‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 122 sur 147 · RETIRE · texte numérisé non relu

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Au- dessous de Virgile 1l place Titus Calpurnius à quiil reproche de manquer de force, d'être mou, ampoulé et inélégant. En revanche Olympius Nemesianus lui semble beaucoup plus châtié et mérite davantage d'être lu !

Il faut arriver aux temps modernes pour retrouver des poètes bucoliques. Pétrarque et Boccace ont écrit des églogues qui ne valent pas la peine qu’on en parle *?. Pontano ne réussit pas non plus dans ce genre de poème : enfin Girolamo Vida* s’est attaché à imiter Virgile, mais n occupe pas un rang éminent parmi les poètes bucoliques. € Sannazar, en revanche, élégant et châtié et d’une inspiration tempérée, est le seul qui mérite d'être lu parmi tous ceux qui ont écrit des-églogues après Virgile. Se fiant à son imagination, avec un bonheur et une adresse incomparables, il composa des poèmes où paraissaient non des pasteurs, mais des pêcheurs, faisant ainsi quitter aux Muses, pour les grottes de la mer, les collines du Parnasse ‘

Mais il n'est question Jusqu'ici que de poésies écrites en latin. Le premier qui osa composer en italien des bu-

1. « Calpurmo... es sin fuerças, floxo, hinchado, 1 no compueslo. mucho mas castigado es Nemesiano, como siente Escaligero, 1 mas dino de ser ludo. » (Commentaire, p. 408.)

2. « m sus eglogas f1l s’agit de Pétrarque], m las de Bocacio son dinas de memoria. Pontano no quiso dexar esta parte de poesia libre de su ingemo ; 1 assi la tratd, pero no con la fehcidad que las otras cosas. » -(Commentaire, p. 408.)

3. « Gerommo Vida... inutador de Virgiho, no se aparta del. mas con todo en mnguna manera puede tener devido lugar en esta poesia. » (Gommentaire, p. 4O8.)

4. « Sanazaro culhssimo 1 castigadissuimo poeta, 1 de moderadissima vena, es solo dino de ser lerdo entre todos los que escrivieron eglogas despues de Virgiho. el cual confiado de su invencion con maravillosa ventura 1 destreza compuso, no obras de pastores, si no de pescadores, hazendo que trocassen las Musas por las grutas del mar los collados de Parnasso ; aunque se lee en Teécrito una deste genero. » (Commentaire, p. ho.)

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coliques fut Boccace qui s’en vante à la fin de son Ameto. Puis parurent Sannazar avec son Arcadia qui paraît très belle «bellissima » à Herrera, et Bernardino Rota qui imita, d’ailleurs assez adroitement, les églogues de pécheurs de Sannazar, mais sans égaler son modèle.

En Espagne Garcilasso est le premier des poètes bucoliques, et sa première églogue surpasse toutes les autres, même celles qu'ont écrites les Italiens, à l'exception peut-être de la dernière de lArcadia ; « mais l'excès d’affectation qu'on y trouve, le rythme désagréable des vers, en dépit de l'abondance de sentiments admirables qu'on y rencontre, ne peuvent se comparer à la pureté, à la simplicité, à la douceur et à la propriété d'expression que l’on trouve dans celle de Garcilasso *.

Des églogues composées par Herrera 1l ne nous reste que trois ; l'Égloga Venaloria, publiée en 1582 ; l'églogue intitulée Salicio, consacrée à la mémoire de Garcilasso et publiée au début du Commentaire : cette dernière, si l’on en croit les déclarations de Herrera, serait une œuvre de jeunesse ; la troisième est donnée par Pacheco, dans son édition, sous le nom d’élégie VIII du livre I : mais elle a tout le caractère d’nne églogue, et je n'hésite pas à lui donner ce titre.

1. À propos des eglogas de pescadores de Bernardino Rota, il dit: « aunque no le succedio infehcemete la imitacion de Sanazaro ; no alcança con grandissimo intervalo à su ingemo, arbficio 1 espinitu. » (Commentaire, P- 409.) R

2. «en nuestra España sin alguna comparacion es principe G. L. 1 de sus eglogas esta primera es aventajada de las otras en todas los partes, que requiere este genero. 1 no sè si [taha tene alguna, que pueda venir a paragon con ella ; s1 ya no pone delante la ultima de l’Arcadia. mas la demasiada afetacion dellas, 1 el desabrido 1 molesto numero de aquellos versos, aunque ella por si estè rica de maravillosos sentimientos, no pueden confenrse con la pureza 1 senzllez 1 blandura 1 propriedad de lengua que se vê en esta, » (Commentaire, p. og.)

On ne s'attend guère à voir le grave Herrera réussir dans ce genre de poème qui demande une bonne humeur constante, une gaité qui semble contraire à sa nature : mais c'est précisément une surprise de. voir comment il s'est tiré de cette entreprise.

