Commentaire, p
2. Édition de Pacheco (variantes du s. IT de 1582, v. 5 et 10).
Dans le commentaire sur Garcilasso et dans l'édition de Pacheco la diérèse est indiquée en pareil cas par un point placé sur chacune des deux voyelles : gloriôso, rociädo, suave.
Lorsque les deux voyelles ont été mises en contact par la chute d’une consonne, comme dans fiar et ses composés, cruel, ra, trae, il ne marque pas la diérèse non plus qué dans Diana, 1édra, telo, terro, rumna.
Mais s’il veut indiquer au contraire la synérèse 1l place sur la deuxième voyelle le signe « : ainsi il n'écrit :
cambiäron tantas vezes m1 ventura
(Édition de 1582. Élégie v, v. 20.) où cambiäron est trisyllabe ; mais
si no se cambiässe l’alegria (Édition de 1582. Sonnet xLiv, Y. 11.)
cambrässe comptant pour quatre syllabes.
Il emploie les trois accents aigu, grave el circonflexe d’une manière qui lui est propre.
Il place l'accent circonflexe sur l'interjection 6, tandis qu'il n’accentue pas la conjonction o ; sur les formes du verbe vér dans lesquelles é est le résultat d’une contraction : vér, vés, vé, vémos, véd, vén, vérets : et, pour la même raison, sur le mot fé qui s'écrivait alors fee. :
Il met l'accent grave sur les formes è, à, du verbe aver, mais n'acentue pas la préposition 4. A la troisième personne de, 1l met l'accent sur la première voyelle et distingue ainsi ce mot de l’interjection & non accentuée ; mais s'il veut marquer la diérèse, il remplace l'accent par un point sur l'a.
aqui &1 alamos verdes 1 crecidos (Egloga Venatoria, v. 149.)
NO
1 el mal, què à, conviene ser callado (Sonnet xxxv de 1582, v. 6.)
Il met encore l'accent grave sur les formes du verbe eslar, eslè, eslà, qu'il distingue ainsi des pronoms esle, esla non accentués; il le met aussi sur les finales toniques des verbes qui se distinguent seulement par l'accent de mots paroxytons, et place sur ces derniers l'accent aigu : ainsi il écrit : esperè (parfait de l'indicatif) et espére (présent du subjonctif) ; legù (parfait de l'indicatif et llégo (présent de l'indicatif) ; Aallära (imparfait du subjonctif) et alçarà (futur de l'indicatif). Mais lorsque le paroxyton occupe la dernière place du vers, il ne l’accentue pas, puisqu'il ne saurait se confondre avec l’oxyton ; 1l écrit donc :
1 Uôro la desdicha de mu estado (Edition de 1582. Sonnet 17, v. 4.) MAIS :
mas para que suspiro triste 1 {ro
(Id. Egloga Venatoria, v. 83.)
Il accentue quelquefois de l'accent aigu les proparoxytons, mais seulement lofsque ce sont des mots d'origine savante ou étrangère ; ainsi il accentuera les mots angéhea, beligero, Bético, Encélado, flamigero, orrisono qui sont des noms propres ou des néologismes que Coyarrubias n'a pas admis dans son Tesoro. Mais il n’accentuera pas les mots clara, impelu, pielago, zefiro etc.
Il ne met pas de majuscule au Re de chaque vers, comme le voulait l’usage de son temps, el se contente d'en mettre au commencement de chaque strophe : parfois même il n’en écrit pas après un point final.
Enfin il sépare généralement les pronoms me, te, se, des verbes dont ils sont régimes. Exemple alexando me (Sonnet 52 de 1582, v. 6), amar Le (Égloga Venatoria, v. 52), desatar se (Sonnet 50, v.11 de 182). Cette règle souffre d'ailleurs de nombreuses exceptions qui sont peut-être dues à la négligence de l'imprimeur.
Les règles de ponctuation qu'il avait adoptées sont moins nelles que ses ne ss RAbENpRqUE : 1l se sert du point et de la virgule, à peu près comme auJourd'hui; du point et virgule avec la valeur de la virgule ou des deux points ; des points d'interrogation et d'exclamaüon seulement à la fin des phrases; de la parenthèse quelquefois ; mais 1l ne connaît ni les deux points, ni les” guillemets. Ilécrira donc :
Turbado dixe al fin; por no aver sido (Édition de 1582. Élégie Hi, V. 13)
au lieu de mettre : & après fin.
