‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 59 sur 147 · Édition de 1582. Cancién II · texte numérisé non relu

Édition de 1582. Cancién II

mot con resonanle », à la gloire de don Juan d'Autriche qui avait écrasé la révolte des Maures de Grenade. C'était une pièce d’apparat qui témoignait encore d'une certaine gaucherie dans le maniement de la strophe.

IL est bien regrettable que nous ne connaïssions rien de ce poème tragique que Herrera avait intitulé les Amours de Lausino et de Corona'. Selon toute apparence c'était le récit, sous forme pastorale, de ses amours avec doûa Leonor : c’est ainsi que Cervantès dans sa € Galalea ». Lope de Vega dans son « Areadia», Jorge de Montemayor dans sa « Diana », nous ont laissé le souvenir, sous des noms de fantaisie, de leurs intrigues amoureuses. Or nous savons que le nom poétique de Herrera dans l'académie de Malara était Jolas”, et l’on ne peut s'empêcher de remarquer que les lettres de ce nom se retrouvent dans Lausino : la même observation peut se faire pour Corona, qui à l'exception de deux lettres reproduit le nom de Leonor, ou qui n’est peut-être qu'une allusion à l’auréole blonde des cheveux de la Comtesse (cerco dorado, cerco 1 corona). La façon dont se formaient ces noms poétiques était en effet fort arbitraire ; on ne poussait même pas jusqu'à l’anagramme ; une ressemblance partielle suffisait. C’est ainsi que j'ai cité un sonnet de Juan de la Cueva qui nous montre que le nom poétique du comte de Gelves était Albano, par analogie avec son prénom d’Alvaro.

1. « Acabd un Poema Tragico de los amores de Lausino 1 Corona. » Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera. — « Los amores que escrivio de Lausino i Corona... que än podido vivir, por ventura se estamparan con brevedad. » (Préface de Rioja à l’édition de 1619.)

2. M. Walberg dans son livre : Juan de la Cueva et son Exemplar Poético. Lund. 1904 (note 452, p. 104) a montré le DIRES que lolas était le pseudonyme de Herrera.

Il ne subsiste de ce poème que deux vers, cités par ‘ Francisco Pacheco dans son Art de la Peinture (Livre ITT, ch. xt, p. 476) : « Et l'or qui brillait sur son front ne couvrait pas encore sa joue empourprée, »

I el oro que en la frente reluzia La purpurea mexilla aun no vestia..

Il est singulier que Herrera n’ait jamais fait mention de cette composition dans son Commentaire. Faut-il, en revanche, considérer comme un fragment du même ouvrage les vers qu'il cite comme empruntés à un de ses poèmes intitulé Faustino? Ce Faustino n’est cité mi par Pacheco, ni par Rioja, ni par Duarte, ni par Maldonado ; Juan de la Cueva le connaissait cependant, puisqu'il en parle dans l'églogue V que j'ai citée plus haut. Je serais tenté de voir dans ce nom de F'austino une modification du mot Lausino faite par le poète pour dérouter la curiosité, alors que le titre véritable était bien Lausino, nous n’en saurions douter, puisque Pacheco avait eu le texte original entre les mains et songeait, comme Je l'ai dit, à le publier.

Quoi qu'il en soit, Herrera nous a conservé deux fragments de ce poème : le premier est une invocation à Vénus et fait allusion à l’aventure d'Héro et de Léandre : «Toi qui, portée sur l'Océan écumeux sur une conque, toute parée des perles de l'Orient et de tes blonds cheveux, as guidé dans la nuit obscure ce cœur ardent, au travers du large détroit où l'onde courroucée relentissait, vers l'endroit où la jeune fille attentive craignait la mer qu’il fendait en laissant derrière lui la barrière mugissante

des flots naufrageurs. »

Tu qu’en el crespo prelago Ilevada con la concha de perlas de Oriénte

1 de roxos cabellos esmaltada,

guiaste’n sombra oscura’ 1 pecho ardiente por la canal tendida, qu’alterada

con furor resonava ; a do presente

la irgen temio el ponto, 1 el cortando, dexù el naufrago claustro atras bramando .

Le second passage est une imitation des vers de Virgile (En. Il-v. 792-793).

Ter conatus ibi collo dare bracchia circum ; Ter frustra compressa manus effugit imago.

€ Puis il tendit les bras, tendit les mains par trois fois vers l’image fugitive ; trois fois, embrassant l’air en vain, il tenta d’embrasser cette ombre qui lui échappait. »

Tendio los braços luego, alçd la mano tres vezes a la imagen fugitiva, tres vezes abraçando el aire en vano ; provo abraçar aquella sombra esquiva ?.

Si l'hypothèse que j'ai précédemment émise de l'idenüité du Faustino et du Lausino est exacte, les deux vers cités par Pacheco seraient les derniers d’une des octaves dont le poème était composé, comme l'indiquent les deux passages conservés dans le Commentaire.