Je n'insisterai pas sur l’églogue consacrée à la mort de Garcilasso et qui est intitulée Salicio : c'était le nom poétique sous lequel Garcilasso s'était représenté luimême dans sa première églogue. Les pasteurs Alcon et Tirsis chantent tour à tour la mort du poète, le premier déplorant son trépas, le second célébrant sa gloire en soixante et onze tercets faciles, mais un peu longs, et qui ne manifestent aucune originalité.

L'élégie VIII du livre I de 1619: « El Sol d’el allo cerco decendia», que j'ai rangée parmi les églogues, est plus intéressante : elle se compose de 29 tercets dont plusieurs sont remarquables par la facilité avec laquelle le poète a su en former une phrase harmonieuse. Le Bétis appelle Ja nymphe Galatée et la supplie en termes pressants de venir le trouver, lui promettant l'immortalité que lui donneront les poètes de Séville. La passion un peu sensuelle de ce morceau rappelle les modèles antiques”, en même temps que certains vers, inspirés eux aussi des anciens, nous montrent une précision dans la description qui est assez rare chez Herrera. « Viens, Ô Nymphe, là où le gainier fleurit paru le Lerre qui l'assombrit, là où le peuplier pousse à côté du tremble qu'il égale : car tout ce qu'enserre ce grand fleuve, est à moi et sera à toi si tu viens. Viens, oh! viens, Galatée, au bruit de mes sanglots! Pourquoi tardes-tu ? Pourquoi, ingrate, t'arrêtes-tu ?

r. « Dichoso yo, si alcänço lo que pido ; — Que si lo alcanzarè, pues tu No aborrece los juegos de Cupido. » (V. 67-69.)

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Ven, Ninfa, adond” el Ciclamor florece, qu’en la entrepuesta iedra està sombrio ; i do, al Timble igualando, el Povo crece.

Que todo, cuanto abraça este gran rio, es mio, 1 serà tuyo, si tu vienes.

ven ; à ven Galatea’ 1 Ilanto mio.

Que tardas? porqu’, ingrata, te detienes?(V. 13-18.) Il semble, d’après un passage de cette églogue, qu'elle soit postérieure à la victoire de Lépante à laquelle il me paraît être fait allusion, ainsi qu'à la rébellion des Maures de Grenade, dans les vers suivants : &Vois les tours que le Thébain [Hercule] éleva le premier, au pied desquelles, dans sa course, la mer farouche d’Atlas incline son front azuré et altier ; où Mars brandit la lance encore tiède qu'il trempa dans le sang des Maures et qui, furieuse, impose le joug à l'Orient et à l'Occident.

Las torres qu’el Tebano alçd primero, mira, à quien la cerulea 1 alta frente i el curso inclina el mar d’Atlante fiero ; Do vibra Pasta Marte, que caliente baño en la sangre Maura, 1, Ilena d'ira, pone al” Aurora el yugo 1 Ocidente ; (V.37-42.)

Elle appartiendrait donc à l’époque de la maturité de Herrera, et le tour aisé des vers semble bien l'indiquer.

C'est un sujet analogue que le poète traitait dans son Égloga Venaloria. Le chasseur Menalio invite la belle Clearista à répondre à son amour et à venir avec lui se reposer au fond des bois touflus, auprès d'une source fraîche. Cette petite pièce, sans doute allégorique et exprimant l'amour du poète pour dofña Leonor, est d'un caractère particulier; elle a la forme lyrique et se compose, comme Je l’a indiqué plus haut, de strophes de treize vers. Elle est pleine de souvenirs anciens de V irgile ou

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d'Ausone habilement transformés et introduits dans la trame générale du morceau; mais c’est surtout par le mouvement qui l'anime, par la passion ardente et nullement mystique qui la traverse, qu'elle est intéressante. En voici par exemple un passage : après avoir supposé que la belle chasseresse viendra badiner avec lui au fond des bois, Menalio ajoute : (Ah! que de fois au milieu de ces jeux, j'entourerais ton cou de mes bras, et embrasant mes yeux dans les tiens, quand tu te défierais le moins de ma flamme, je déroberais le souffle à tes lèvres, transformant mon haleine en la tienne et me sentant doucement mourir! Cela, je l'estimerais bien plus que de voir le vol du faucon, plus que de tuer d'un seul coup le sanglier le plus robuste, ou d'atteindre sur la vaste terre, au bord de l’eau, blessé, à bout de souflle, le cerf qui laisse derrière lui le vent rapide. »

Ah cuantas vezes entre aqueste Juego a tu cuello los brazos rodeara !

