Commentaire, p
de Gelves, les vers du début dont la fraicheur est vraiment aimable.
Esparze en estas flores
purà nieve 1 roclo
blanca 1 serena luz de nueva Aurora,
1 con varios colores
se vista el bosque frio
de los esmaltes de la rica Flora; etc. (V.1-19.)
On en pourrait citer plus d'un exemple, mais il faut reconnaître que jamais sur ce point Herrera n’atteignit à la perfection ni au charme irrésistible.
Nous avons vu qu'un des procédés préconisés par Herrera pour obtenir la gravilé du vers consiste dans l'emploi de l'hiatus ; il y attachait une grande importance. Un long passage de son Commentaire” est consacré précisément à l'étude de la diérèse : 1l y rappelle le vers fameux de Virgile :
Ter sunt conati imponere Pelio Ossam. (G.I, 281.)
dans lequel l’hiatus entre les mots Pelio et Ossam fait admirablement ressortir et l’énormité de ces montagnes, et l'eflort prodigieux des Géants qui les entassaient l’une sur l’autre. C’est à l'imitation de Virgile qu'il a tenté lui aussi de faire usage de la diérèse, et les exemples qu'on en trouve dans ses vers sont sinombreux qu'il avait inventé, comme on le verra plus loin, un signe diacritique pour les indiquer. Il cite lui-même quelques-unes de ces hardiesses qu'il jugeait heureuses, et qu'il se permettait sans remords à la persuasion de son ami le chanoine Pacheco.
1. Cf. Commentaire, p. 139-141. J’ai donné ce passage en appendice dans mon édition critique des Algunas Obras.
« J'ai osé dire, écrit:l, pour refuser et empêcher l'entrée Aqu: nÔ éntra, quien no es desdichado,
et pour montrer combien sont pénibles la séparation et l'éloignement
Dividen me de vos Ô alma mia” ; et comme j'avais dit
Tan cansado 1 perdido que no tengo fuerça para arribar, 1 nunca vengo,
mieux inspiré Je l’ai changé comme il suit Parà àrribar fuerça, 1 nunca vengo;
et pour montrer l'hostilité et la distance qu'il y a entre la haine et l’amour, et l'opposition d’âmes différentes, j'ai di":
Desconfio, aborresco, amo, espero
parce que l’oet l’a sont des éléments ennemis et ne se contractent pas facilement. Aussi ai-je mis l'hiatus en cet endroit et non entre desconfio, aborresco, où ces lettres ne sont pas aussi ennemies et ne répugnent pas aulant l’une à l’autre. » |
Il faut d’ailleurs reconnaître que cet emploi de l’hiatus ne nous semble pas toujours bien justifié et qu'il arrive souvent qu'il n'ajoute rien à l'harmonie; par exemple il paraît bien que dans le vers
Condicion tuyä es rendir el pecho,
(Elégie v de 1582, v. 142.)
la diérèse n’ajoute rien au sens ni à l’harmonie.
1. Dans l’édition de 1619, Élégie 11 du livre II, v. 193, on trouve une leçon différente : « me dividen de vos à älma mia. »
Un autre moyen d’embellir la phrase, c’est l'emploi des épithètes. Herrera a longuement étudié les épithètes, 1l les a rangées en plusieurs catégories qui n’ont rien d'original et qui sont parfaitement oiseuses, comme le pensait justement Juan de Robles ‘, Ilest plus intéressant de voir quel usage il en prétend faire. « Les épithètes, dit-1l, sont fréquentes chez les poètes qui s’en servent en toule liberté puisqu'il suffit qu'elles conviennent au mot auquel on les unit”. » Mais :1l faut en user avec discrétion, et surtout éviter de faire comme les Italiens qui se plaisent à les employer et à les multiplier sans mesure. » Il cite à ce propos comme le type du mauvais goût deux vers de Minturno qui sont en effet assez ridicules :
Tante chiare virtù, belle, immortali, rare, nove, leggiadre, alte, divine *.
Ce serait parfait si Herrera lui-même ne méritait pas le même reproche : je rappellerai les railleries que lui décochait Prete Jacopin précisément au sujet d'un passage de son Commentaire où se trouvent entassées, d’une façon véritablement grotesque, les épithètes les plus variées : (voz alta, smficante, rotunda, armoniosa, propria, bien compuesta, de buen assiento 1 de somido eroico*. » S'il n'a pas
1. « Algunos han querido poner especies señaladas de epitetos, como Fernando de Herrera sobre el soneto 12 de Garcilaso ; mas hällolo eso excusado, porque se pueden tomar de todas cuantas cosas hay, asi criadas come posibles, y s6lo la prudencia y buen ingenio les podrän dar el punto, sabiendolos traer tales que convengan 4 la cosa por si misma y por la ocasion en que se habla della... » (Juan de Robles. El culto Sevillano. Séville, 1883, P. 127.)
2. « los epitetos, Ilamados por otro nobre apostos, 1 en yulgar ayuntados, son mui frequentes a los poetas, que se sirven dellos hbremente. porque les basta que covengan a la voz a quië se juntan. » (Commentaire, p. 130.)