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Alcée lui est connu par Denys d'Halicarnasse et par Quintilien dont il traduit le jugement sur cet auteur : on en peut dire autant de Stésichore et de Simonide:; de Pindare il ne parle évidemment que par ouï-dire. Mais il s’attarde sur Sapho dont il semble avoir lu quelques fragments ; tout au moins donne-t-il la traduction de certains de ses vers cités par Éphestion, bien qu'ils soient assez sensuels'.
Bien que les Latins n'aient pas produit autant de poètes lyriques que les Grecs, il estime qu'ils en possèdent un qui les vaut tous en la personne d'Horace, preuve manifesie qu'il ne les connaît pas: il déclare qu'il est « le plus travaillé de tous les lyriques, et celui dont l'audace d'expression est la plus heureuse : Horace est plein de grâce, d'aimable invention et de nouveauté ; sa langue est très pure, ses tournures variées: 1l est merveilleux de souffle et de vivacité”. »
entregado en delcites sensuales 1 de gula. mas aung üene viles i abatida côsi1deraciones 1 desseos, ne se puede dexar de coceder que dize con mucho donare, 1 que en aquella poesia méhica no estè todo Ileno de muel 1 dulçura 1 graca entre todos los Griegos 1 Latinos 1 vulgares. » (Gommentaire, p. 220.)
1. « resplandecio con maravillosa suavidad 1 terneza de versos... pero son lacxvos, 1 de pensanmetos mu sugetos a la sensualhdad, 1 ass1 en los que trae Efestion, se quexa que duerme sola, diziendo casi desta manera; — Ya la luna hermosa, — las Pléyades avian ya caido, — la noche y’à seguido — el medio curso, 1 huye pressurosa — la ora que dechna; — 1 duermo sola yo, ame mesquina. » (Commentaire, p. 221-222.) Prete Jacopin releva ce dermer vers «ç Aquel me, me, una vez tras otra, es de poeta tan elegante como vos ? » (XIII, p. 18.) Herrera répond aigrement (XII, p. 122) qu’il a fait exprès ce redoublement, afin d'exprimer la douleur, et qu’il imite en cela les Anciens.
2. « La lengua latina... satsfizo con uno el numero de los Griegos. este fue Orac1o, casi solo dino de ser ledo entre sus linicos, 1 el mas elaborado de todos los poetas Griegos 1 Latinos 1 fehcissimamente osado en las vozes: Îleno de racia 1 Jocunda invencion 1 novedad, 1 de purissima lengua 1 variedad de figuras, 1 maravilloso en espinitu 1 viveza. (Commentaire, p. 222.) —
Catulle, qu'il compare à Horace, et dontil loue la langue d'une pureté irréprochable, ne lui semble pas avoir le même souflle que lui, et surtout il lui reproche la façon dont il parle d'amour en € s'exprimant avec l’abominable grossièreté d’un batelier ‘. »
Parmi les Italiens, il cite comme éminents dans ce genre de poésie Pétrarque, Sannazar, Bembo et Molza et déclare que d’autres encore ont excellé dans le lyrisme : mais il n’insiste paset conclut que si «les Latins et les Grecs sont plus imposants et plus graves, s'ils font usage d’une langue plus poétique, et s'ils ont un souflle plus. puissant et plus original, les poètes en langue vulgaire sont plus fleuris, plus élevés dans leurs pensées, plus galants et plus amoureux, et, sans comparaison, plus honnêtes que tous les autres poètes”. »’
Peut-être, en écrivant ces paroles, Herrera faisat-1l un retour sur lui-même : car cette puissance dontles lyriques modernes lui semblaient dépourvus, il en avait retrouvé le secret. Ce n'est pas, en effet, dans les pièces d'apparat, comme celles où 1l célèbre les mérites du jeune marquis
Quintilien avait dit: « At lyricorum idem Horatius fere legi dignus: nam et insurgit aliquando et plenus jucunditatis et gratiæ, et varüs figuris et verbis felicissime audax. » (X, 1.)
