‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 101 sur 147 · Didlogo de Mercurio y Caron 1928. — Diälogo de la Lengua · texte numérisé non relu

Didlogo de Mercurio y Caron 1928. — Diälogo de la Lengua

de leur ministère, satisfaits de la sévérité et de la simplicité évangéliques, ne s'embarrassèrent point de parer leurs sermons de semblables attraits et laissèrent ainsi la place à ceux qui, avec plus d'éclat et de brillant, prétendirent l’occuper. Mais ceux-ci, au lieu de se parer des vêtements modestes et sérieux qui convenaient à l'autorité de leurs personnes, se revêtirent d’un habit élégant, mais indécent, semé de mille couleurs brillantes, mais sans la retenue et la modération voulues '. »

Il ne fait même pas une exception en faveur du célèbre Fray Luis de Granada qui, © par l'ardeur de l'amour divin qui embrase ses paroles et ses pensées prodigieusement ingénieuses, au moyen desquelles 1l enflamme les cœurs de ses lecteurs, les amène irrésistiblement à sentir ce qu'il veut... Mais ce divin orateur, ravi dans la contemplation des choses célestes, méprise parfois celles de la terre, et, par ses négligences, donne à entendre combien peu Ja vérité et la force de la doctrine chrétienne ont besoin du secours des sciences humaines ?. » |

1. « Los predicadores, que, por aver en certa manera sucedido en el ofico a los oradores antguos ; pudieran ser de mas provecho para este intento ; se alexaron del, siguiendo dos caminos bien apartados. unos, atendiedo rehmosamente al fin de su murusterio, contentos con la sevendad 1 senallez evangelica no se embaraçaron en arrear sus sermones destos delertes 1 galas ; 1 assi dexaron la plaça a los otros, que con mas brio 1 gallardia quisieron ocupalla. Los cuales, en vez de adornarse de ropas tan modestas 1 graves ; cuanto conventian à l’autorndad de sus personas ; se visheron de un trage galano, pero indecente, sembrado demi coloresi esmaltes, pero sin el concerto 1 moderacion, que se demanda. » (Préface de Medina au Commentaire, p: 4-5.)

2. « Otro pudiera colmar nuestro desseo con el ardor de un amor divino, en que se abrasan sus palabras 1 sentencias sin comparacion artificiosas, con las cuales inflama los coraçones de los letores, moviendolos poderosamiente al sentimento, que quiere (Fra Lus de Granada digo, a quien n6mbro en ônra de l’Andaluzia, maestro incomparable de discrecion 1 santidad). Pero este divino orador, ‘arrebatado en la contemplacion de las cosas celestiales,

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Cet aveu d'un homme de bon sens-et d'une vaste érudition explique le jugement sévère que Henri Estienne portait encore, en 1970, sur les Espagnols, dans son Traité de la Précellence du langage françois. QU faut [aussi] que je responde pourquoy sçachant que notre langage avait deux competiteurs, l'Italien et l'Espagnol, je n'ay combattu que l’un, asçavoir l'Italien. Je dis done, que Je n'ay voulu m'attacher qu'à luy, pour ce que je m'asseurois que luy ayant faict quitter la place, je pouvois aisément venir à bout de l'Espagnol : veu que je l'estime luy estre beaucoup inferieur, pour les raisons que je deduiray ailleurs”. » Et, s'adressant aux Italiens, 1l ajoute un peu plus loin : « Quant à ce qu'en mon Discours je ne me serois attaché qu'à leur langue, laissant l’Espagnole. Je di (outre que j'en ay dict parcidevant) qu'ils le doivent interpretter à un tres grand honneur. Car je confesse par cela, priser autant la leur que je meprise l'Espagnole : comme celle qui n'osera (ou, pour le moins, ne devra point oser) comparoir en champ de bataille, après qu'une à qui elle est beaucoup inferieure, aura este vaincue. Et c'est suivant ceste regle : « Si vinco vincentem te, multo « magis vincam te’. »