IL est probable que cette pastorale fut commencée par le poète peu de temps après l’époque où il devint amoureux, c'est-à-dire vers 1559 ou 1960; elle devait être terminée ou du moins fort avancée en 1580, lors de la publication du Commentaire sur Garcilasso.

Tous ces ouvrages étaient restés manuscrits et ne cir-

1. Oité dans le Commentaire sur Garcilasso à propos du sonnet 29, p. 202. 2. € Yo en el Faustino. — Tendio los braços, etc... » (Commentaire,

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culaient par conséquent que dans un public très restreint lorsqu'en 1572, encore sous l'enthousiasme qu'avait excité en lui la victoire de Lépante (7 octobre 157 1), Herrera publia son premier ouvrage sous le titre de Relation de la guerre de Chypre et de la bataille navale de Lépante : il le dédiait au duc de Medina Sidonia Alonso, Pérez de Guzmän ; à la fin du volume se trouvait un hymne dans le: quel Herrera célébrait la victoire en termes magnifiques et qui est un de ses plus beaux titres de gloire.

Cette relation fut écrite dans des conditions assez favorables, car Herrera put voir et entendré un certain nombre de ses compatriotes, qui avaient pris part à cette journée fameuse, lors de leur retour triomphal à Séville, quand la flotte victorieuse vint mouiller dans le Guadalquivir. Il se targue, dans sa dédicace au duc de Medina Sidonia, d’avoir consulté les différentes relations qui furent faites de ce grand événement et ne se flatte pas d’avoir satisfait tout le monde; d’ailleurs, ajoute-t-1l modestement, «ce petit ouvrage mérite plutôt le nom de courte relation que d'histoire, car je n'ai pas l'audace d’aspirer si haut et mes forces ne sauraient suffire au travail qu'exige une pareille entreprise. » Il n'avait pas encore l'assurance qu'il montrerait plus tard lorsqu'il trai-

1. Le titre exact de l'ouvrage est: Relacion | de la guerra de j Cipre, y sucesso | de la batalla Naual de | Lepanto | Escrito por Fernan | do de Herrera, dirigido al Ilustris | simo y Ecelentissimo Señor | d6 Also Perez de Guz | man el Bueno, Duque de Medina Sidonia | y Conde de | Niebla. | En Seuilla | Por Alonso Escriuano Im | pressor de Libros. | 1572. — C’est un in-8 sans pagination de 8 + g1 + 4 feuillets; au verso du roo€ feuillet commence l’Hymne à Lépante intitulé : « Cancion en Ala | bança de la diuina Magestad, | por la vitoria del Señor | don Juan. » — Privilège pour un an du docteur Espinosa daté de Séville, 20 septembre 1572. — Dédicace de Herrera au duc de Medina Sidonia. — Préface de Cristébal Mosquera de Figueroa. Sonnet de Pedro Diaz de Herrera. Deux octaves de don Félix de Ayellaneda à l’auteur,

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terait une seconde fois ce même sujet dans sa grande Histoire, malheureusement disparue, et déclarerait avec fierté, en 1590, que le récit qu'il y faisait de la bataille de Lépante avait toutes les qualités requises de l'histoire ".

C'était peu après la victoire de Lépante que dofa Leonor avait agréé l'amour de Herrera ; c'est à ce moment qu'il écrivait la belle élégie : &« No bañes en el mar sagrado 1 cano. » Il semble que la certitude qu'il était aimé fut pour le poète un singulier stimulant; son activité va désormais se donner carrière; c’est pour Herrera la période de la maturité : il a trente-huit ans et, pendant les huit ou dix ans qui vont s'écouler, l'inspiration et l’habileté technique ne vont plus lui faire défaut. S'il écrit dès la première nouvelle de la victoire le sonnet*® : « Hondo ponto que bramas alronado, » ce n’est que dans le courant de l’année 1572 qu'il compose son ode magnifique sur le triomphe des armes chrétiennes ; et vraiment la différence est grande entre cette poésie religieuse et sublime et les grandes machines mythologiques, froides et maladroites par lesquelles 11 saluait, un an auparavant, la répression de la révolte des Maures par don Juan d'Autriche.

Puis vient l'élégie sur la mort du fils du duc de Béjar : « Luego qu'el pecho me hirio el esquivo* », dont je n'ai pu fixer la date, mais qui est antérieure à 1580 puisque les beaux vers 73-90, qui y sont introduits à la mémoire de

1. « En ella [il s’agit de la grande Histoire de Herrera] repetia segundo vez la batalla Naval, i preguntado porque ? respondio que la impressa era una relacion simple, i que esta otra era istoria, dando a entender que temia las partes i calidades convenientes, » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera.)

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