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Mais, pour bien saisir la valeur des idées exposées dans ce Commentaire, il est nécessaire de se rappeler dans quel état se trouvait la littérature espagnole au moment où Herrera donnait ses premiers essais. Pendant la longue période de la Reconquéte, l'Espagne n'avait guère eu le temps de s'occuper des lettres ni des arts: il lui avait fallu pourvoir au premier des besoins d’un peuple, celui de l'unité, et chasser les Maures du territoire qu als avaient usurpé.
« Il y avait encore bien peu de temps, comme le ti sait justement remarquer Medina, que les Espagnols avaient secoué le joug que les barbares faisaient peser sur leurs pays, et jusqu'alors les bons esprits s'étaient appliqués avec plus d’ardeur à recouvrer la liberté de leur patrie qu'à l'étude des sciences libérales qui naissent et vivent dans la paix’. »
Les esprits étaient encore pénétrés de l'éducation du moyen âge, le latin régnait en maître dans les écoles et, si quelques écrivains se risquaient à se servir de la langue vulgaire, ce n'était qu'en passant, par pur badinage et sans attacher à ces productions la moindre importance ou l'espoir d'aucune gloire : et d’ailleurs, rebutés par l’insuffisance d’une langue sans souplesse, sans harmonie, ignorante encore de ses propres ressources et impuissante à | exprimer les idées abstraites, dont elle n'avait pas encore fixé le vocabulaire, ils se résignaient aisément à l’abandonner aux fantaisies du vulgaire ignorant.
1. «... aviendo lan poco, que sacudimos de nuestras cervizes el yugo, con que los barbaros teman opressa la España ; 1 ayiendo los buenos espiritus atendido con mas fervor a recobrar la lbertad de la patria que a los estudios de las ciècras hherales, que nacen 1 se manten& en el oco, » (Préface de Medina au Con CR p:402)
Il suffit, pour s’en rendre compte, de se rappeler quels modèles offrait alors aux écrivains la littérature espagnole. Les anciens mètres castillans régnaient encore sans conteste, paralysant l'essor de la poésie et la laissant pour ainsi dire dans l'enfance. Ce n'étaient que redondillus, quintillas, villancicos ou endechas qui s'imposaient encore d'une manière si absolue que c'est précisément dans ces vieux rythmes que furent composées les poésies inédites de Herrera, que nous a conservées Maldonado, et qui nous paraissent les plus spontanées.
Ilest vrai que déjà Micer Francisco Imperial, Juan de Villalpando et le marquis de Santillane avaient tenté d'introduire en Espagne les mètres italiens : Herrera nous cite de ce dernier un sonnet dont il fait l'éloge. Mais cette tentative était restée infructueuse. Il fallut que le Catalan Juan Boscän Almogaver qui avait commencé par cultiver la poésie indigène, se mît en 1526, sur les instances de l'ambassadeur vénitien Andrea Navagero, qu'il avait connu à Grenade, à faire de nouveaux efforts afin d'implanteren Espagne les formes métriques étrangères, pour que la poésie espagnole abandonnât les voies routinières où elle languissait.
Mais l'influence que pouvaient exercer les heureuses tentatives de Boscän ne se fit sentir qu'après sa mort (1542), car ses œuvres ne furent publiées qu'en 1543 par sa veuve, en même temps que celles de son ami Garcilasso. Toutefois, en 1534, il avait rendu un service éminent à la littérature espagnole en donnant sa traduction du Cortegiano de Balthazar Castiglione, alors nonce en Espagne, qui venait d'être imprimé à Venise en 1528 et qui lui avait été envoyé par son ami Garcilasso. Cette traduction un peu libre, mais si élégante qu'elle a vraiment
la valeur d’un original, exerça sans doute sur les écrivains du temps une action profonde, en répandant les idées sur l'amour si ingénieusement présentées dans cet ouvrage. Herrera, comme je l'ai dit, l'appréciait assurément et semble l'avoir utilisée, à l'exclusion même de l'original italien.
