‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 107 sur 147 · FA RE · texte numérisé non relu

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le voulait, l'obscurité et la dureté. Il déclare d’ailleurs que, plus la pensée développée dans le sonnet est grande et forte, plus ce genre de poème devient difficile * : 1l semble bien cependant, comme j'ai eu l’occasion de le montrer au cours de cette étude, que jamais notre poète n'a écrit de plus beaux sonnets que lorsqu'il dut exprimer quelque pensée de ce genre, célébrer par exemple le patriotisme ou l’héroïsme, tandis que l’amour ne l’a jamais inspiré d’une façon pleinement satisfaisante.

Quant à la constitution même du sonnet, Herrera en reproduit les règles bien connues : c'est un poème composé de quatorze hendécasyllabes, divisé en quatre parties dont la première et la seconde, formées de quatre vers, s'appellent & cuarteles » ou quatrains ; la troisième et la quatrième, composées de trois vers, prennent le nom de « tercetos » ou tercets. Les rimes sont identiques dans les quatrains et disposées d'une manière différente dans les tercets. ILest assez singulier que Herrera n'ait pas précisé davantage la disposition des rimes et n’ait pas indiqué, pour les tercets en particulier, celle qui lui paraissait le plus harmonieuse.

Les soixante-dix-huit sonnets de l’édiion de 1582 offrent la disposition classique des rimes ABBA — ABBA — CDE — CDE, à l'exception du sonnet 13 dont les tercets présentent la disposition CDE — DCE, et des sonnets 46, 56, 791 et 72 dont les tercets riment de la façon suivante : CDC — DCD.

1. «sin duda alguna el Soneto, que täta semejäça tiene 1 côformidad con el epigrama, cuanto mas merece 1 admnte sentencia mas grave, talo es mas dfial; por estar encerrado en un perpetuo 1 pequeño espacio. » (Commentaire, p. 67.)

Herrera admet la rime des homonymes, par exemple du verbe avec le substantif

los 0]J0S, por quien mIsero SUSpPITO

acoged blandamente m1 suspiro (Son. xxvn de 1582, v. 4 et 8.) o si tuviera yo tu dulce canto ;

los bellos ojos ; cuya lumbre canto (Son. xxvi de 1582, v.4 et 8.) no desampäro el passo ; qu’antes torno

1 sin cessar, cual rueda büelve en torno (Son. xxvi de 1582, v. 10 et 13.)

Il a même dans un sonnet d’un goût détestable, quil a pourtant jugé digne d’être imprimé en 1589, fait rimer les deuxmêmes mots dans les quatrains, tandis que deux autres mots constituent les rimes des deux tercets (Sonnet 72); les rimes s'y succèdent en effet de la manière suivante : fuego-nieve-meve-fuego-fuego-mevemeve-fuego-Ilama-1elo-Ilama-1elo-Ilama-1elo.

IL admet et encourage l'enjambement'. « Certains pensent,dit-1l, qu'il n'y a rien de mieux que d'achever toujours la pensée avec le vers. Mais j'ose affirmer qu'il ne peut se rencontrer de faute plus grave dans le Sonnet que de terminer les vers de cette façon ; car, même s'ils sont composés de lettres sonores et de syllabes pleines presque toutes, ils semblent d’un style bas et trop simple, non par suite de la faiblesse ou de l'insuffisance des lettres,

I. « no dexarè de traer esta adversion.. que cortar el verso en el Soneto, como, — Quien me dixera, cuando en las passadas — oras... no es vicio sino virtud 1 uno de los caminos principales para alcançar l’alteza 1 hermosura del estilo. » (Commentaire, p. 68.)

mais uniquement en raison de cette allure uniforme qui fait qu'aucun vers ne se détache: en effet chacun d’eux allant s'achever tout entier à sa fin, ne peut avoir l’autorité, l'élévation, ni la beauté du style, même si toutes les autres qualités s’y rencontrent. Mais si l'on vèut mettre le style d'accord avec l'élévation et la beauté de la pensée,

il faut couper les vers et montrer par ce sectionnement toute la grandeur et la beauté du sujet, des mots et du style. Cette division donne au vers l'élévation, l'élégance et la beauté de l'expression, et le tire de la vulgarité”. » Il conseille d’ailleurs de n’en pas abuser.

