‹ Fernando: Agnès; Le serin; La chapelle de la forêtChapitre 12 sur 46 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le mariage.

Cette jeune personne se nommait Clara , et était la fille d'un ancien garde forestier généralement estimé. Elle avait perdu de bonne heure son père; sa mère s'était alors retirée avec elle chez une de ses parente. Là cette vertueuse mère employa le produit de son travail à l'élever, à l'envoyer à l'école et à lui faire apprendre la couture. Clara , aussi . active et intelligente qu'elle était douce et bonne, fit des progrès en tout, et devint bientôt le soutien de sa mère, dont l'âge commençait à diminuer les forces; la jeune fille se chargea de pourvoir ellemême par son travail à leurs besoins.

Parmi les grandes maisons pour lesquelles elle travaillait le plus habituellement, se trouvait celle de la comtesse d'Obersdorf. Un jour Clara rapporta à celte dame plusieurs ouvrages que celle-ci lui avait commandés. La comtesse en fut si satisfaite, qu'outre le prix convenu elle lui donna un tablier

rempli de quantité de robes , fichus et autres objets de toilette, qu'elle ne portait plus. Clara, toute joyeuse , revint à la maison. En. déployant avec sa mère ce que contenait le tablier, elles trouvèrent dans un gant de soie une bague de diamants. Clara se hâta de retourner chez la comtesse pour lui rendre ce bijou.

Cette dame en eut une grande joie. « J'ai regardé longtemps cette bague comme perdue; je l'aurai sans doute ôtée avec mon gant sans m'en apercevoir. Je suis très-contente de l'avoir retrouvée , et je suis encore bien plus contente de rencontrer d'honnêtes gens comme vous ; j'aviserai aux moyens de récompenser votre probité. »

Quelque temps après, la mère de Clara mourut : cette pauvre orpheline avait alors environ quatorze ans. Elle vint en habits de deuil et en sanglotant chez la comtesse lui annoncer cette douloureuse nouvelle; elle se lamentait de n'avoir plus ni père ni mère, (n Je suis toute seule dans le monde! disaitelle en pleurant.

— Console- toi, mon enfant, répondit la comtesse ; je te servirai de mère. Viens demeurer chez moi , lu n'y seras pas traitée comme une domestique, mais comme ma propre fille. »

Clara accepta cette offre généreuse avec joie et reconnaissance. Cette jeune fille, que sa mère avait élevée à la piété, au travail et à la vertu, ayant toujours. vécu dans une modeste retraite, n'avait pas été exposée au contact pernicieux du monde ; jamais elle n'avait pris part à ces plaisirs mondains si dangereux pour l'innocence. Elle sut se rendre

de jour en jour plus chère à la comtesse par la douceur et la modestie de son caractère, par son amour du travail, la pureté de son cœur et sa sincère piété ; elle ne tarda pas non plus à aimer sa bienfaitrice comme une seconde mère. Son cœur avait été libre de toute autre afTectîon jusqu*au moment où, à Vienne, elle fit la connaissance de Fernando. Alors elle pensa bien qu'elle serait heureuse avec un homme de ce caractère; mais aussitôt elle bannit celte idée comme une chimère : car comment auraitelle pu s'imaginer qu'un homme tel que lui épou-, serait une pauvre orpheline? C'est dans ces dispositions qu'elle reçut la lettre de Fernando; et la demande de sa main lui causa une surprise d'autant plus agréable, qu'elle s'y était moins attendue.

Elle alla aussitôt trouver la comtesse, et lui communiqua la lettre avec une aimable rougeur. « Eh bien , lui dit cette dame avec un doux sourire, je te félicite de tout mon cœur, ma chère enfant. Tu es, en effet, une seconde Rebecca; la première, pour avoir offert un verre d'eau, mérita l'amour d'un honnête homme. Tu ressembles aussi par ton innocence et ta bonté à cette jeune vierge de l'âge d'or, et Fernando est un de ces jeunes hommes loyaux et honnêtes comme il devait y en avoir à cette époque fortunée. Réponds-lui tout de suite quels sont tes sentiments.