Les essais poétiques de Boscän étaient encore bien imparfaits ; Herrera, sous couleur de le défendre du discrédit où il était tenu de son temps, ne laisse pas de lui décocher quelques traits, en somme peu bienveillants. Il excuse ses fautes, d’abord par sa qualité d’étranger, ensuite par le fait qu'il n'existait pas encore de bons modèles, qui pussent servir de guides, et que l'on ne connaissait pas encore bien les règles de la nouvelle poésie
Ce fut Garcilasso de la Vega, l’ami de Boscän, et qui l'avait encouragé dans ses essais poétiques, qui devait donner à l'Espagne les premiers modèles satisfaisants de sonnets, d'églogues et de canciones. Il était mort en 1536, mais ses œuvres ne furent publiées, comme on le ue qu'en 1543 à la suite de celles de son ami, et ce n’est qu'à partir de ce moment qu'elles purent exercer quelque influence.
1. « Boscan, aunque 1mutù la Ilaneza de estilo 1 las mesmas sentencas de Ausias, 1 se atrevio traer las Joyas de Petrarca en su no bien compuesto ves-
üdo ; merece mucha mas onra, que la que le da ia censura 1 el rigor de Juezes
severos. porque si puede tener desculpa ser estragero de la lengua, en que pubhcÿ sus intetos ; 1 no exercitado en aquellas diciphnas, que le podian abnr el camino para la dificultad 1 aspereza, en que se metia ; à que en aquella sazô no avia én la habla comun de España a quié escoger por guia segura; no sera tan grande Ja indinacion, con que lo vituperan queriendo ajustar sus versos 1 pensanmentos ; 1 no reprehenderan tan gravemente la falta suya en la economma 1 decoro 1 en las mesmas vozes ; que no perdonen aquellos descuidos 1 vicios al tiepo, en que el se end ; 1 a la poca noticia, que entoces pareca de todas estas cosas, de que està rica 1 abudate la ai presente, » (Commentaire, p. 76.)
Dès lors le triomphe de l'imitation italienne est complet. Cristébal de Castillejo (mort en 1006) essayait vainement de résister et vilipendait ceux qui se servaient des rythmes italiens ; Antonio de Villegas (+ vers 1551) suivait encore Castllejo dans son /nventario. Mais D. Diego Hurtado de Mendoza, malgré sa maîtrise dans les formes de la poésie nationale, cédait au courant désormais irrésistible et s'essayait, lui aussi, au sonnel et à l'hendécasyllabe : et Gutierre de Cetina, sans égaler la grâce de Garcilasso, approchait déjà bien près de la perfection dans ses innombrables sonnets.
La prose commençait aussi à se perfectionner: cependant à part Antonio de Guevara, dont le Libro Aureo avait paru en 120 avec un immense succès, mais dont le style était loin d’être un exemple de bon goût et de simplicité, et quelques historiens comme Luis de Avila y Zuüñiga (+ 1960 ?), auteur de Commentaires sur la querre d'Allemagne", ou le chapelain de Cortès, Francisco Lépez de Gémara (+ 1560?) qui avait raconté la conquête de Mexico”, iln y a guère à citer que Juan de Valdés(+1541) dont le Dialoque de Mercure et Charon* donnait l'exemple d’une prose excellente. Quant au Dialoque sur la Lanque, du même auteur, 1l aurait eu sans doute une grande influence s'il avait été publié de son vivant; mais :1l resta inédit jusqu'en 1737.
. À côté de’ces écrivains brillaient dans la chaire sacrée quelques orateurs ; « mais, comme l’observe judicieusement Francisco de Medina, ils suivirent deux chemins bien différents; les uns s’attachant religieusement à la fin
r. Comentarios de la guerra de Alemania, 1948. 2. La Conquista de Méjico, 1553.