Telles furent les réformes d'écriture que Herrera, dans son Commentaire sur Garcilasso et, deux ans plus tard, dans son recueil des Algunas Obras, sous une forme plus parfaite, essaya d'implanter en Espagne.
I-est bien difficile aujourd'hui d'en apprécier la valeur, la prononciation exacte du xvi° siècle ne nous étant qu’imparfaitement connue : nous pouvons bien savoir par les” témoignages d'écrivains du temps que certains sons aujourd'hui confondus étaient alors distincts. que par exemple l’s sourde de viniesse, marquée entre deux voyelles par ss, était différente de l’s sonore de casa; que ç état sourd et z sonore, que æ sourd $e distinguait de j sonore ; mais si, au point de vue étymologique, ces sons peuvent être distingués par leur origine, iln’en allait
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pas de même dans la pratique où ils se confondaient déjà bien souvent, comme le prouvent les rimes acceptées par les poètes du temps. L'appréciation personnelle devait donc jouér le plus grand rôle dans ces modifications apportées à l'orthographe courante ; de à des oppositions ou des dénégations aussi tranchantes que les affirmations.
C'est ainsi qu'en 1601 le D' Gregorio Lépez Madera reprochait à Herrera d’avoir dans son Commentaire sur Garcilasso & privé les mots espagnols venus du latin de l'orthographe de cette dernière langue, et d’être devenu par là si obscur que lui-même, qui fait profession de commentateur, a besoin d'un commentaire ‘».
L'objection n'a pas, il est vrai, grande valeur dans la bouche d'un homme qui, comme Madera, contestait que . l'espagnol vint du latin : qui était assez traditionnaliste pour s imaginer que si, dans les mots venus du grec, les Latins avaient conservé le ph, alors qu'ils possédaient la lettre f c'était par respect pour la langue à laquelle ils l'avaient emprunté, et qui aurait voulu voir les Espagnols agir de même avec les quelques mots qu'il considérait comme empruntés au latin. Cen était pourtant pas unesprit vulgaire que l'homme qui déclarait que «les langues ne dépendent pas des règles, mais que les règles se tirent de l'usage des langues”. » Aussi mérite-t1l qu'on s’ar-
1. « No se a de negar la mucha hermandad, que nuestra lengua tiene con la Latina ; dé manera que queramos que en ninguna cosa reconozca lo que a recibido della quitando a los vocablos que tenemos del Latin toda la ortografia que procedé de aquella lengua, como an querido hazer Hernando de Herrera, escriuiendo sobre Garcilaso, 1 haciendose con esto tan escuro que el que professa ser comentador, a menester comento ; ÿ agora vltimamente el padre Fray Pedro Malon en su libro de la Magdalena. » (Conde de la Viñaza. Filologia castellana, col. 181-82.)
2. « no penden los lenguages de los preceptos, sino los preceptos se sa-
rète à son affirmation lorsqu'il déelare qu'il « est faux de dire que k prononciation exacte soit... dofo, ogeto, ato, no, ombre, antiga : mais ce quitrompe, c'est que ceux qui les prononcent avec correction et élégance appuient peu sur ces lettres que certains voudraient faire disparaître de l'écriture : en effet, la prononciation espagnole n'est pas affectée, mais lorsque plusieurs consonnes s'unissent, sans les contracter absolument 1l faut les prononcer avec la douceur voulue... Il en est de même de l'aspiration, car pour dire hombre, humano, on la fait peu sentir, l’espagnol étant peu guttural et ne pouvant admettre une forte aspiration : mais en somme on ne saurait nier que l'on aspire en les prononçant et qu'il faut marquer l'aspiraton si l'on veut représenter exactement le mot'. » Mas si le D° Madera se mônitre aussi affirmatif, d'autres sont plus prudents : ainsi le maestro Bartolome Jiménez Patôn, en 1614, dans un petit traité sur Forthographe*, nous dit quon prononce et qu'on écrit doctor et doctrina, et qu'il faut prononcer et écrire docto et non
can del uso de los lenguages. » (Conde de la Viñaza. Filologia castellana, ca. 30.)
1. « es falso derir que là pronuneiacion propria sea como ellos dizen doto ogete afe ire ombre antiga : sino que los engaña ver que los que pronuncian propria y elegantemente, hazen poca fuerça en aquellas letras que ellos quieren desechar de lo que eseriuen: porque nuestra lengua tiene la pronuneia- Son poco afectada : pero no por esto las junta del todo, sino que las pronunta con blandura que à de auer quando se juntan dos o mas consonantes.. l mismo tambien succede en la aspiracion que para dezir hombre humano, xsamos della leuemente : porque nuestra lengua es poco gutural, y no puede admitr mas fuerie aspiracion ; pero al fin no se puede negar que se mueue el alento para pronunciarlo, ; que se deue poner la aspiracion en lo escripto por cumplr con la propriedad de la palabra. » (Conde de Viñaza. Filologia eestellene. col. 1182.) .
