Œ. C. S. [3« SÉRIE
garda bien, ce jour-là et les suivants, de laisser échapper aucune parole qui, dans ces tristes circonstances, eût pu choquer l'infoi^tunée Théolinde. Mais il n'avait pas assez appris à maîtriser ses passions pour qu'il lui fût possible de garder longtemps ces ménagements. Dès la fin de la semaine il lui offrit formellement son cœur et sa main.
La prudente veuve lui répondit : « Votre proposition, noble chevalier, ne me surprend point. D'après ce qui s'était passé entre nous , je devais, après avoir reçu la nouvelle de la mort de mon époux, m'attendre au renouvellement de vos démarches. Gomme chevalier et homme d'honneur, vous ne devez pas m'en vouloir si, dans une affaire aussi importante , je vous demande le temps de réfléchir. D'ailleurs vous concevez qu'il serait tout à fait contraire à la délicatesse de mon sexe de contracter un nouvel engagement presgue immédiatement après avoir reçu la nouvelle du décès de mon mari ; je vous demande donc un délai de six semaines, pendant lesquelles vous vous engagerez formellement à ne point me parler de vos projets. Si vous consentez à ces conditions, et si vous les observez fidèlement, il serait possible que cette affaire se conclût , pourvu toutefois que le Ciel n'en ordonne pas autrement. »
Grimmo fut agréablement surpris de ces paroles de Théolinde, car jamais encore il ne l'avait trouvée si bien disposée; il en conçut le ferme espoir de voir ses propositions de mariage accueillies favorableuient , et il répondit à la veuve d'un ton doux : « Ce que vous venez d'exiger, noble comtesse, est très-
juste et conforme aux règles de la bienséance. Je vous accorde donc très- volontiers votre demande , dans l'heureux espoir de vous conduire bientôt au pied des autels pour vous épouser. »
Se croyant dès ce moment bieu sûr de réussir, ii laissa Théolinde absolument maîtresse d'elle-même, ne lui faisant que de rares visites, pendant lesquelles il avait soin de se comporter avec tous les égards et toute la réserve convenables, et d'affecter les dehors les plus séduisants. Pourtant Théolinde fut informée par Jacques d'une manière positive que Grimmo avait laissé dans son pays une femme et des enfants. Cette révélation n'aurait pas manqué de changer en haine l'éloignement qu'elle sentait pour lui, si un sentiment aussi blâmable que la haine avait pu entrer dans une âme douce et chrétienne comme celle de Théolinde.
Cependant le fidèle Jacques s'était occupé des moyens d'évasion pour soustraire la dame châtelaine et son enfant au pouvoir de leur ennemi. Un des valets de Grimmo, homme de probité, lui ayant donné sur les mœurs et le caractère de cet homme méchant et vicieux des renseignements peu honorables, il crut devoir hâter le moment de la fuite , et le fixa à une nuit très-prochaine.
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