— Mais, reprit Clara, quand il saura que je suis pauvre et que je n'ai d'autre dot que le peu que j'ai pu épargner sur mes gages, peut-être changera-t-il d'idée?

— Tu es riche en vertu, répliqua la comtesse, et

le mérite que tu f es acquis auprès de Dieu par ta conduite irréprochable, par ta piété, ton activité et ta bienfaisance envers les pauvres , est une dot bien plus précieuse que tout l'or et l'argent que tu pourrais apporter à ton époux. Va, mon enfant, tu m'as toujours servie fidèlement; tu as pris part à mes chagrins comme à mes joies avec une tendresse sans égale. Ijotre séparation m'est bien douloureuse, mais ton bonheur m'est trop cher pour ne gas m'y résigner. Je n'y mets qu'une condition, c'est que les noces soient célébrées dans mon château; je dois remplir le devoir d'une mère en te co|iduisant moimême à l'autel , et aussi en te préparant ton trousseau de jeune mariée. Va écrire tout cela à ton futur, et dis -lui bien des choses aimables de ma part. »

Clara écrivit sur-le champ à Fernando, qui, plein de joie , arriva plus promptemenl que n'aurait pu faire une lettre. Il la rassura sur toutes les craintes qu'elle avait exprimées dans la sienne au sujet du manque absolu de fortune où elle se trouvait. Après les plus doux épanchements de part et d'autre , le jour du mariage fut fixé. Ce fut un jour de fête et de bonheur, non- seulement pour les «habitants du château, mais encore pour toute la contrée, car Clara était aimée de tout le monde. Elle avait su répandre des àunnônes considérables parmi les pauvres; plus dune larme avait été séchée par la charitable orpheline; plus d'une infortune cachée qui ne serait jamais venue aux oreilles de M"'e d'Obersdorf, lui était révélée par Clara; et les secours que la comtess^e prodiguait si généreusement aux

malheureux leur étaient transmis par la maîn de sa fille adoptive.

Une demi heure avant le moment fixé pour se rendre à l'église, on ne fut pas peu surpris de voir arriver un brillant équipage qui amenait le comte de Gallas et son épouse, venus pour assister à la fête. Après les compliments d'usage, le comte mit au doigt de Fernando une riche bague, que celui-ci reconnut pour être une de celles qu'il lui avait vendues autrefois à Londres.

« Cette bague , dit le comte , m'a fait faire votre connaissance et admirer votre probité; je vous la donne comme un souvenir qui -vous rappellera sans cesse que la vertu ne reste pas sans récompense, même dans ce monde, en attendant que le Seigneur la couronne dans le ciel . »

Au même instant U comtesse d'Obersdorf s'approcha de la fiancée, lui prit amicalement la main, et dit : <c Et moi aussi j'ai une bague à présenter à la jeune épouse : c'est celle que cette jeune orpheline pauvre et vertueuse avait trouvée, et qu'elle m'a rendue avec tant de délicatesse. C'est à ces deux bagues que M. le comte de Gallas et moi devons le plaisir de connaître deux personnes si dignes d'estime, et c'est aussi à cette douce circonstance qu'ils doivent le bonheur de s'être vus. Dieu s'en est servi pour les réunir ; que ces deux bagues soient donc leurs anneaux de mariage. » Le jeune couple reçut avec un plaisir indicible ces témoignages honorables d'estime et d'affection ; et ils se félicitèrent de nouveau de s'être connus et d'être désormais unis par des liens indissolubles.

Après les cérémonies religieuses et les actions de grâces rendues au Seigneur, un splendide repas fut servi ; les pauvres ne furent point oubliés , et tout se passa dans la plus grande joie. Quelques jours après leur union, les jeunes époux partirent pour la Bohème, accompagnés des bénédictions de leurs maîtres et de tous les habitants du village.

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