Il s'adresse à son ami Remigio Fiorentino
Sento procelle in mare aspre, e profonde Crescer più sempre, e non veggio alcun segno, Perch’io mi creda di salute degno,
Ma temo pur, che’l mio nauilio affonde,
Che debb’io far, Remigio ? a cui nu volgo?
Il periglio è vicin, lontano il porto,
. Si, che le vele indarno anco raccolgo.
Tu, che per proua sei nocchiero accorto, Porgi mano al mio scampo, or ch'io ti tolgo Per luce, e guida in camin cieco, e torto*.
Mais il faut reconnaître que la sombre énergie de Herrera se trouve à son aise dans ce moule étrange où la réalité et le rêve, l’esprit et la matière se côtoient et se mélangent d'une si saisissante façon.
Nous venons de voir, qu'il est nécessaire de choisir des modèles et quels sont ceux que Herrera désigne aux poètes de son temps ; 1l faut maintenant rechercher les règles qui guideront l'écrivain lorsqu'il composera lui même, celles qui ont dirigé la main des auteurs qu'il faut imiter. Et d’abord il importe de se demander quel est l'objet de la poésie.
A cette question Herrera répond sans hésiter, avec Aristote, que la poésie a pour objet l’imitation du vraisemblable. « Les poètes, déclare-t-il, peuvent suivre non seulement les opinions des savants, mais les opinions fausses et les erreurs du vulgaire, sans encourir de reproche. Aristote, dans sa Poétique, distingue deux fautes ou erreurs des poètes, l’une propre à l’art, l’autre accidentelle”. La première existe lorsque l’on n’atteint pas le but
1. Î fiori delle rime de’ poeti illustri nuovamente raccolti et ordinati da Girolamo Ruscelli. Venise, 1569, p. 216.
2. Atis dE tie roimnrñs dirt N auaprla ‘n uEv yép xa0’aSty, N dé xata Sup6E6nx6s, etc. (Aristole, Poétique, XXV,)
de l'art poétique : c'est la plus grave, parce qu'elle est une faute dans l'imitation et dans la connaissance de tout ce qui touche à l’art, et elle est sans excuse, parce qu'elle dénote l'ignorance de l’art lui-même. Telle fut l'erreur de Catulle, ce poète si élégant et si raffiné, qui, se proposant d'écrire l’épithalame de Thétis et de Pélée, entraîné par un autre vent (comme le marin qui, ayant l'intention d'aborder en un point déterminé, est poussé à se laisser emporter par les courants et par la fortune), chanta, s'éloignant ainsi de son sujet, en une longue série de vers très doux et passionnés, mais trop nombreux et hors de propos, la fable d'Ariane. Telle est encore l'erreur de Lucain dans la tempête de César, qui, pour faire chavirer une petite barque, déchaïna toute la furie des vents, et toute la sauvagerie de la mer, avec tant de pompe, de fracas et de prolixité qu'il n’en eût pas dépensé davantage pour la destruction de l'univers. Par accident, c'est une faute légère, parce qu’elle touche à des choses étrangères à l'art. Elle résulte de l'ignorance d’une autre science, par exemple de la géographie ou de l'astronomie. Ainsi lorsque Virgile met des cerfs en Afrique, ce n'est pas une faute contre l’art, mais contre la géographie, puisqu'il n'y en avait pas. Car à supposer qu'il n'y eùt pas de cerfs en Afrique, 1l est conforme à la vraisemblance qu'il a pu y en avoir ; Hérodote et Appien, dans son 2° livre, disent que l'Afrique en produit. Rien n'empêche en effet que les poètes rapportent des choses fausses si elles ressemblent à la vérité. Énée ne passa pas en Afrique, bien que rien ne s'oppose en réalité à ce qu'il ait pu y passer et que ce ne soit pas impossible. On ne doit pas condamner Pindare dansla $°O/ympique,ni Callimaque dans son Hymne à Diane, ni Euripide dans son /phigénie pour
avoir donné des cornes à la biche, alors que seul le cerf en possède et qu'on n'a jamais vu la femelle avec des cornes, comme l’observe Aristote au 4° livre de l’Hisloire des animaux, si le reste de ce qu'ils ont dit et de ce qu'ils ont voulu imiter a été excellemment imité et représenté en toute perfection. Car c’est une faute plus légère, dit Aristote, d'ignorer que la biche n’a point de cornes, que de le savoir mais de la décrire mal'. Mais ne pas donner de cornes à la biche, et manquer dans la description et la représentation qu'on en fait et ne pas imiter avec élégance, c’est une faute contre l’art et impardonnable. On doit donc excuser Pétrarque qui a dit, à l'exemple de Virgile, una candida cerva; car il n’est pas contraire à la vraisemblance que les biches aient des cornes : Diodore, dans le chapitre 2, du livre 5, dit que la biche d’Hercule avait des cornes, eten France on en à trouvé une avec des cornes, dont la tête est gardée en souvenir. L'empereur Maximilien en vit une autre du même genre et Zénodote dit que rien ne s'oppose à ce que les cerfs soient différents dans des pays différents, parce que dans une contrée les cerfs peuvent être seuls à avoir des cornes, et dans d’autres les femelles en peuvent avoir aussi. »
1. "Et rotéwy éoti 10 dudotnua, T@y nat thv téyvnv À xat ’&A1o oup- Ge6nxde; Éhatroy ya. el ph fer te ÉAapos Acta xépara oÙx yet, À et dur tws Eyoælev. (Aristote. Poétique, XXV.)