à. Epilome de le Ortegrefie Latine y Castellana. Por el Maestro Ximenez Paton. Año 1614. — Baeça. (Cité par le comte de la Vifaza, op. ci., col. 11980.)
dolo, afeclo et non afelo, afectado el non afetado ; mais qu'on écrit efelo et non efecto, dote et non docte, santo et non sancto, precelor et non preceplor, concelo el non conceplo, sinificar el non significar etc... » Cet éclectisme est embarrassant, mais prouve qu'en principe Herrera n'avait pas tort de vouloir supprimer certaines lettres ; d'ailleurs les rimes suivantes, relevées chez des poètes contemporains ou successeurs immédiats de Herrera, montrent que bon nombre des suppressions qu'il proposait, étaient tout au moins acceptables : Luis de Leôn :
Preséntote un sujeto Tan mortalmente herido cual conviene Do un médico perfeto… (Luis de Leon à Elisa.)
Le chanoine Pacheco :
ET millar de las rimas y sonetos Que el divino Herrera escribe en balde Destilese el celebro en mil concetos EI delicado Alcazar en sus obras Verà cuanto se engaña en sus efelos (Satire sur la poésie.) Baltasar del Alcäzar :
Debio ser porque en efelo Cuanto le di fue un soneto...
(Bibl. de Autores Españoles, t. XXXII, p. 408".)
Juan de Salinas :
El jazmin no fué discreto Que no tiene olor perfeto… (Ibid, p. 419.)
Pablo de Céspedes :
Hallarse de contino en un sugelo Todas veces sin falta recogidas ; Aunque las cria sin ningun defeto (lbid., p.866.)
Lo ee Pablo de Céspedes :
ET escorzo tan justo, con efeto à Igual en todo al imitado obyeto (Ibid., p. 366".).
Pablo de Céspedes :
Si enseñarte pudiese los conceplos
Escritos y la voz presente Yÿ viva
Los primeros abriera y los secretos
Que encierra en si la docta perspectiva;
Como extendidos por el aire y rectos (lbid., p. 365°.)
Luis de Leôn :
Por ti, el mayor poeta y mas divino No deben ser de ti menospreciadas ; No juzgues que el ganado no te es dino (Eglogue x.)
Luis de Leôn :
Î viniese empeorando de contino À estado menos bueno ÿ menos dino (Géorg. 1.)
Baltasar del Alcäzar :
Si el canto Febo a tu deidad indino Quedar en este mundo por vecino
(Sonnet 11 à Cetina.) Luis de Gôngora :
Lilio siempre real naci en Medina De rayos mas que flores frente dina (Sonnet avr.)
La question de la suppression de l’h initiale semble de beaucoup la plus simple ; il est évident que cette lettre n'était pas aspirée lorsque l’élision était possible, c'est bien ce que semble indiquer le licencié Juan de Robles
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lorsqu'il disait vers 1630 dans son Culto Sevillano : « J’use de la lettre À comme nos ancêtres : je la mets dans les mots où ils la mettaient ; car cette lettre a deux sons, ‘ l'un fort et nécessaire, comme haciendo, hijo, hecho, hoyo, humo ; et un autre plus doux, comme honor, hora, hombre’. » D'où il résulte clairement que Robles ne regarde pas comme nécessaire d'écrire À dans ces derniers mots; sil conserve cette lettre c’est par respect de la tradition.
Enfin la réforme qui consiste à écrire conosco et non cono?co est peut-être due en grande partie à la confusion habituelle et bien connue que les Andalous faisaient de l’s et de la z. £
Ce qui me semble tout à l'éloge de Herrera dans ces réformes, c'est qu'il se rallie à l'idée d'une simplification de l'orthographe destinéeà la mettre à la portée de la foule, de même qu'il avait essayé, en commentant Garcilasso en langue vulgaire, de familiariser ceux qui n'étaient pas des savants de profession avec les mystères de la rhétorique et de la poétique. C'était un mérite à cette époque que cette tendance à la simplicité chez un homme qui pouvait prétendre à briller parmu les savants, & los que saben », selon son expression favorite. Mais ce qui le perdit, comme tous les réformateurs de l'orthographe, ce fut que son système était trop complet ; il apportait trop de modifications d’un seul coup dans des matières où l'on ne saurait procéder avec trop de lenteur, de modération ou de prudence, de peur d’effaroucher de vieilles habitudes, d'imposer un effort de mémoire trop considérable à ceux que l’on
1. « De la À uso como nuestros pasados poniéndola en los nombres que la pusieron ellos ; porque esta letra tiene dos sonidos uno fuerte y necesario, como hacienda, hijo, hecho, hoyo, humo, ÿ otro mas blando como humor honra. hombre. » (Robles. Primera parte del CGulto Sevillano. Séville, 1883, p. 323.)