1 en tus ojos mis 0jos encendiendo, cuando mas descuidada de m1 fuego, a tu boca el espintu hurtara, m1 espiritu en el tuyo convirtendo, dulcemente muriendo.

esto preciära mas, que vêr el buelo del halcon, mas que dar de un golpe muerte al javall mas fuerte, o alcançar por el ancho 1 largo suelo junto a l’agua herido : sin apte el caervo, qu’ a tras dexa el presto viento. (Y. 118-1930.)

La strophe finale rappelle celle que j'ai citée plus haut de l’élégie sur Galatée : « Mais, s'il te plait, (et fasse le ciel qu'il te plaise !) viens avec moi, à cette ombre, où l'air bruit parmi les gainiers recouverts de lierre, où

jamais l’on ne vit pénétrer le soleil à son zénith avec sa lumière brûlante et pleine. Ici il y a des peupliers verts ethauts, des grisards fleuris, et la fraîche prairie qu'arrose la source profonde avec un mumure doux et paisible ; ici l'air tempéré t'invite à fuir le soleil brûlant. Viens, Ô Clearista, viens Ô ma nymphe! Cette prairie te réclame ainsi que cette source fraiche. »

Mas si t’agrada, 1 Ô s1 t’agradasse, ven comigo a esta sombra, do resuena l’aura en los ciclamoros revestidos de 1edra ; do se vio jamas qu’entrasse alcado el Sol con luz ardiente 1 Ilena.

aqui & alamos verdes 1 crecidos, 1 los povos floridos, 1 el fresco prado riega l’alta fuente con murmurio suëve 1 sossegado.

aqui el tempo templado te combida a huir el Sol cahente.

ven Clearista, ven ya Ninfa mia, este prado te Ilama 1 fuente fria. (V.144-156.)

Herrera eut encore occasion de: parler dans son Commentaire des stances ou octaves : Celles sont composées de huit vers, dit-il, et, comme l’idée doit commencer et: finir avec chacune d'elles, elles ont reçu le nom d'’ofava rima ; les vers riment alternativement du premier au sixième et les deux vers qui restent et qui athèvent le sens, ont une même rime, différente des précédentes'. »

1. « estos por esplicarse en ocho versos, 1 començar 1 cerrar se en ellos la conclusion 1 el sentido del argumento propuesto o narracion, se Ilaman del numero dellos otava rima, 1 se responden alternadamente desde el primero hasta el sesto verso en las vozes postreras, que se terminan semeJantemente. 1 los dos, que restan, que perfecionan 1 acaban el sentido, 1 por esso se Ilaman la Ilave en Toscano, tenen unas mesmas cadenas, diferentes de las primeras. » (Commentaire, p. 649.)

«Ce genre de vers exige une pureté parfaite et de la beauté : et l’on y doit fuir par-dessus tout la dureté dans les syllabes aussi bien que dans la place et dans la construction des mots ; il y faut aussi de l'élévation". »

L'inventeur des stances, dit Herrera, fut Boccace ? : après lui, Ange Politien en fit usage. Mais ce fut l’Arioste : qui les amena à la perfection ?

Herrera s'est servi de cette forme métrique par deux -fois *, mais 1l ne l'a pas mamiée avec bonheur, bien qu'il y ait attaché une certaine importance puisqu'il l’a employée à l'expression de celte idée que la mémoire matérialise en quelque sorte les choses et qu'il a cité dans son Commentaire (p. 115) les deux strophes qu'il y avait consacrées.

Il n'a pas parlé de la Sextine dont ila faitusage à plusieurs reprises ‘ ; c'est un exercice d'adresse, qui n'offre aucun autre intérêt que celui de la difficulté vaincue, et dans lequel Herrera ne s’est pas montré particulièrement adroit.

Quant aux redondillas et aux quintillas, 11 n’en a usé qu'accidentellement et sans ÿ montrer une maîtrise particulière. ;

Il avait même écrit des vers libres qui sont perdus, comme on l'a vu. ;

I. «requeren estas rimas pureza entera 1 hermosura en los versos, 1 sobre todo huir la dureza assi de letras entre ellas, como de la colocacon de las vozes 1 del orden de la costrucion dellas. quieren alleza, 1 con ella gand Ariosto el primer lugar. » (Commentaire, p. 649-650.)

2. «Sin duda alguna fue autor de las estaäças o rimas otavas luan Bocacio, 1 el primero qu’ con aquel nuevo 1 no usado canto celebrè las guerras, 1 asst dixo en el fin de la Teseida ; — Por che le belle Muse cominciaro... — despues començo Angelo Péhaane a vestir estas rimas de las fores Table, hasta que el Ariosto las h1zo merecedoras de su canto, 1 las puso en perfe- | con. » (Commentaire, p. 648- 649.) ;

3. Édition de 1619. Livre I, stances 1 et 11. 4. Édition de 1619. Livre I. Sextines 1, 11, 111 et iv,

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