2. « puede seguur los poetas no solo las opimones de los dotos, pero las falsas 1 los errores del vulgo, sin que merescan reprehension. Pone Anstoteles en la poeca dos pecados o errores de los poetas, uno propno del’ arte, otro por acidente. el primero es cuando no se acierta en la razon del’arte poetica, este es mas grave ; porque falta en la imitacion 1 en el conocimento de todas las cosas, que tocan al” arte, en lo cual no se concede perdon alguno ; por ser inorancia del mesmo estudio. tal como este fue el error de Catülo eleganhssimo 1 cultissimo poeta, que propomendo escrevir el epitalamuo de Peleo1 Tets, arrebatado de otro viento, como el mannero, que Ievando intencion de aporlar en parte certa, es compehdo a engolfarse con el impetu 1 fortu-
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Les sujets qu'il à traités n'ont pas donné souvent à Herrera l'occasion de pécher contre cette seconde forme de la vraisemblance, et d'ailleurs il était sur ses gardes, car nous ne saurions douter que Rioja ne fasse que répéter les paroles du poète, lorsqu'il le justifie ‘ d’avoir qualifié d'Indiens les habitants de l'Egypte par l'exemple de Virgile, qui avait employé la même expression.
Quant à la première faute de vraisemblance, celle qui est un manquement à l'art lui-même, il faut reconnaître
na ; cantù, apartado del proposito, con muchos versos dulcissimos 1 afetuosos, pero demasiados 1 sin razon para aquel lugar, la fabula de Ariadna. Semejante es a este el error de Lucano en la tempestad de Cesar, que para trastornar una barqulla, confundio toda la furia de los vientos, 1 toda la braveza del mar con tanta pompa estruendo 1 prohxidad que no gastéra mas en la universal destrmcon de las cosas. Por acidente es culpa lhviana ; por ser en cosas agenas del’ arte. sucede este defeto en inoranca de otra diciphna, como entre otras en geografña 1 astrologia. porque poner Virgilo cervos en Africa, no es falta de l’arte, sino de geografia, cuando no los uviesse ; por que supuesto que no uvo ciervos en Africa ; es verisinul que los pudo aver, 1 Er6doto 1 Oprano en el 2. dizen que los cria Africa. porque no impide que los poetas refieran cosas falsas, s1 son semejantes a verdad. porque n1 Eneas passd en Africa; aunque no es repunante a verdad, n1 impossible, que pudiesse passar. m1 se deve condenar Pindaro en la ode 3. de los Olimpios, n1 Calimaco en el ino a Diana, m1 Eunipides en la [figenia, por aver dado cuernos a la cierva ; temendolos solo el cervo, 1 no aver se visto la hembra con ellos segun Anstoteles en el hb. 4. de la 1storia de los animales ; si lo de mas que trataron, 1 qusieron 1mtar, fue dispuesto con ecelente 1mitacion 1 representado con todos sus numeros. pues es mas lhviano error, como dize Aristoteles, s1 alguno inoräre que la cierva no tene cuernos, que no, si no escriviere con no buena 1mitacion. pero no dar cuernos a la crerva, faltando en la descricion 1 representacion della, 1 no usando de elegante imitacion ; es culpa propria de l’arte, que no se deve perdonar. 1 assi està desculpado Petrarca, que dixo a su exemplo, una candida cerva. 1 no es dessemejante a la verdad, 4 tengan cuernos las ciervas, porque dize Diodoro en el cap. 2. del hbro 5. que temia cuernos la cierva de Ercules ; 1 en Fracia se hallô una con cuernos, cuya cabeça se guarda en memona ; 1 el emperador Maximihiano vio otra de la misma suerte, 1 es autor Zenédoto, 4 no haze impedimento, que no tegan los ciervos un mesmo ahito de cuerpo en diversas regiones ; porque en una parte pueden los cervos tener solamente cuernos, 1 en otras las hembras tambien. » (Commentaire, p. 682-684.) 1, Préface de Rioja à l'édition de 1619.
que Herrera ne fut pas aussi irréprochable; par exemple dans son ode à Don Juan d'Autriche à propos de la répression de la révolte des Maures, on ne saurait contester que la donnée même du sujet soit invraisemblable : il est manifestement contraire au bon sens qu’Apollon, au moment où les dieux viennent d’être vainqueurs des géants, après avoir célébré magnifiquement la valeur et la puissance de Mars en cette circonstance, termine son éloge en annonçant à ce Dieu qu’un temps viendra où sa
gloire sera oubliée et obscurcie par celle de don Juan d'Autriche.
Vendra tiempo, en que sea tu nombre, tu valor puesto en olvido.
C'est une inconvenance accrue encore par le fait que Jupiter confirme cette prédiction, ce qui est une façon vraiment peu courtoise de remercier Mars du service important qu'il vient de lui rendre.
1 love el canto afirma
Cette ode, d’ailleurs toute pleine de noms mythologiques, et qu'il avait insérée dans son recueil de 158», devait donner satisfaction à une autre préoccupation de Herrera, celle de paraître savant. « Personne, dit:il en effet dans sa réponse au Prete Jacopin, ne peut être tenu pour un noble poète, s'il est facilement compris de tous