Cependant les triomphes multipliés qui avaient donné aux Espagnols un juste orgueil, qui les avaient fait se dresser, comme le rappelle fièrement Herrera, contre la puissance française, qu'ils crurent même avoir abattue, leur inspirèrent l'audace de comparer leur langue aux tal vez desprecia las del suelo ; 1 en sus descuidos procura dar a entender,

cuan poca necessidad tiene la verdad 1 eficacia de la dotrina Cristana del aparato de las diciplinas umanas. » (Préface de Medina au Commentaire,

p:4) k à 1. La précellence du Langage françois. Édition Huguet. Préface, p. 14, 23 et 24.

autres et même de prétendre la mettre au premier rang. C’est ce que ne peut tolérer le bouillant Estienne qui consent à garder quelques ménagements à l'égard des Italiens. & Et toutefois, dit-il, si je me fusse attaché au langage des Espagnols, je ne sçay pas s'il m'eust été possible d’user de la mesme discretion, car je leur scay d’autant plus mauvais gré qu'ils veulent passer encore plus avant que les Italiens : tellement qu'on peut bien dire, en se servant des paroles du poète Lucain : Nec quemquam jam ferre potest Italusve priorem Hispanusve parem”. »

Comment donc donner à la langue espagnole les qualités qui lui manquaient pour lui assurer la primauté parmi les autres, complément indispensable de lhégémonie politique ? La première chose à faire c'était de chercher des modèles à imiter. Or les premiers qui s’offraient alors étaient les Italiens : tout semblait à cette époque les désigner pour jouer le rôle de maîtres intellectuels des Espagnols : les rapports constants entre les deux nations, la communauté de religion, d'intérêt même dans une certaine mesure, et la singulière parenté des deux langues. D'ailleurs la littérature italienne avait déjà derrière elle deux siècles d’un passé glorieux. Depuis Dante, que de chemin parcouru! avec quelle abondance et quelle patience les écrivains italiens avaient-ils recherché les moyens d'assouplir, de polir, de rendre capable de tout exprimer celte langue sonore et charmante. Après les grands écrivains du xrv° siècle, Dante, Pétrarque, Boccace, l'Ttalie avait paru fatiguée de produire : était-ce en

1. La précellence du Langage françois. Édition Huguet. Préface, p. 24: — Ces deux vers sont empruntés à Lucain ; Pharsale L-195. « Nec quemquam Jam ferre potest, Cæsarve priorem — Pompeiusve parem. »

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vertu de cette loi presque fatale qui veut que la nature se repose après avoir enfanté une pléiade de génies ? N'estce pas, plus simplement, qu'au lendemain de ces époques brillantes, l'enthousiasme soulevé par les génies qui les ont illustrées, la fascination presque irrésistible qu'ils exercent sur ceux qui les suivent immédiatement, retrént à ces derniers la force de rester originaux, les contraignent, en quelque sorte, d'abdiquer leur personnalité pour se constituer les pâles imitateurs des modèles incomparables qui ont recueilli l'universelle approbation? Quoi qu'il en soit, 1l faut attendre jusqu'à la fin du xv‘ siècle pour voir paraître de nouveau en [talie deux grands écrivains, Bembo et Sannazar, ce dernier, 1l est bon de le remarquer, d’origine espagnole. Jusque-là, l’humanisme absorbe tous les esprits ; ravis par la perfection des modèles antiques, les meilleurs écrivains essayaient à l’envi d'écrire dans la langue de Cicéron et de Virgile, et poussaient d’ailleurs ces pastiches jusqu'à la perfection. Mais au xvr° siècle une éclosion merveilleuse se produit, résultat des travaux de l'époque précédente : c’est la poésie épique avec l’Arioste et le Tasse, l'histoire avec Machiavel et Guichardin, la comédie avec Bibbiena, Cecchi, Firenzuola, Grazzini, l’'Arétin, la nouvelle avec Firenzuola, Grazzini, Giraldi, Bandello, la philosophie avec le Corlegiano de Balthazar Castiglione et le Galaleo de Giovanni della Casa, l’histoire de l’art avec Giorgio Vasari, qui donnent tour à tour des œuvres achevées.

