‹ Fernando: Agnès; Le serin; La chapelle de la forêtChapitre 44 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'entretien.

Après avoir ainsi terminé leurs prières avec la plus fervente dévotion, ils allèrent s'asseoir sur un banc, et entamèrent ainsi la conversation.

(n Mais dis-moi donc, ma bonne sœur, par quel hasard tu es venue ici, et comment tu as pu t'aventurer ainsi dans cette forêt.

— Nous ne sommes pas si enfoncés dans la forêt que tu te l'imagines, répondit Louise. Nous nous trouvons presque à la lisière du bois , et non loin d'ici il y a une route assez fréquentée. Cette chapelle est depuis longtemps ma place favorite, où j'ai l'habitude de venir prier tous les dimanches et fêtes, et même plusieurs fois pendant la semaine quand mes occupations me le permettent. Le chemin qui conduit ici est une espèce de promenade fort agréable et bien ombragée. Ordinairement une de mes amies, jeune personne sage et bien élevée, m'accompagne; mais aujourd'hui ses occupations l'en ont empêchée. Ce petit livre de prières est devenu mon livre de prédilection, et, quoique je le sache presque tout par cœur, je le porte toujours sur moi quand je viens ici; mille fois j'ai penôé à toi en l'ouvrant, priant Dieu de te rendre à mon affection. Eh bien , mes prières n'ont point été infructueuses ; car, par le hasard qui me fit oublier mon livre ici , Dieu a conduit mes pas pour m'y faire retrouver un frère chéri. Toute la journée cette perte m'a causé les plus vives inquiétudes, et actuellement cette même perte me procure le plus grand bonheur.

— C'est tout comme moi : quand j'eus le malheur de m'égarer dans la forêt, je me désolais, j'étais tourmenté par les plus vives inquiétudes; et maintenant je suis au comble de la joie. I\ en est pnsque toujours ainsi dans cette vie; c'est par des peines que Dieu nous conduit au bonheur, . .

MaiSy dis-jnoi, où demeures- ta , ma bonne sœur?

— A un quart de lieue d'ici, au bourgp de Belle- Fontaine 9 derrière la petite colline que tu aperçois d'ici. C'est là que demeure la dame charitable qui a bien voulu me recueillir. Elle est veuve et n'a point d'enfants. Son mari, qui est mort depuis plusieurs années, était un ridie négociant» Je Faime comme une mère , et elle , de son côté!, me chérit et me traite comme si j'étais sa propre fille. Mais viens, nous allons la voir; prends ton chapeau et ton bâton , je porterai ta valise , car tu dois être bien fatigué. Viens, ma bienfaitrice sera charmée de connaître le frère dont je lui ai si souvent parlé. »

Conrad et Louise se mirent en route ; mais le premier ne consentit point à ce que sa sœur se chargeât de la lourde valise. Chemin faisant, ils continuèrent à s'entretenir amicalement sur différentes aventures de leur vie ^ en y entremêlant des réflexions pieuses.

. Enfin ils franchirent la colline, et entrèrent ensemble à Belle-Fontaine.

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