‹ Fernando: Agnès; Le serin; La chapelle de la forêtChapitre 27 sur 46 · AG^Ê'S · texte numérisé non relu

AG^Ê'S

— C'est bien malheureux, dit la berçère ; comment faire alors ? Je voudrais vous apporter à mangertous les jours; mais il y a trop loin d'ici chez nous, et nous sommes pauvres nous-mêmes.

— Sois tranquille, ma chère enfant, dit Mathilde; Dieu vient de me secourir pour le moment , il continuera à le faire. Déjà tes dons charitables m'ont ranimée. Le Ciel^ qui ne laisse pas sans récompense un verre d'eau , te récompensera pour le pain et le lait que tu m'as donnés.

— Oui * ajouta Agnès à son tour, je te remercie aussi de ton action charitable. Mais maintenant toi-même tu auras faim , car tu t'es privée de ton déjeuner.

— Oh I ce n'est rien , je voudrais avoir quelque chose de mieux à vous offrir. Ne parlez plus de cela.

— Je te dois une double reconnaissance, reprit encore Mathilde; car, si ton lait et ton pain ont ranimé mon corps, tes chants doux et agréables ont raffermi mon âme souffrante. Ils semblaient descendre du ciel pour nous consoler.

— Vous aimez donc bien ce chant? répliqua la bergère : oh! j'en connais encore une foule d'autres non moins beaux. Mon plus grand plaisir est de chanter et d'entendre chanter; il m'est arrivé souvent de donner un jeune agneau pour une romance nouvelle. »

Mathilde, charmée d'avoir trouvé un moyen de témoigner sa reconnaissance à sa jeune bienfaitrice, ordonna à Agnès de prendre le luth et de lui chanter quelque air. Agnès , qui avait d^jà fait des

progrès notables sur cet instrument , s'empressa d'obéir, et après un brillant prélude , elle se mit à chanter la romance suivante :

Dans son joli jardin , Blandine possédait

Un petit arbrisseau que sa main arrosait.

Le pauvre et jeune arbuste , en sa première année ,

N'avait qu'une cerise à sa branche attachée ;

Mais si ce fruit tout seul pendait à son rameau ,

Autant il était rare, autant il était beau.

Blandine, en sautillant de joie et de bonheur. Cueillit ce fruit unique, et dans sa vive ardeur Courut avec transport le portera sa mère.

Prends-le, bonne maman, à tout je te préfère. La mère le refuse au lieu de l'accepter.

Et Ton voit dans ses yeux une larme briller.

Cette cerise fut promptement oubliée ;

La saison se passa; mais la suivante année.

Dans son jardin, Blandine^ en marchant au hasard ,

Vit un cerisier s'offrir à sort regard ;

Il était magnifique et d'un heureux présage :

Mille fruits savouveux brillaient sous son feuillage.

Laînère, dans ses bras enlaçant son enfant.

De baisers maternels la couvrit tendrement.

Vois , dit-elle , cet arbre , il cause ta surprise , 11 naquit du noyau de l'unique cerise.

Dans sa sagesse Dieu récompense toujours Le bien que l'enfant fait aux auteurs de ses jours.

« Que c'est beau I que c'est touchant ! s'écria la jeune bergère , battant des mains et sautant de joie,

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et quels sons harmonieux I Jamais je n'ai encore rien entendu de pareil. Les bergers de nos montagnes ne connaissent que le chalumeau, le cornet et la musette. Oh ! viens avec moi. Habile comme tu Tes, il te sera facile de gagner ta vie et de pourvoir à l'existence de ta mère. Quand même on n'aurait pas pitié de votre misère , on serait ravi de ton chant ; on te donnerait avec joie tout ce que nous avons dans nos montagnes : du pain et du lait , du beurre et des œufs, du chanvre et de la laine. Viens, viens avec moi.

— Mon enfant, dit Mathilde, tu me donnes une idée qui vient, je crois, du Ciel. Oui, chère Agnès, pars à la garde de Dieu; va chanter aux portes des maisons, et tâche ainsi de nourrir toi et (a mère.

— Oui, ma bonne maman, répondit Agnès, je t'obéirai; et s'il le fallait, pour te nourrir, j'irais au bout du monde, marchant pieds nus sur des cailloux pointus et par des sentiers hérissés d'épines. »

11 fut donc résolu qu'Agnès se mettrait en route , guidée parla jeune bergère, et qu'elle essaierait de gagner quelque chose par le chant et la musique. La séparation fut pénible et douloureuse pour la mère et la fille; Tidée que cette absence ne durerait que deux ou trois jours fut seule capable de calmer leur douleur. Les regards de Mathilde suivirent les pas de sa fdle chérie jusqu'à ce qu'enfin celle-ci , ayant atteint le sommet de la montagne, disparut derrière le feuillage des sombres sapins.

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