Il relève en passant l'erreur de ceux qui veulent que l’enjambement soit proscrit du premier vers des quatrains et des tercets et, s'appuyant sur les meilleurs auteurs, affirme que c'est au contraire un moyen excellent de varier, d'embellir et de rehausser l'expression *. C'est

1. « se persuaden algunos, que nunca dizen mejor, que cuando siempre acaban la sentencia con la rima. 1 6so afirmar, que ninguna mayor falta se puede cas1 hallar en el soneto ; que terminar los versos deste modo. porque aunque sean compuestos de letras sonantes, 1 de silabas Ilenas casi1 todas, parecen de mu umulde estilo 1 simphodad, no por flaqueza 1 desmayo de letras, si no por sola esta 1gual manera de passo, no apartando algun verso ; que 1endo todo entero a acabarse en su fin, no puede tener alguna cumplida gravedad, m1 alteza, n1 hermosura de eshlo ; s1 bien concurriessen todas las otras partes. Pero cuando quiere alguno acompañar el eshlo conforme con la celsitud 1 belleza del pensamiento ; procura desatar los versos, 1 muestra con este deslazamiento 1 particion, cuanta grandeza tiene 1 hermosura en el sugeto, en las vozes 1 en el esthlo. porque lo haze levantado, compuesto 1 belhssimo en la forma 1 figura del dezr esta division, 1 lo aparta de la vulganidad de los otros. mas este rompamiento no à de ser conhno, porque engendra fastidio la. perpetua semejJança. » (Commentaire, p. vi

. Cquueren algunos... que en el primer verso de los cuarteles 1 de los pus no tenga lugar esta incision, que la Juzgan por vicio indino de perdonar ; 1 son ce te que no merecen desculpa en esto ; porque antes se alcança Fu 1 variedad 1 grandeza. 1 desta suerte 1 vemos en todos los que an escnito con mas arte 1 cidado. » (Commentaire, p. 69.) ;

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donc un procédé qu'il à mis méthodiquement lui-même en pratique : les exemples en sont nombreux dans ses sornnets.

dr emploi de F enjambement n ajoute d’ailleurs pas toujours chez Herrera grand'chose à la pensée.

Osè 1 tem; mas pudo la osadia ETiTRe re (Éd. de 1582. Son. 1, v. 1-2.) antes falto de paciencia 1 valor, en el postrero Trance: (Éd. de 1582. Son. vu, v. 3-0.) Con el mi alma, en el celeste fuego vuestro ad AE (Éd. de 1582. Son. xxvir, v. 9-10.) Devia en mi fortuna ser exemplo

Dédalo..….…. (Éd. de 1582. Son. xLunr Y. 9-10.)

Il admet enfin que le dernier vers du sonnet peut se terminer par une consonne, contrairement à l'opinion de certains délicats qui prétendaient qu'ilse terminât toujours par une voyelle’ ; 1l le demande au nom de la variété: mais c'est une licence dont il fait rarement usage ; le recueil de 1582 n'en présente que sept exemples”, tels que:

ah no añadas mas fuego a mis ardores (Son. xuir, v. 14.) siempre en el fuego de mis dos estrellas ?

(Son. Lxrrr, v. 14).

En revanche 1l proscrit formellement le vers agudo,

1. « Duran los Toscanos, que este Soneto [XXV de Garcilasso]..., 1 otros que & de G. L carecen de dulçura 1 suavidad, por acabar en consonantes ; porque a su parecer solo es buë verso el que se termina en vocal. pero si esta su opinion fuera verdadera, que podia valer la terneza 1 regalo dulaissimo de Tibulo 1 de los de mas poetas Latinos 1 Griegos?1 sin efeto dixo Virgiho, dulces exsuviæ [En. IV, 651], mas casi 6s0 afirmar, que es vicio acabarse stempre en vocales; porque carecen de variacion, 1 se pierde mucha parte

* de la grandeza, nd 1 numero. » nr p. 193.)

