‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 39 sur 147 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Don Alvaro de Portugal, [T° comte de Gelves (1532-1581). — Dona Leonor de Milän, comtesse de Gelves. — Amours de Herrera.

Parmi les grands seigneurs dans l'intimité de qui pénétra notre poète, 1l en est un qui mérite une place à part ; je veux parler de don Âzvaro pe Porrueaz, Il‘ comte pe GELVES.

Ce personnage appartenait à l’une des plus illustres familles du royaume’. Don Jorge de Portugal, premier comte de Gelves. était fils de don Alvaro, frère de Fernando, deuxième duc de Bragance ; ce don Alvaro, fuyant la colère du roi Jean IT de Portugal, qui avait fait périr en 1483 sur l’échafaud le duc de Bragance, était venu se réfugier en Espagne. Le frère de don Jorge, don Rodrigo. retourna plus tard en Portugal où 1l hérita des titres de son père : mais don Jorge s'établit à Séville, où il épousa en premières noces dofña Guiomar de Ataide, fille de don Juan de Vasconcellos Il° comte de Penella. morte sans succession, et en secondes noces doûa Isabel Colén, troisième fille de Diego Colôn, premier duc de Veragua, marquis de la Jamaïque et deuxième amiral des

1. Cf. Ortiz de Züñiga. Anales eclesiästicos y seculares de la ciudad de Sevilla, año 1552 ; et Lôpez de Haro. Nobiliaro genealôgico de los Reyes y titulos de España, 2° partie. Madrid, 1622. (Ch. 1x Donde se escrive el titulo y Condado de Gelves, etc., p. 188.)

Indes. C’est de ce mariage que naquit don Âlvaro de Portugal qui devait devenir, à la mort de son père, deuxième comte de Gelves. On ignore la date exacte de sa nalssance; toutefois nous savons que son père avait fait son testament par devant Alonso de la Barrera, le 16 octobre 1539, et qu'il y avait ajouté un codicille, le 23 septembre 1543'; d'autre part il résulte d’un acte signé par la mère de don Alvaro devant le même notaire que don Jorge était mort en 1543 et qu'à ce moment son fils était âgé de onze ans”. Don Âlvaro serait donc né, selon. toute apparence, en 1592. D'ailleurs le 2 novembre 1553, 1l passait, en vertu d'une autorisation royale, par devant le notaire Alonso de Cazalla un acte” dans lequel il déclarait qu'il & élait âgé de plus de vingt ans et de moins de vingt-cinq ». Bien que cette formule consacrée ne soit peut-être pas d’une rigoureuse exactitude. elle concorde cependant parfaitement avec la date de 1532 qui donnerait vingt et un ans à don Âlvaro en 1553.

Comme on vient de le voir, don Alvaro devint

1. Je dois ces renseignements, ainsi que les copies des actes de 1553 et 1559, à l'amitié de M. Rodriguez Marin qui m’a généreusement autorisé à profiter de ses découvertes dans les Archives de Séville.

2. (Archivo de protocolos de Sevilla. Oficio I. Alonso de la Barrera, cuaderno de tutelas de 1543.)

3. « D. Carlos ÿ Da Juana... por cuanto por parte de vos. D. Alvaro de Portogal conde de Gelves gentilhombre de la boca del serenissimo prençipe don Felipe nuestro muy caro e muy amado nicto e hijo... nos ha sido fecha relacion que vos fuystes en serviçio del dho serenismo principe en la jornada quel año pasado de 1548 hizo a ytalia alemanya y flandes donde estuvistes hasta su vuelta a estos rreynos que fue el año pasado de 1551 e que para los gastos que en la dha jornada hezistes tomastes a cambio 6 000 ducados... y para pagarlos..…., ete. (Suit une autorisation de prendre une hypothèque sur ses biens propres pour payer ces dettes.) Valladolid. 31 agoslo 1993.

Don Alvaro constitua cette hypothèque le 2 novembre 1553 et déclara être à ce moment « mayor de 20 años y menor de 25. » (Escribania de Cazalla ofo 15, libro 20 de 1553, folo 968.)

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deuxième comte de Gelves en 1543 : les armes de Gelves étaient: d'argent, à la croix de saint André de gueules, accompagnée de cinq écussons des armes de Portugal, dont un en abime. Il était seigneur de Gelves et de Villanueva de Aliscar, «alcaide mayor de los reales alcaçares de Sevilla » et & Almirante de Indias » ; tout au moins prit-il ce dernier titre, qui lui fut toujours contesté, à la mort de Luis Colén, Il° duc de Veragua et III amiral des Indes, décédé sans succession légitime. C’est comme descendant d'Isabel Colén, fille du premier duc de Veragua, qu'il y prétendait. Les divers compétiteurs engagèrent un long procès qui se termina par l'attribution du duché de Veragua, en 1606, à D. Nuño Colén y Portugal, quatrième duc de Veragua et cinquième amiral des Indes, second fils de don Alvaro de Portugal Il° comte de Gelves”. Nous avons vu que, le 2 novembre 1553, le jeune comte de Gelves réglait certaines dettes : elles résultaient du voyage qu'il avait effectué en compagnie de l'infant don Philippe, de 1548 à 1551, en Italie, en Allemagne et en Flandre, à titre de gentilhomme de la bouche de ce prince *. Ce voyage, destiné à montrer aux peuples qu'il devait gouverner un jour, l'héritier de Charles-Quint, fut l'occasion de fêtes splendides dont Calvete de Estrella fut le scrupuleux historiographe. Aussi que de dépenses ne dut pas faire le jeune don Âlvaro qui n'avait encore que seize ans, depuis le 2 novembre 1548, où il s'embarquait

1. Cf. Sousa (D. Antomio Caetano de). Historia genealogica da casa real Portugueza, tome X. Livre IX, ch. 11. De Don Alvaro de Portugal Conde de Gelves, p. 457. d

2. Cf. Calvete de Estrella. Æl Felicissimo viaie del muy alto y muy poderoso Principe Don Phelippe, Hijo d’ei Emperador Don Carlos Quinto Maximo, desde

España à sus tierras de la bawa Alemania, etc. Anvers. Martin Nucio, 1952.

