CHAPITRE II
Les amis De Herrera. — Juan de Malara (1525-1571); son Académie et son Musée. — Diego Girén (?-1590). — Francisco de Medina (1544-1615), et son élève le Marquis de Tarifa (1564- 1590). — Le chanoine Francisco Pacheco (1535-1599). — Frey Agustin Salucio (vers 1594). — Fray Juan de Espinosa (1595- 1598). — Pablo de Céspedes (1543-1603).
Herrera eut en effet beaucoup d'amis dont les noms nous ont été transmis par Pacheco ou par le poète luimême, qui leur adressa des poésies que nous pouvons lire aujourd'hui dans ses œuvres ou qui cita leurs propres compositions, avec éloges, dans son Commentaire sur Garcilasso, véritable épitomé des poètes sévillans de son temps. Il est remarquable que tous appartenaient aux catégories sociales les plus élevées : ce sont des professeurs, des ecclésiastiques. des érudits, des médecins, des administrateurs ou même de grands seigneurs que nous allons rapidement passer en revue: monde raffiné, un peu fier et inaccessible aux pauvres hères comme Cervantès, qui n'eut jamais l'honneur d’être cité par Herrera, bien qu'il ait vécu à Séville * à la même époque et qu'il ait assez admiré le chantre de Luz pour avoir célébré sa mort dans un
1. Cervantès était en 1587 de retour à Séville, où il séjourna quelque temps avant d'obtenir la charge de commissaire du roi sous les dorres du provéditeur des galères Antonio de Guevara.
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sonnet qu'il regardait, nous l'avons dit, comme une de ses meilleures productions.
Au premier rang de ces amis 1l faut nommer le Marsrro Juan DE Marara dont Pacheco, dans son Livre des Portraits, nous a retracé la singulière figure : barbe en pointe, lèvres fortes et découvrant les dents, nez long, mince et busqué, physionomie pleine de douceur et d’esprit.
Juan de Malara ou Mal-lara était né à Séville en 1527!
il était, nous dit Pacheco, fils d’un peintre connu*. PE avoir fait ses études de grammaire au Collège de San Miguel sous la direction du Maestro Pedro Fernändez, dont il rappelle avec émotion le souvenir au début d’un de ses ouvrages ”, il était entré comme page au service des neveux du cardinal Jofre de Loaysa et les avait accompagnés à Salamanque, puis à Alcalä, où il resta dans l'intention de se consacrer à l'étude du droit qu'il abandonna bientôt pour celle des lettres ; désireux de s’y perfectionner, il se rendit à Barcelone où 1l reçut les leçons d’un « Français éminent ‘ », dont malheureusement le nom nous est in-
1. M. Rodriguez Marin (Cf. Barahona de Soto, p. 153) suppose que le portrait publié en 1567 en tête des Scolies d’Aphthonius,.et qui porte l'inscription : “Ætalis meae XLII anno, prouve qu'il est né en 1525. Mais pourquoi ce portrait ne serait-il pas antérieur de deux ans à Ja publication des Scolies > D’ailleurs Pacheco, dans son Libro de Retralos, déclare qu'il mourut en 1571 à l’âge de quarante-quatre ans.
2. « De los Malaras, gente onrada 1 limpia, naturales de Alcaçar de Consuegra, deciende el Maestro Juan de Malara.….. hijo desta Ciudad Rene 1 de un pintor de opinion della, donde estudio Gramatica, oyendola en San Miguel del po Pedro Fernandez. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Malara.)
3. « Comencé mis estudios de gramätica latina y griega, debajo Ja instruccion del muy honrado maestro Pedro Fernandez, clérigo y presbitero, de cuya escuela salieron tantos doctores y macstros como en “A villa hay, siendo padre de los buenos ingenios de esta fnclita ciudad. » (Malara cité par Ângel Lasso de la Vega y Argüelles dans son Escuela poélica sevillana.)
4. cdlego Het Barcelona. donde las oyo [las letras humanas] de un insigne sugeto de Nacion Frances. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Malara.)
connu. Il y séjournait encore en 1040 À. lorsqu'il fut choisi comme précepteur du baron de la Laguna; il retourna bientôt à Salamanque où 1l entra comme répétiteur chez le fameux Leôn de Castro: il s’y trouvait en compagnie de Francisco Sänchez de las Brozas, qui devait s’illustrer sous le nom de Brocense, et d’autres érudits. Mais l’âge et la pauvreté de ses parents le contraignirent à revenir à Séville; 1l y ouvrit d’abord une école de grammaire, puis s’associa au Maestro Medina que l’on surnommait « le Grec » et qu'il remplaça quelque temps dans sa chaire. Il ne sera pas inutile de signaler en passant que ce Maestro Medina est un personnage différent du Maestro Francisco de Medina, futur ami de Herrera et qui fut pendant deux années l'élève de Malara. I finit enfin par s'installer à la Laguna qui devait plus tard, en 1574, être transformée en une vaste promenade appelée ia A/ameda et qui existe encore aujourd'hui. IL est intéressant de remarquer qu’en 1548 il était déjà de retour à Séville * et qu'il y suivait les cours d'Artes au Collège de Santa Maria de Jesüs ou Collège de Maese Rodrigo : il n'est pas invraisemblable qu'il ÿ ait connu Herrera, malgré la différence d'âge considérable qui les séparait, et que ce soit là l’origine de leur amitié.
Une fois de retour, Malara ne s'éloigna plus guère de Séville, si ce n’est pour se rendre à Madrid * où il se trou-
1. Ïl dit en effet dans ses Scolies (fol. 18, verso): « Quod sic ego Barcinone carmine reddidi anno 1545 : Si quis purpureo gaudere rosaria Aoe » (Cité par M. Rodriguez Marin. Barahona de Soto, p. 152.)