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tente de gagner à sa cause : ce n’est pas un moindre travail de désapprendre d'anciennes règles que d’en adopter de nouvelles. C'est par des réformes de détail qu'on peut perfectionner l'orthographe, qu'il faut d’ailleurs se résigner à voir toujours en désaccord avec la prononciation, quelques efforts que l’on fasse. En tout cas les trop vastes projets sont condamnés d'avance.
C'est ce qu'il advint du système de Herrera : il échoua complètement ; il n’était d’ailleurs pas parfait : il est évident que Herrera ne se douta pas du sens dans lequel allait évoluer la prononciation, sauf en 6e qui concerne l’affaiblissement de l’h initiale. Ambrosio de Morales dans le passage que j'ai cité plus haut, avait vu plus clair et plus loin : il sentait que la langue tendait à prononcer toutes les lettres, quelles qu’elles fussent ; et aujourd'hui, si l’on met à part l’A initiale, c'est à peu près ce qui s’est réalisé : les contractions ont complètement disparu, l’élision n'a jamais pu entrer dans les habitudes des Espagnols, même en vers ; quant à l'assimilation des finales d’infiniuf avec le le pronom qui suit, elle n’a pas non plus été adoptée. Les lettres supprimées par Herrera ont été presque toutes rétablies. |
Ses procédés d'accentuation étaient également trop compliqués et trop imparfaits pour triompher ; c'était cependant la partie la plus rationnelle de ce système: mais le souvenir même s'en perdit bientôt, malgré l’ardeur communiquée par l'inventeur à ses amis que Juan de la Cueva nous montrait attelés à cette tâche ingrate lorsque, dans un passage auquel j'ai déjà fait allusion, il écrivait au Jurat Rodrigo Suärez, qui venait d’acheverune histoire de la guerre de Portugal et qui s’apprêtait à donner le manuscrit à l'imprimeur : « Quel jeu de caractères variés
allez-vous rassembler pour qu'on imprime votre livre à la moderne et non à l'antique ! Vous le confierez à notre ami Andrea fil s'agit d'Andrea Pescioni, imprimeur des Alqunas Obras de Herrera en 1082] qui, dans cette profession, surpasse tous les imprimeurs d'Italie et de Bâle. Vous vous servirez des procédés et des règles de la nouvelle orthographe, où vous verrez Cabrera plongé jusqu'aux coudes. Vous lui assignerez pour correcteurs le maestro Girôn, en qui Phébus a déposé le trésor de son beau chœur, ou le divin Herrera dont la docte lyre retient les vents dans leur course et que la montagne vient entendre comme autrefois Orphée. Ils ponctueront, metlront des accents sur le texte de votre magnifique histoire’. »
Mais tout cet enthousiasme n'eut pas de lendemain. Seul le fidèle Pacheco dans son Livre des Portraits semble avoir suivi à peu près les mêmes règles orthographiques que Herrera ; mais 1l n'y resta pas fidèle lui-même, car son Art de la Peinture s'écarte du modèle quelui avait fourni l’auteur du Commentaire sur Garcilasso, et se conforme à l'orthographe courante. La tentative de Herrera était donc bien condamnée.
1. « Î luego que os sea traido, que aparejo — tendreis de varias letras, porque sea — impresso a lo moderno i no a lo viejo. — Entregareislo à nuestro amigo Andrea — qu’en esta profecion ecede a todos — los que imprimen de Italia, i Basilea — Vsareis de los terminos i modos — de la nueva Orthographia, viendo en ella — a Cabrera metido hasta los codos. — Señalareis por Corretores della — al Maestro Giron, do Phebo tiene — todo el tesoro de su escuadra bella. — O al divino Herrera que detiene — con dota Lyra los airados Vientos — 1 el Monte a oirlo cual a Orpheo viene. » (De las rimas de Juan de la Cueva. Manuscrit Z 133-49 de la Bibliothèque Colombine. Epistola 2, p. 42.)