LEUToSS

joyeusement à Rosas sur la galère patronne” de Sicile, avec don Juan dé Saavedra, don Carlos de Arellano, don Diego Lôpez de Züñiga fils du duc de Béjar, jusqu'à son retour, trois ans plus tard! Il était difficile de ne pas s'endetter quand on était contraint de tenir son rang dans les Joutes, tournois ou carrousels qui se donnaient sous les yeux du futur monarque. ;

C'est à Milan, le jour des Rois de 1549, À un jeu de cannes donné pour clore les fêtes et auquel le comte de Gelves prend part « revêtu d’un caban de velours jaune, avec un manteau de damas inçarnat orné de passements d'or?

C'est à Gand un autre jeu de cannes, où il paraît le 15 juillet, &« avec un caban de velours cramoisi et de peluche blanche et incarnat, portant des galons d'argent et de soie violette et un capuchon semblable, coiffé d'une toque blanche à la mauresque, garnie de passements d'argent et violets, avec un manteau de damas blanc et cramoisi, une flamme blanche à la pointe de sa lance”. » Le soir même il prend part à une mascarade organisée par don Juan Pimentel ; comme il était encore imberbe, le jeune Âlvaro y figura sous un déguisement féminin, parmi les dix

1. On appelait patrona la galère montée par les lieutenants immédiats du chef de la flotte qui s’embarquait lui-même sur la capitana.

2. € El Marques de Pescara entrd luego, y con el el Conde de Gelves, el Marques de Falces, don Pedro de Auila, don Diego de Acuña, don Bernardino Manrrique de Salamäca, don Luys Mendez de Haro, Gutierre Quixada, co marlotas de terciopelo amarillo y capellares de damasco encarnado cü rapazejos de oro. » (Calvete de Estrella, op. cit., p. 32.)

3. La cuadrilla était guidée par Antonio de Züñga, et les cavaliers étaient « vestidos de marlotas de terciopelo carmesi y de felpa bläca y encarnada co cordoncillos de plata y seda morada, y caperuças de lo mismo, co tocas blacas à la Morisca guarnecidas de rapazejos de plata y morado, cô capellares de damasco blanco ÿ carmesi, y con väderillas blacas en las lanças. » (Calvete de Estrella, op. cit., p. 111.) =

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dames allemandes qui faisaient vis-à-vis à autant de cavaliers allemands : (il portait une jupe de velours noir, garnie de six lés de toile d'argent et d'or ainsi que le dessus de jupe, et un tablier blanc de fin tissu d'argent, avec écharpe de tissu d'or, ceinture d'argent et cordelière avec bourse de toile d'argent ; il était coïffé de cheveux tressés à l’allemande et d'une toque de velours noir garnie de passements d'argent et ornée d’une garniture de plumes jaunes, blanches et noires". »

A Bins, où l'infant arrive avec l’empereur et est reçu par la reine Marie de Hongrie, le jour dela Saint-Barthélemy, don Alvaro parait dans un tournoi à pied, « vêtu de velours bleu avec des bandes de satin blanc formant damier, semé de roses d'or dans les carrés brodés d'argent ?. »

A Bruxelles, dans un divertissement, il se montre encore sous un costume féminin, parmi les six nymphes qui accompagnaient les dieux, avec don Pedro de Âvila, don Rodrigo Manuel, don Pedro de Velasco, don Diego de Cérdoba et don Luis Zapata: Q ils avaient des robes de toile d'or incarnat, la poitrine et le dos recouverts d’é-

1. Don Juan Pimentel, le comte de Castañeda et Antonio de Züñiga étaient aussi déguisés en Allemandes « con sayas de terciopelo negro guarnecidas de seis tiras de tela de plata y oro, conforme a los manteos, y auantales blancos de telilla de plata con faxas de telilla de oro, cintas de plata y

: cordones con bolzas de tela de plata, los tocados hechos de cabellos trençados à la Alemana con gorras de terciopelo negro guarnecidas de passamanos de plata Ilenas a la redonda de plumas amarillas, blancas y negras. » Calvete de Estrella, op. cit., p. 111P.)

2. «… entr don Alvaro de Portugal, Cüdede Gelues con cinco Caualleros, do luan de Saauedra, don Garcia de Ayala, don Pedro de las Roeles, don Martin Cortes, do Carlos de Arrellano, todos muy galanes co seys padrinos, yuan de terciopelo azul con vnas listas de raso blanco, que hazian todo el vestido rexado con vnas rosas de oro en los quadros bordados de tela de plata, y quatro pifaros y atambores ; tornearon todos con mucho ardid de solas picas

y espadas. » (Calvete de Estrella, op. cit., p. 187.)

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