‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 42 sur 147 · BRU · texte numérisé non relu

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Dans la préface qu'il écrivit pour l'édition que Pacheco donna des poésies de Herrera en 1619, Francisco de Rioja se borne à dire que « la personne célébrée par le poète fut une très grande dame de ces royaumes‘ qu'il appelle tantôt Lénieié Étoile, Feu, Astre et Sirène, tantôt Aglaé, ce qui veut dire Splendeur, ou Éliodora, ce qui est la même chose que & présent du Soleil ». Il est clair que, si Rioja ne cite pas le nom de la personne que chantait Herrera, il n'en résulte pas qu'il l'ignore : mais, en 1619, le second fils de don Âlvaro et de doña Leonor, don Nuño Colôn vivait encore ; il eût été véritablement incorrect et même imprudent de médire ainsi de ses parents.

Ce ne fut donc pas une «Iris en l’air », comme à beaucoup de ses contemporains, mais une femme qu'il eut l'occasion de rencontrer souvent soit à Gelves, soit à Séville, qui inspira au poète cet amour dont il ne cesse de se présenter comme la déplorable victime.

Cet amour fut-1l platonique, comme le pensent une partie des admirateurs de Herrera ?, faut-il au contraire réaliste comme le pensent quelques’ autres ? On en sera naturellement toujours réduit aux conjectures: Cependant les premiers peuvent s'appuyer sur l'affirmation de Pa-

i recato no se pudo saber) es cierto que los dedicd à dofa Leonor de Milan Condessa de Gelves, nobilissima 1 principal Señora, éomo lo manifésta la Cancion V. del HP segundo qué yo saque À À luz año 1619. que comiença ; Esparze en estas flores. la cual con aprovacion del Conde su marido aceto ser celebrada de tan grande ingenio. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera.) La Cancién est li Le de l'édition de 1582. <

1. « De la persona que celebra, solo podré dezir a V. Señoria, que fuc üuna Señora-mui principal destos Haies a quien Îlama unas’vézes, Lu, Estrella, Lumbre, Luzero, ï Serena, otras Aglaia, que quiere dezir Esplendor, 1 Eliodéra, que es lo mismo--que dones: del- Sol. >» (Préface de Rioÿa à l'édition de 1619.) ARE NN EE :

checo, qui prétend’ que Herrera vécut & sans causer de tort à personne et sans donner de mauvais exemples, » et sur la déclaration de Francisco de Rioja qui dit* n'avoir pas à parler de « la pureté et de l'honnêteté avec laquelle il célébra sa Luz, tant en raison de ce que l’on sait de cette intrigue que de ce qu'il dit lui-même à plusieurs reprises, dans ses œuvres, de son amour qu'il appelle tantôt honnèûte et saint, tantôt divin et saint. » Les autres citeront le vers si rempli de passion de l'Élégie IX du livre I de 1619. « Maintenant ma douleur est passée, maintenant je sais ce qu'est la vie. »

Ya passd mi dolor, ya sè qu’ es vida. (v. 10.)

Dans les œuvres de Juan de la Cueva, dont l'admiration pour Herrera n’allait pas, semble-t-il, sans une secrète hostilité, on trouve un curieux sonnet qui paraît bien convenir à notre poète : il est adressé, Q à un galant qui poursuivait une entreprise impossible et de grand risque pour son honneur et pour sa vie. » @ Si Le hibre amour, disait Cueva, vous aide et vous pousse à poursuivre une entreprise si incertaine, où le moins est d’être difficile et dangereuse sans recours pour l’audacieux, considérez en homme sage, avant que vous emporte cette fureur que rien n'arrête, qu'une force puissante est contre vous, et la plus grande, celle qui se doit à l'honneur. Hercule ni Thésée n'ont rien entrepris sans espoir d’une victoire qui donnât, en récompense du danger, honneur et gloire.

I. € VIVIO Sin hazer injuria à alguno, i sin dar mal exemplo. » (Pacheco. Libro de Retratos. Eloge de Herrera.)

2. « En la pureza de afectos, à virtud con que la celebrô no sera necessario hablar, assi por lo que se sabe deste caso, como por lo que el dize varias vezes en sus obras, de su amor, que unas vezes lo Ilama onesto i santo, i otras divino i santo. » (Préface de Rioja à l'édition de 1619.)

Mais vous, au contraire de ce qu'ils firent, vous aimez ce qui déshonore votre gloire, et, au lieu de vous rendre glorieux, vous rend infâme!'. »

Il est clair, en eflet, qu'en élevant ses regards jusqu'à une aussi grande dame, pauvre Q ver de terre amoureux d'une étoile », l’humble bénéficier s'exposait à de très grands dangers, dont le moindre était peut-être d’avoir affaire au Saint-Office. Aussi est-il assez naturel que rien, dans les œuvres de Herrera, ne soit assez caractéristique pour mettre sur la trace de la vérité. Le nom de Luz qu'il avait adopté de préférence, sans doute parce qu'il commençait par l’initiale de Leonor, était communément employé par les poètes du temps pour désigner leurs maitresses, et, détail piquant, il est adopté par le comte de Gelves lui-même, si l’on en juge par le sonnet que lui adressait Juan de la Cueva et que j'ai cité plus haut, en parlant de la jalousie dont Leonor avait fait preuve. Le mystère dont s’enveloppait Herrera donnait même lieu à des rencontres assez surprenantes. C'est à la suite d’une expédition militaire à laquelle don Âlvaro avait pris part que Herrera lui disait : « Seigneur, si la douleur que J éprouve sort jamais de ma mémoire, si l'oubli ensevelit la triste histoire qui fut la cruelle occasion de ma soul-

1. &a un qalan que séquia una pretencion impossible i de gran riesgo ul onor t a la vida ete. — Si el libre Amor os facilita i mueve ä seguir una empresa tan dudosa, — dond’ es lo menos ser dificultosa, — 1 el riesgo sin reparo al que se atreve. — Mirad como prudente antes que os Ileve — esse furor (que no repara en cosa) — que os repugna una fuerça poderosa, — i la mayor, la que al onor se deve. — Hercules ni Thesseo no emprendieron cosa, sin esperança de vitoria, dandole en premio al riezgo onor, i fama. — Mas vos, vays al contrario qu’ellos fueron, — que amais lo que deslustra vuestra gloria, — i en lugar de afamaros, os infama. » (OEuvres manuscrites de Juan de la Cueva — Bibliothèque Colombine, Z 133-4Q. Sonnet 172,

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