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Il est intéressant de remarquer que dans tout ce passage, qui n’est en somme qu'une simple traduction de Scaliger, ce dernier n’est pas cité’. Sur ce point l'adversaire de Herrera avait beau jeu.
Prete Jacopin raille encore ses prétentions à la distinction, son dédain pour tout ce qui est « vulgaire». «Que ce mot doit vous plaire ! lui dit-il ; vous l'avez sans cesse à la bouche !* ».
Enfin, dans sa pétulance, 1l s'emporte jusqu'aux plus grossières invectives ; 1l lui rappelle la fable de l'âne qur s'était revêtu de la peau du lion, et lui déclare, sans autre préambule, que la publication du commentaire sur Garcilasso à fait connaître à tous que le Divin Herrera n’étaitqu'un âne”. Puis, après avoir essayé fort habilement de le séparer deses amis Francisco Pacheco, Diego Gi-
1. Je citerai encore comme de simples traductions de Scaliger les articles du Commentaire sur l’amplification (p. 307 du Commentaire — Livre III, ch. xuvi de Scaliger) ; l’anadiplosis (p. 578 du Commentaire — Livre IV, ch. xxx de Scal.) ; l’antithèse (p. 133 du Comment. — Livre IV, ch. xuix de Scal.) ; l’hendiadys (p. 555 du Comment. — Livre IV, ch. xxix de Scal.) ; l’hyperbole (p. 133 du Comment. — Livre IIE, ch. zxxiv de Scal.) ; l’ironie (p. 577 du Comment. — Livre III, ch. 1xxxv de Scal.) ; la suavité (p. 43 du Comment. — Livre IIE, ch. x1 de Scal.) ; le chiasme (p: 108 du Comment. — Livre IV, ch. xxxvirx de Scal.).
2. « O como os deve contentar este vocablo vulgar, pues no se os cae de la boca ! » (Prele Jacopin, XXIII, p. 35.)
3. Je transcris ici la fable tout entière pour donner idée du ton primesautier de don Juan de Velasco : « No podeis pensar lo que aveis errado en sacar este vuestro Cartapacio, porque realmente os a acontecido lo que 4 aquel Asno de Esopo : (No os escandalice el nombre, ni os canseis de oyr la fabulilla.) Vistiése un Asno, Sr Herrera, de la piel de un Leon, y con esto andava espantando los otros animales ; mas descuidose un dia, que no debiera, y rrozn6, lo qual oÿ6 la Raposa ; por donde fué conoscido el desventurado por Asno, y con mucha vergüenza suya. Assi vos antes de escribir aviades hurtado un pellejo de Leon con que espantäbades el mundo, que era el nombre del Divino Herrera, mas como roznastes en este libro, dice
ya la Raposa que sois Asno, y no Leon. ; Mas os valiera callar ! » (Prete Jacopin, XX VIL, p. 39.)
rôn, Francisco de Medina, qui avaient collaboré à son œuvre, et qu'il cite avec éloges comme étant fort estimés à Burgos, il termine en félicitant ironiquement Herrera d'avoir montré qu'il était un homme vraiment universel, « poète héroïque, censeur sévère, grand astrologue, docte philosophe, insigne par son éloquence, habile grammairien, grand imitateur des dépouilles sacrées de la vénérable antiquité, éminent ‘traducteur, insigne cosmographe, exact dans ses comparaisons, grand investüigateur des vertus naturelles, pénétrant dialecticien, et enfin fameux peintre ; car, dit:l, outre qu'en certain endroit vous avez traité de la théorie de cet art, découvrant à tous la perfection des lointains, des ombres, des raccourcis, des reliefs et autres finesses, vous avez montré que vous saviez les mettre en œuvre par beaucoup de caractères grecs, que j'ai vus dans vos œuvres; car, à y bien regarder, Sr. Herrera, tracer des lettres inconnues, c'est peindre, et non écrire”. »
Herrera, en effet, avait eu l’occasion d'employer quelques mots grecs dans son commentaire, mots isolés d'ailleurs et quine permettent pas de juger de sa science d'helléniste, d'autant plus qu'il lui était facile de se reporter au
1. « Pues para acabar, Sr Herrera de todo lo passado se saca, que sois heréico poeta ; severo censor, gran astrélogo, docto philésopho, señalado en la eloquencia, diestro grammätico, gran imitador de los sagrados despoxos de la veneranda antigäedad, eminente en traduzir, insigne cosmégrapho, propio en comparaciones, gran averiguador de virtudes naturales, acérrimo dialectico, y por acabar tambien os aveis mostrado en vuestro Libro famoso Pintor, por que ademäs de tratar en cierta parte de la theoria desta arte, descubriendo la perfection de los lexos, sombras, escorzos, relieves ÿ otros primores, aveis mostrado que las sabeis poner en obra en muchos caracteres, Griegos, que 6 visto en vuestras obras : porque si bien lo mirais, Sr. Herrera, hazer letras que no se conocen, pintar es, que no escrebir. » (Prete Jacopin, XLVI,
Thesaurus d'Henri Estienne paru en 1572. Mais cette alfectation d’érudition, qui peut nous faire sourire, semblait une sorte d'imperlinence à don Juan de Velasco qui, pour terminer, souhaite à son adversaire ce qu'Ovide . souhaitait à son ami Ibis' et tous les biens que Merlin Coccaie attribue à l'action de Saturne.