Pendant ce temps l'épanouissement des arts plastiques n'est pas moins admirable ; Raphaël, Michel-Ange, Titien, Corrège, préparés par les longues études du siècle précédent semblaient avoir retrouvé les secrets des anciens et remplissaient l'Italie de chefs-d'œuvre. Quel

attrait puissant devait exercer sur les Espagnols ce magnifique spectacle! À

Herrera, comme tous ses compatriotes à la même époque, reconnaît la supériorité et le charme irrésistible de ces modèles; 1l ne nie point qu'il faille les imiter, et lui-même le fit bien souvent ; maisl’imitation, pense-t-il, ne doit pas être servile, et c’est à juste titre qu'il met en garde ses compatriotes contre la tentation de copier ou, plus exactement, de contrefaire les modèles italiens; :1l s'élève contre ceux qui « veulent suivre uniquement Pétrarque et les Italiens et dépouillent leurs pensées, mais ne choisissent pas leurs paroles et n'inventent rien, ou qui, dans leur désir excessif d'atteindre à la douceur et à la tendresse | de ces modèles], deviennent humbles, sans composition et sans force. Ce n'est pas ainsi qu'il faut chercher l'abandon et la grâce ou la vivacité du vers : 1l y faut de l’habileté et un jugement avisé. Que peut valoir à un esprit sans force et sans vigueur limitation de l’Arioste ? ou la suavité et la douceur de Pétrarque à un esprit inculte et sauvage? »

Le secret de la perfection ne réside donc pas dans une imitation servile ; les Italiens eux-mêmes l’ont cherché ailleurs. « Est-ce que, dit Herrera, les Italiens se sont renfermés dans l’imitation de Pétrarque ? et Pétrarque luimême est-il arrivé à la place éminente qu'il occupe, en

1. &« me enciende en usta 1ra la ceguedad de los nuestros, 1 la inoranca, en que se an sepultado ; que procurando segwur solo al Petrarca 1 a los Toscanos, desnudan sus intentos sin escogimiento de palabras 1 sin copia de co- Sas ; 1 queriendo alcançar demasiadamente aquella blandura 1 terneza, se hazen umuldes 1 sin composicion 1 fuerça. porque de otra suerte se à de buscar 0 la floxedad 1 regalo del verso, o la viveza ; que para esto importa destreza de ingenio 1 consideracion de jwizo. que puede valer al esprritu quebrantado 1 sin algun vigor la imitacion del Arosto ? que la suavidad 1 dulçura de Petrarca al inculto 1 aspero ? » (Commentaire, p. 71.)

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suivant les Provençaux etsans se revêtir des richesses latines ‘D »

En effet, ce n'est pastant la perfection de leurs œuvres qu'il faut chercher à s'approprier, que les procédés grâce auxquels ils l'ont atteinte. Or qu'ont-ils fait eux-mêmes ? Ils sont remontés aux Anciens, source de toute vigueur intellectuelle pour les hommes de la Renaissance ; ils n'ont fait que rechercher et mettre en œuvre leur technique, aussi bien en matière de poésie, qu’en architecture, en peinture ou en sculpture. Les maîtres incomparables, ce sont donc les Anciens.

Ce n’est pas que Herrera en fasse des idoles ; le culte qu'il leur rend est en somme raisonnable. L'idée que les anciens sont inimitables, qu'on ne saurait rivaliser avec eux, encore moins les surpasser, n'est pas une idée du xvr‘ siècle ; on a une plus belle confiance en soi, à cette époque où tout semble renaïitre, où les progrès des arts en particulier autorisent les espérances les plus flatteuses. Herrera ne pense donc pas que les anciens soient infaillibles, et, dans son Commentaire sur Garcilasso, 1l a osé à plus d’une reprise établir des comparaisons entre des modernes et des anciens qui avaient traité le même sujet et na pas toujours donné le second rang aux modernes; malgré son respect un peu superstitieux pour Virgile, il n'hésite pas à montrer que Garcilasso a pu, sans trop de désavanage, se mesurer avec lui. IL lui est même arrivé d’oser critiquer, bien timidement il est vrai, la répétition d'un même vers dans l’Enéide*.

r. « por ventura los Itahanos.. incluÿeronse en el crculo de la imutacron de Petrarca ? 1 por ventura el mesmo Petrarca Ilegè al’ alteza, en que està colocado, por segur a los Proençales 1 no por vestirse de la riqueza Lati-

na ? » (Commentaire, p. 72.) « pero lo que mas me adnura es, que diziendo en la muerte de Camila ;

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