2, Sonnets 3, 10, 4o, 42, 49, 55, 63.

c'est-à-dire terminé sur une syllabe accentuée, et cela aussi bien dans la Cancién que dans le Sonnet”. On n'en

trouve pas d'exemple en effet dans ses œuvres, et en cela il était heureusement guidé par l'harmonie.

Pour terminer, ildésire que le one finisse sur un vers saisissant de pittoresque ou d’é énergie * ; sur ce point iln'’a généralement pas réussi à faire concorder la pratique avec la théorie et ses sonnets s’achèvent trop souvent.sur des vers plats ou des idées banales.

Tout cela en somme n'était pas nouveau, même au temps de Herrera ; mais on y trouve la marque d’un bon sens évident et d’une notion claire des nécessités auxquelles devait se plier ce genre de poème.

Les préceptes sur le style et sur les vers eux-mêmes, n'étant pas particuliers au sonnet, trouveront place ailleurs. Une série de remarques plus intéressantes est constituée par les considérations de Herrera sur l'histoire du sonnet,

Le premier qui donna des modèles parfaits de ce genre de poème fut Pétrarque; aux yeux de Herrera, il est sans rival, en particulier pour ses vers ‘d'amour ; il lui reconnaît le souffle, la pureté, la douceur et la grâce, et, si son respect pour les anciens l'empêche de déclarer qu'il

. « los versos troncados, o mancos que llama el Toscano 1 nosotros agua no se deven usar en soneto n1 en cancion. 1 no es admiracion, porque G. Le no hallè en su tempo tanto conocumento de artifcio poetico ; que su ingemo lo levant à mayor grandeza 1 espunitu que lo que se podia esperar en aquella sazon. pero ya, cuando los versos mudan la propria cantdad, que o son menores una silaba, o mayores otra ; si no muestran con la novedad 1 alteracion del numero 1 composicion algun espinitu 1 samficacion de lo que tratan ; son dinos de reprehension. « (Commentaire, p. 232.)

TAC He comun falta en aquella edad no solo de los nuestros, pero de los Pose acabar el soneto no con la fuerça 1 espiritu de los es si n0 floxa i'desmayadamente. » (Commentaire, p. 175.)

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les a surpassés, tout au moins affirme-t-il qu'illes a égalés. D'autre part Pétrarque a sur les anciens l'avantage de la chasteté de l'expression et si, dans deux ou trois passages, il a laissé apparaître quelques marques d'amour sensuel, Q al l’a fait, dit Herrera, d’une manière si poétique, si discrète et si honnête dans les paroles et dans la forme, que l’art y est merveilleux '. »

À ceux qui reprochent à Pétrarque de n'être pas un poète savant et de développer des lieux communs qu'il se contente d'exposer avec grâce et perfection, Herrera réplique que c'est précisément la preuve d’un art surprenant, et quon ne demande pas au poète élégiaque de faire preuve de science. Cette affirmation pourrait au premier abord sembler contredire celle qu'il exprimait dans sa réponse à Prete Jacopin, lorsqu'il déclarait que, pour mériter la gloire, le poète ne devait pas être facilement compris de tous n1se passer de beaucoup d’érudition *: mais la contradiction n’est qu'apparente, car cette érudition doit être dissimulée et servir en quelque sorte d'armature au poème : Herrera pense comme Fénelon que « l’art se décrédite lui-même; qu'il se trahit en se montrant *. »

Quant aux faiblesses et aux chevilles qui peuvent se rencontrer chez Pétrarque, Herrera les excuse par leur petit nombre, et par la difficulté insurmontable qu'offre

1. « pero pinta esto tan poeticamente, 1 tan apartado 1 Ileno de oneshidad en las vozes 1 el modo, que es maravilloso su artifñicio. » (Commentaire, p. 70.)

2. « no entienden que ninguno puede merezer la estimacion de noble poeta, que fuese fâcil 4 todos i no tuviese encubierta mucha erudcion 1 conocimiento de cosas. » (Réponse de Herrera, p. 86.)

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