1. « no üene aquel espiritu que Oracio, m1 resplandece con algun modo galan 1 gentil o figurado ; antes lo que trato de amor parhcularmüte, que fue poco, 1 deviera ser menos, fue bestral o infimo 1 vil con torpeza mas que plébeya, 1 sin la cortesama que Oracio. porque esphca los mas de sus pensammentos con l’abominable desonestidad, que suelen los barqueros 1 gente se: mejante. » (Commentaire, p. 222.) Ë
2. «'aunque los Latnos 1 Griegos sean mas graves 1 ponderosos, mas poeücos en la lengua, 1 terminos, 1 tegan mayor espitu 1 mas estraño ; los vulgares son mas floridos, 1 levantados en los concetos, 1 mas galanes 1 amorosos, 1 sin 1gualdad mas onestos que todos los otros poetas. » (Commentaire, p- 222-225.)
de Tarifa, ou l’arrivée de doûa Leonor à Séville, qu'il faut admirer Herrera poète lyrique : certes, il s'y est montré versificateur habile, ingénieux styliste; 1l pouvait sur ce terrain rivaliser avec Garcilasso lui-même. Mais ce qui le met hors de pair, c'est qu'il a trouvé à plusieurs reprises le sujet qui convenait à son tempérament poétique et quil s'est trouvé en mesure d'exprimer la passion qui l'animait, grâce aux progrès techniques qu'il avait fait faire, comme on l'a vu plus haut, à la strophe lyrique ; cette passion maîtresse vers laquelle convergent tous les autres sentiments de Herrera, Je l'ai montré, c'est Le patriotisme. Les vinglet une strophes de l'hymne de Lépante, les huit de l’ode sur le désastre d’'Alcazar-Kébir, les six de la Canciôn à saint Ferdinand, dans lesquelles ce sentiment s'exprime avec une harmonie, une majesté, une vigueur vraiment admirables, compteront toujours parmi les plus belles productions lyriques de l'Espagne. A mesure qu'il avançait en âge, Herrera semble avoir appris, chose difficile pour un Espagnol, à se borner de plus en plus, à donner à sa pensée moins d'étendue, mais plus de vigueur. Je ne tirerai pas de ces belles œuvres des strophes isolées pour le prouver : j'aurai l'occasion de le faire plus loin en étudiant le style de notre poète : et d'ailleurs ces pièces doivent être lues en entier, si l'on en veut goûter toute la beauté majestueuse. Je ne puis cependant m'empècher de rappeler, en passant, le début, d’une tristesse si pénétrante, de la Cancién sur le désastre d’Alcazar-Kébir : « Voz de dolor 1 canto de genudo », et la quatrième strophe de l’ode à saint Ferdinand, que Lope de Vega mettait audessus des plus belles productions des anciens : « Cubrio el sagrado Bets de flonida, etc. » Dans ce genre, Herrera reste sans rival, et les strophes de la Canciôn d Ita-
lica, malgré leur noblesse et leur élégance, ne sauraient se comparer à ces vers éloquents et passionnés.
Mais la supériorité de Herrera me paraît éclater surtout lorsqu'on le rapproche d'un autre grand lyrique, Fray Luis de Leén. Ce dernier est un contemporain de notre poète, c'est le plus brillant représentant de cette école de Salamanque que le comte de Haro s’indignait de voir passer sous silence dans le Commentaire sur Garcilasso. Seul, par les quelques pièces dans lesquelles, cessant de traduire la Bible ou les Anciens, il a montré une originalité si captivante, 1l mérite d’être rapproché de Herrera. Mais quelque admiration que puisse exciter sa Profecta del Tajo, quelque séduction que puissent excercer l'ode: AT Apartamiento ou l’ode à Salinas, qui ravissent le lecteur dans les sphères sereines où le poète s'élève sans effort, il manque à Luis de Len cette science de la métrique, cette. passion plus humaine et plus émouvante qui s'unissent d’une manière si admirable chez Fernando de Herrera”.
1. Je rappellerai que les poésies de Luis de Leén, qui vécut de 15239 à 15g1, ne furent publiées qu’en 1631 par Quevedo.