Le succès de cette satire fut très grand ; le nom et la situation de l’auteur, que personne n'ignorait, et que ses alliances mettaient en rapport, comme nous l’avons vu, avec les grands personnages chez qui fréquentait son adversaire, la jalousie qu'avait pu susciter Herrera par son talent, les antipathies que lui valait sans doute sa réserve un peu dédaigneuse, contribuèrent à répandre ce pamphlet, qu'une âme charitable ne tarda pas à faire parvenir aux mains du poète”. Celui-ci se laissa emporter par la colère, et d’ailleurs se sentit touché par quelques-unes des censures qu'on lui adressait. Son fidèle panégyriste Pacheco nous apprend qu'à cette critique, « st éloignée de la candeur de son âme », le divin Herrera répondit doctement* ; le licencié Juan de Robles, dans un passage cité plus haut de son Cullo Sevillano, donne précisément comme un exemple de spirituelle polémique la réponse que Herrera fit au pamphlet du Prete Jacopin.
Cette réponse est restée longtemps inconnue, ce
1. Le petit poème d’ « Ibis » est consacré tout entier par Ovide à d’interminables imprécations contre un de ses ennemis. (Cf. Prete Jacopin. Observation XLV, p. Gr.)
2. «en tres Apoloxias vucstras, vna que trajo en vuestro nombre vn maestro escuela de Berlanga, y otra que se enbi6 de Barzelona 4 esta ciudad, quando passé 4 Näpoles el duque de Osuna, y la ültima que se trasladé en Roma, las quales he visto etc. . » (Réponse de Herréra, XI, p. 108.)
3. « CGontra ellas [les Anotaciones] salio una Apologia (agena de la candidez de su animo) a que respondio doctamente. » (Pacheco. Libro de Retratos. Eloge de Herrera.)
qui semble prouver qu'elle n'eut pas un succès comparable à l'attaque du comte de Haro. N'est-il pas d’ailleurs toujours plus difficile de se défendre que d'attaquer ? On n'en connaît qu'un exemplaire unique qui se trouve inséré à la suite du Prete Jacopin dans un manuscrit .de la fin du xvi* siècle ou du début du xvu° conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid (ms. 9841. Ee. 114). C'est une copie fort défectueuse qui, à parür de l’observaton XXXV, devient presque inintelligible : elle porte le titre suivant : («Al muy Reverendo Padre Prele Jacopin, Secretario de las musas », sans indication du nom de l’auteur'.
On peut se demander si c’est bien la réponse dont parlent Robles et Pacheco. Mais les contemporains ne mentionnent pas d'autre riposte adressée à Prete Jacopin, et d'autre part, le ton violent avec lequel l’auteur parle à son adversaire, la façon dont il lui déclare qu'il va prendre la défense de son ami Herrera, et que « s'il s’écarte un peu du respect qu'il lui doit, ce n'est pas par goût des insolences, mais pour profiter d’un droit reconnu à tous ceux qui répondent aux grossièretés dont on use à leur égard ou à
l'égard de la personne qu'ils représentent * », semble bien convenir à un homme irascible et exaspéré comme devait l'être le poète.
