'est-ce pas?... Oui, on l'a bien reçu, au contraire...
VAUCLIN.
Mais certainement I
Ouil... Et mon oncle est allé à Paris pour les renseignements.
VAUCLIN.
Mais, justement.
HARGUERITB, de même, avec Joto*
Oui!... Et on nous marierai
VAUCLIN.
Mais oui, cbère enfant I... Oui, certainement, on vous marierai
MARGUERITE, soupirant avec bonheur.
Ab!
(Elle s'endort.) VAUCLIN.
Elle va dormir profondément, grâce à la potion! (ii prend son pouls.) La fièvre s'apaise un peu! Pauvre enfant! Elle aime: toute la maladie est là.
BOURGOGNE, entrant
Monsieur !.•• monsieur!
(La mosiqae continue agitato et crescendo,) VAUCLIN.
Plus bas!
BOURGOGNE, baissant la TOiz.
Voici M. le Marquis de retour.
VAUCLIN.
Déjà!
Et tout joyeux!
VAUCLIN.
Mon Dieu! c'est vrail il ne sait rien!... Il faut lui apprendre. (Vivement.) Ouvrc la porte, qu'il ne voie pas Marguerite dans cet état! il la croirait morte.
LE MRAQUIS, dehors.
Vauclinl Marguerite!...
(Bourgogne ouvre la porte de la chambre de Margaorita et tire le fantenfl^ aide par Yauclin.)