Édition de 1582. Élégie 4, v
Peut-être même connut-il les tortures de la jalousie ; c'est ce que paraissent signifier les vers obscurs où il gémit & sur cette dure loi de l'amour tyrannique qui l’oblige à souffrir et à voir et lui montre de la main ce qu'il lui - défend de dire. Il en voit tant qu'il ne sait plus s'il doit le publier ou le taire ! »
; Dura ley de amor ürano que à sufrir 1 ver me obliga, 1 me mueésira por su mano lo que no quiere que diga !
Tanto veo que no siento si lo publique 6 lo calle' ...
Cependant les années passaient, l’âge venait. Herrera avait quarante-sept ans lorsque la mort fit disparaître le comte de Gelves en 1581: la maladie? vint à son tour frapper doña Leonor et faire pressentir à Herrera qu'il la perdrait bientôt : d’ailleurs tant de perfections et de grandeur n'étaient pas faites pour la terre, et Luz « aspirait au magnifique séjour où, désormais en sûreté, elle dédaignerait les aveugles coups du malheur” ».
Tan rara perfecion, tanta grandeza dessea arribar al rico assiento ; do segura desprécie’ 1 furor ciego*.
1. Controversia, p. 204. Redondillas XIL. Ces redondillas seraient de 1576 d’après le manuscrit décrit par Gallardo (loc. cit).
2. Le sonnet 47 de l'édition de 1582 semble bien faire allusion à une ma-
ladie de Luz.
3. Le comte et la comtesse moururent peut-être de la peste dont plusieurs cas furent constatés à Séville en 1581. Cf. Rodriguez Marin. Barahona de Soto, p. 542.
ñ. Édition de 1619. Livre IL. Élégie 10, v. 55, 62 et 63.
Doña Leonor mourait, comme nous l’avons vu, avant 1582, et Herrera chantait sa mort dans une élégie ! presque officielle, sous ce même nom d’Eliodora qu'il lui avait donné lors de son arrivée à Gelves, pleine de jeunesse et de santé. Mais ce n’est pas dans ce morceau d’apparat que la douleur du poète pouvait se donner carrière. La pureté et la profondeur de sa passion apparaissent mieux dans ce sonnet où dofa Leonor n'est pas nommée, mais apparaît transfigurée. « Belle âme, qui, sous le voile obscur de l'humanité, abritas un moment ton éclat, et qui, plongée dans l'oubli, gravement méconnue, y restas cachée sans pouvoir prendre ton vol ; maintenant, dédaignant notre terre, où le ciel te tint captive et t’épura de son feu dévorant, rompant tes liens mortels, tu vas à Féternelle paix, laissant la guerre sur la terre. Tourne vers moi ta lumière et, du haut du ciel, attire vers la vaste sphère de l'immortelle beauté, comme une vapeur qui monterait du sol, mon esprit accablé, qui soupire en vain pour fuir notre misère qui l'empêche de vivre avec toi dans la paix. »
Alma bella, qu’ en este oscuro velo cubriste un tiempo tu vigor luziente i en hondo i ciego olvido grave mente fuiste ascondida sin alçar el buelo ; Ya, despreciando este lugar, do el cielo l’ encerrd 1 apurd con fuerça ardiente ; 1 roto el mortal nudo, vas presente a eterna paz, dexando en guerra el suelo.
Buelve tu Luz a mi, 1 d’ el centro tira al ancho cerco d’immortal belleza, como vapor terrestre levantado