‹ Fernando: Agnès; Le serin; La chapelle de la forêtChapitre 41 sur 46 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Le jeune voyageur.

Conrad Erlib était un jeune homme beau , frais, plein de santé et de vigueur. Après avoir bien et dûment achevé son apprentisssage du métier de chaudronnier, il parcourut différents pays en qualité de compagnon , afîn de se perfectionner dans son état, et se conduisit partout avec sagesse et probité. Décemment habillé, une valise bien garnie sur son dos et un bâton noueux dans la main , traversant une fois une vaste forêt par une très-chaude journée d'été, il s'écarta de la grande route, et s'égara. Pendant plus de deux heures il erra çà et là dans le bois, et ne savait plus par où en sortir. Le soleil penchait déjà sur son déclin , et le jeune Conrad perdait tout espoir de trouver pour celle nuit un autre asile que les arbres touffus sous lesquels il cheminait. Tout à coup il vit briller à

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2do La chapelle de la forêt.

quelque distance la pointe du clocher d'une petite chapelle qui, dorée par les derniers rayons du soleil, s'élevait au-dessus des sombres sapins. Il dirigea ses pas de ce côté, parvint bientôt à un sentier bien frayé, et arriva à la petite chapelle solitaire, située sur le sommet d'une belle colline verte, au milieu de la forêt.

Son père lui avait fait cette sage recommandation : c Autant que le temps et les circonstances te le permettront, tu ne passeras jamais devant une église ouverte sans y entrer; car elle a été bâtie pour adorer ton Créateur, et le clocher est, pour ainsi dire^ un doigt levé qui nous montre le ciel. Pourquoi laisserais-tu échapper une occasion d'élever ton âme vers l'éternité 'et de te prosterner devant ton plus grand bienfaiteur? D'ailleurs tu y trouveras fréquemment quelque tableau où quelque autre objet d'art dont la vue pourra charmer tes yeux ou toucher ton cœur; ou encore tu pourras y lire quelques inscriptions qui te donneront de la consolation et du courage, te fortifieront dans le bien, et t'apprendront à dompter tes passions. > ' Conrad se souvint de cette sage exhortation de son père, et il entra dans la chapelle, dont il trouva la porte ouverte. Ces voûtes silencieuses, ces murs grisâtres , les hautes et étroites fenêtres aux vitraux peints , et les ornements gothiques de l'autel, le transportèrent à quelques siècles en arrière. Le profond silence qui régnait dans ce lieu consacré à la Divinité l'invita à la dévotion. Il déposa sa valise et son bâton dans un coih, se mit à genoux sur le dernier banc près de la porte , et

récita quelques prières. Avant de reprendre sa valise, il s'avança encore vers Faute! , afin d'en considérer de plus près la structure , qui lui semblait indiquer un vénérable monument des arts de l'antiquité. Il aperçut alors sur un prie-Dieu , en face l'autel, un joli livre de prières qui paraissait y avoir été oublié; ce livre était élégamment relié en maroquin rouge et doré sur tranche; Conrad ouvrit ce livre, et resta comme pétrifié de surprise; car sur le premier feuillet blanc on lisait son nom écrit de sa propre main. Il lui sembla d'abord ne voir toutes ces lettres qu'en songe, et il osait à peine en croire ses yeux.

Il feuilleta le livre d'un bout à l'autre; il y trouva au frontispice une gravure fort jolie : c'était Jésus bénissant le groupe d'enfants dont il était entouré ; l'ensemble des prières et plusieurs versets écrits sur des feuilles volantes, et qu'il se rappelait trèsbien, tout cela vint aider sa mémoire. Oui, oui, disait-il avec une vive émotion, ce petit livre m'a jadis appartenu; ce nom a été tracé de ma main. C'est ainsi que j'écrivais quand j'allais encore à l'école. Ehl mais, comment donc se fait-il que ce livre se trouve dans cette chapelle solitaire, au milieu d'une vaste forêt? voilà ce qui me semble inconcevable. :»

Mille souvenirs de son enfance vinrent s'agiter dans Sun esprit. Le désir de revoir sa famille se réveilla avec force dans son cœur, des larmes brûlantes inondèrent ses joueô. « Dieu, Dieu bon. Dieu adorable, s'écria-t-il en se mettant à genoux sur ce même prie-Dieu où il avait trouvé le livre,

quels excellents parents vous m'aviez donnés ! quel bonheur nous autres enfants nous goûtions autrefois dans la maison paternelle! Ah! combien j'étais heureux quand notre mère , si douce et si aimable , assise devant sa petite table à ouvrage et entourée de ses enfants, passait des heures entières à nous parler de vous et de votre divin Fils; quand notre excellent père , après avoir vaqué toute la journée aux travaux de son emploi, revenait le soir, et nous amusait en nous instruisant par toutes sortes d'histoires propres à nous inspirer le goût de la piété et de la vertu ; quand ma petite sœur et moi nous étions à jouer dans ce beau jardin derrière notre maison, ou que nous nous y occupions de quelques petits soins de jardinage, à la grande satisfaction de nos parents!... Où sont -ils ces temps heureux?... Ces moments de félicité, que sont-ils devenus?... Hélas! depuis longtemps la guerre nous a chassés de notre chère patrie et nous a dispersés tous... Hélas! depuis longtemps notre bonne maman est morte dans la misère , et sa main fidèle qui me donna ce petit livre s'est dissoute dans la poussière du tombeau. Depuis plusieurs années je n'ai pu savoir ce qu'est devenu mon bon père. Il est probable que. le chagrin l'aura également précipité avant le temps au tombeau... Et ma pauvre sœur, où peut -elle être? Vit- elle encore? où, et dans quelle position se trouve- 1- elle?... Éloigné et séparé de tous les membres de ma chère famille, je me vois entièrement isolé dans ce monde : vous seul, ô Dieu tout- puissant, aux yeux duquel rien n'est caché, vous seul savez si mon père et ma

sœur vivent encore... Quand même il n'existerait plus qu'un de ces deux êtres chéris... oh! daignez nous réunir. Ayez pitié de moi, Dieu miséricordieux. Exaucez aujourd'hui la prière que mon père vous adressait lorsque je le vis la dernière fois; accomplissez les vœux qu'il fit pour moi, et les bénédictions dont, rempli de confiance en vous, il me combla au moment où nous nous fîmes nos adieux. » "

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