‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 109 sur 147 · TR · texte numérisé non relu

TR

Là s'arrête l'énumération qu'il fait des Italiens :. on peut s'étonner qu'il n'en ait pas cité d’autres, car dans ses œuvres, on ne trouve guère d'imitation directe de ces trois écrivains; ce sont d’autres poètes dont il ne parle pas, qu'il a le plus fidèlement imités, soit que, les jugeant moins connus, il lui ait paru moins dangereux de leur emprunter leurs idées; soit que, trouvant leurs œuvres imparfaites, il crût, non pas les copier, mais les surpasser, tandis qu'il n'eût pas conçu le même espoir en imitant ceux qu'il nomme avec tant d'éloges. Mais Claudio Tolomeo, Anton Francesco Raineri, qu'il qualifie d'ailleurs « d'excellent auteur de vers élégiaques'. » Giovanni Mozzarello, Giovanni Andrea Ugoni, Lodovico Domenichi, Pietro Barignano l'ont tour à tour inspiré directement ; leurs meilleures poésies avaient d’ailleurs été rassemblées par Ruscelli dans un petit volume que notre poète eut certainement entre les mains *.

La langue espagnole ne Jui paraît pas moins apte que l'italien à composer d'excellents sonnets, et 1l s'élève contre la tradition qui voudrait faire remonter seulement à Boscän l'introduction de ce genre de poème en Espagne. Déjà au xv° siècle le marquis de Santillane avait tenté de l’acclimater dans son pays : Herrera cite avec éloges un

dio a 1mutar. con estos fue famoso 1 esclarecido Francisco Maria Molsa ranissimo ingemo, 1 en la poesia Latina 1 vulgar por afirmacon de muchos ombres sabios noamfenior a los antiguos ; 1 superior alos modernos. » (Gommentaire, p. 72-73.)

1. « Antonio Francisco Rime Milanes ecelente escriptor de versos elegiacos. » (Commentaire, p. 691.)

2. Voir dans mon édition des Alqunas Obras les sonnets 27, — 22,793, 57, 71,—492,—38,—17,— l’élégie IV, v. 248 et 119. — L'ouvrage de Ruscelli est intitulé : L fiori delle Rime de’ Poeli illustri raccolli e ordinati da Girol. Ruscelli; con alcune annotationi del medesimo, In Venetia, qli heredi di Marchid Sessa, 1569. — 1n-12.

Ro

de ses sonnets qu'il connaissait peut-être, comme je l'ai indiqué précédemment, par Argote de Molina, et qui offre un mélange de vers {lanos ou paroxytons et agudos ou oxytons : ces derniers, comme Je l'ai dit, étaient cependant proscrits par Herrera.

Juan Boscän', qui aurait, à la prière de l'ambassadeur vénitien Andrea Navagero, essayé d'introduire en Espagne les mètres italiens et qui y réussit le premier, lui paraît un peu trop simple dans son imitation d’Ausias March et un peu inculte dans ses imitations de Pétrarque ; 1l prétend qu'on lui fait injure en le critiquant aussi sévèrement qu'on le fait, et l’excuse par l'ignorance de son temps, par le fait qu'il écrivait dans un idiome étranger, qu'enfin 1l était un initiateur et n'avait pas sous les yeux de bons modèles. Cette facon de défendre Boscän contre ses critiques équivaut à s'associer aux reproches qu on lui faisait : c'est plaider coupable ; chose assez singulière, si, comme je l'ai dit précédemment, c'était à la traduction du « Courlisan » par Boscän que notre poète avait eu si souvent recours, mais qui montre l'indépendance avec laquelle Herrera essaie de juger les écrivains.

1. « Boscan, aunque 1mitù la Ilaneza de estilo 1 las mesmas sentencias de: Ausias, 1 se atrevio traer las Joyas de Petrarca en su no bien compuesto veshdo; merece mucha mas onra, que la que le da la censura 1 el mgor de juezes seyeros. porque si puede tener desculpa ser estragero de la lengua, en que pubhcd sus intétos ; 1 no exercitado en aquellas diciphnas, que le podian abnr el camino para la dificullad 1 aspereza, en que se meta ; 1 que en aquella sazô no avia en la habla comun de España a quie escoger por gwa segura ; no sera tan grande la indinacion, con que lo vituperan querniendo ajustarsus versos 1 pensamentos ; 1 no reprehenderan tan gravemente la falta suya en la economa 1 decoro 1 en las mesmas vozes; que no perdonen aquellos descuidos 1 vicios al tiepo, en que el se end ; 1 a la poca noticia, que entôces parecia de todas estas cosas, de que està rica 1 abundäte la edad presente. » (Commentaire, p. 76.)

9 Lo] NOT ——

Diego Hurtado de Mendoza lui paraît avoir montré plus d'inspiration que de soin ; il est excellent lorsqu'il s'apphique, ce qui ne lui arrive d’ailleurs que par exception : car il n'a composé ses vers que par manière de passetemps et son originalité l’a toujours tenu à l'écart des autres poètes, très volontairement d’ailleurs.

Presque en même temps que lui, écrivait Gutierre de Celina ; la façon dont Herrera parle de ce dernier semble bien indiquer qu'il était déjà mort et que les rapports qu'il avait eus avec notre poète n'avaient pas été bien familiers. Herrera reconnaît en lui « la beauté et la grâce italiennes; et pour ce qui est du nombre, de la langue, de la tendresse et des passions, personne ne lui refusera une place parmi les premiers; mais 1l manque de souffle et de vigueur, chose si importante en poésie... Et il me semble, dit-il, que l’on voit en lui la même faute que chez les peintres et les sculpteurs en pierre ou en métal, qui, pour exprimer la délicatesse et la rondeur d'un beau corps d’adolescent, se bornent à faire preuve de douceur et de moelleux, sans faire apparaître les nerfs ou les muscles ; comme si la grâce de la femme n'était pas aussi différente et aussi éloignée de

1. « Don Diego de Mendoça hablô maraillosamete 1 trato sus cocetos, que Jama del ammo, 1 todas sus perturbaciones cô mas espinitu que cuidado ; à alcançd con novedad lo que pretendio siempre ; que fue apartarse de la comun senda de los otros poetas ; 1 satisfecho con ello se olvidà de las de mas cosas. porque si como tuvo en todo lo que escrivio erudicion 1 esprit 1 . abundanca de sentimmentos, qusiera servirse de la pureza 1 elegancia en la lengua, 1 componer el numero 1 suavidad de los versos ; no luvieramos invi- . dia a los meyores de otras lenguas peregrinas. 1 no se puede dexar de conceder, que cuando repard con algun cuidado, mnguno le hizo ventaja. pero como el se exercitè por ocupar oras ocrosas, o hbrar el amimo de otros curdados molestos ; ass la grandeza de sentinnentos 1 consideraciones, 1 el natural do- ‘nare 1 viveza de sus versos lo desvian, como tengo dicho, del vulgo de la poesia comun. » (Commentaire, p. 76-77.) — Ilest à noter que Mendoza était mort en 1575.

Page 1