Mais il est une autre preuve plus décisive: dans son
1. Elle a été imprimée dans la Confroversia sobre las Anotaciones, en 1870, par les Bibliophiles andalous, malheureusement d’une façon peu exacte.
C'est à cette édition que je me refère, tant pour les citations de Prete Jacopin, que pour la réponse de Herrera.
2. Qi si en esto me desuiare algun tanto del respeto que se deue a vuestra persona, no creais que es gana de dezir libertades, sino licencia concedida 4 quien responde 4 los descomedimientos que se usan con él, 6 con la persona que representa, » (Réponse de Herrera, p. 65.) . Ë
Arte de la Pintura Pacheco déclare « n'avoir pas assez de prétentions (comme a dit de soi Fernando de Herrera) pour contester ce qu'a remarqué (chez lui-même d’abord, et ensuite chez les autres) celui qui a dit que se tromper est le fait de l'humanité ». Or cette phrase se retrouve textuellement dans la Réponse dont nous parlons. « Et en vérité, dit l’auteur anonyme, il a bien justement remarqué chez lui d’abord et ensuite chez les autres, combien nous sommes tous sujets à l'erreur, celui qui a dit que se tromper est le fait de l'humanité”. » Ce simple rapprochement montre sans conteste que le manuscrit de Madrid renferme bien la riposte du poète.
Cette réponse, fort curieuse, répond point par point aux critiques du Prete Jacopin : quarante-cinq chapitres réfutent les accusations portées dans les quarante-cinq chapitres de don Juan de Velasco : mais l’auteur prend un ton solennel et pédant qui paraît fastidieux après les plaisantes sailles de Prete Jacopin : il est trop long : sa réplique est d’un tiers plus développée que le pamphlet de don Juan.
Pacheco se porte garant de la candeur* du poète, qui se défend énergiquement d’avoir eu la moindre arrièrepensée en commentant Garcilasso. € Lorsque, dit l’auteur de la réponse, Herrera lut dans les observations de Prete
1. « Porque no presumo tanto (como dixo de si Fernando de Herrera) que niegue, lo que consideré (en si primero i despues en los de mas) el que dixo que no acertar es de cualquiera de todos los ombres. » (Arte de la Pintüra. Livre IT, chap. 11, p. 192.) — « i verdaderamente que consideré en si primero, i despues en los demäs bastantemente cuan fâciles somos todos al error, quien dixo que no acertar es de qualquiera de todos los ombres. » (Réponse de Herrera, p. 156.)
2. «contra ellas salio una Apologia (agena de la candidez de su animo) à que respondio doctamente, » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera.)
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Jacopin, qu'on lui reprochait d'être envieux, il se mit à nuire et regarda son censeur comme un homme de mauvais jugement et de mauvais esprit, car jamais il ne connut ce vice. » (1 quando Ileg6 4 leer en esta censura que lo notavades de imbidioso, se ri6 de bos y os tuuo por ombre de mal juicio y mal änimo, porque Jamäs conocl ese viclo'. »
Mais son rire dut être un rire forcé; on s’en aperçoit à l’amertume du ton qu'il emploie, aux injures grossières auxquelles 1l n'hésite point à s’abaisser, aux sarcasmes qu'ilse permet à propos des défauts physiques de son ennemi qu il raille, à plusieurs reprises, sur sa petite taille ?. Toutes ces invectives, si elles ne témoignent pas d’un esprit bien fin n1 bien souple, montrent avec évidence que le poète se trouvait mal à son aise dans la satire, comme on pouvait l’attendre d’un homme habituellement doux et bienveillant pour ceux qui l’approchaient. Mais il est fâcheux qu'il n'ait pas mieux justifié les termes dont il se servait pour clore sa réponse, lorsqu'il déclarait que, & pour les impertinences et les insolences qu'avait dites ou écrites le Père Prete Jacopin, au nom de Fernando de Herrera, il les pardonnait facilement ; car en tout ce qui n’est que grossièreté et injures de cette espèce, il savait que Herrera préférait être vaincu que vainqueur,