‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 68 sur 147 · Réponse de Herrera, p · texte numérisé non relu

Réponse de Herrera, p

2. « Conozeis en bos mucha erudizion, hallais os con yngenio y prudenzia, qual no se puede descar ; (abeis de tener enzerrado y catibo todo esto en cuerpo tan pequeño).» (Réponse de Herrera — Préface, p. 67.) — « En bos se confirma lo que se dixo de vn ombre pequeño de cuerpo y buenas calidades, que era buen escriuano, buen muüsico, bien hablado y de buenas partes, pero que todo era ruin, y asf como 4 tal os dexo. » (Ibid, XLV, p. 156.) — « Soys muy pequeño para contrario de tantos. » (Ibid., IT, p. 82.)

Le” 174. =

quand ce serait avec toutes les louanges a. peut s'atlirer en pareille matière”. »,

Les rieurs ne furent sans doute pas du eôté de Herrera qui se trouvait d’ailleurs en présence d’un adversaire insaisissable. Quant au Commentaire sur Garcilasso, 1l ne put que gagner à cette polémique qui le signalait au public. Il est à remarquer que Cervantès, dont nous avons déjà signalé l’admiration pour Herrera, possédait évidemment à fond cet ouvrage, comme le témoignent les phrases qu'il lui emprunta pour écrire la préface de son don. Quichotte ?

Mais Prete Jacopin avait lancé à son adversaire un reproche qui dut lui être particulièrement douloureux : « En

1. « Las descortesias y hibértades que a dicho y escrito el Padre Prete Jacopin, io en nombre de F. de H., perdono fäâcilmente, por que en todo lo que no tiene otra cosa que descomedimiento i injuria deste género, sé que él quiere antes ser vencido que venzer, aunque sea con toda la alabanza que se puede usurpar en estas cosas. » (Réponse de Herrera, XLV, p. 157.)

2. Je donnerai ici les passages de la dédicace de Herrera au marquis d’Ayamonte dont Cervantès semble s'être souvenu dans sa dédicace du don Quichotte au duc de Béjar.

Déprcace pu COMMENTAIRE. Déorcace pu Don Quicnorre.

..merecedor por la dimdad del su- En fe del buen acogimiento y

geto del buen acogrmiento1 onra, con que favorece V, Ecenlecia todas las obras de ingemo.

Bien es verdad que esta se halla desnuda de aquella eleganaa 1 erudicion que suelen tener las que se cran en las casas de los ombres, que saben.…

..pues no confemendose en los hnutes de m1 inoranca... que son los que condenan con mas rigor 1 menos ” justiaa los errores agenos.

honra que hace Vuestra Excelencia à toda suerte de libros como principe tan inclinado 4 favorecer las buenas artes.…

. aunque desnudo de aquel precioso ornamento de elegancia y erudicién de que suelen andar vestidas las obras que se componen en las casas de los hombres que saben…

..que no conteniéndose en los limites de su ignorancia, suelen condenar con més rigor ÿ menos justicia los trabajos ajenos..

(Édition Clemencin, 1894.)

vérité, lui disait-il, il n’est pas étonnant que vous ignoriez tout cela, puisque vous n'avez jamais été amoureux : car si cette affection vous avait atteint, il est impossible qu'elle n'eût pas limé ce grossier génie, puisque c'est là l'effet de l'amour, comme le dit Agathon dans le Banquet de Platon”. » Quoi ! l'amant désespéré de Luz passer pour insensible, après tant de sonnets éplorés, d'élégies lamentables, de stances passionnées ! Le coup fut cruel pour le divin chantre de Leonor : il y répondit deux ans plus tard en publiant un recueil de ses vers amoureux, annoncé déjà par Francisco de Medina dans sa Préface au Commentaire sur Garcilasso *.

Comme nous l'avons vu, le comte de Gelves était mort en 1981 ; la comtesse l'avait précédé ou suivi de peu dans le tombeau. Herrera pouvait, sans danger pour lui-même ou pour la mémoire de doña Leonor, publier quelques-unes des œuvres que la passion lui avait inspirées. Il prit soin d’ailleurs de les offrir à un personnage qui n'avait pas pu connaître les détails de son aventure, le jeune marquis de Tarifa, l'élève de son intime ami le maestro Francisco de Medina. Et d’ailleurs l'ouvrage luimême ne semble pas avoir été mis en vente, car il ne porte pas la Tasa qui fixait officiellement à cette époque le prix des publications. Un examen attentif de l'édition des œuvres de Fernando de Herrera, que le peintre Pacheco publia en 1619, semble indiquer qu'il n'eut pas

1. &« Ÿ 4 la verdad no es mucho que ignoreis todo esto, pues no ayeis estado enamorado, que si esta dolenzia os ubicra tocado, no es possible sino que ubiera limado esse grosero yngenio, que es efecto del amor, segun cuenta Agatonio en el convite de Platon. » (Prete Jacopin, XXV, p. 37.)

2. «1 s1 este eroico pensamuento no le aparta de otros mas unuldes ; pubhcarà algunas de muchas obras, que tene compuestas en todo genero de versos. » (Préface de Medina au Commentaire, p. 1 1.)

entre les mains ce petit volume, bien qu'il eût hérité de son oncle qui l'avait certainement possédé. Une preuve manifeste de la rareté de ce livre, c’est que D. José Maldonado, qui vivait au début du xvu: siècle à Séville même, et dont le grand-père avait été honoré par Herrera d’un sonnet qui avait été inséré dans ce recueil, prit soin d'en faire exécuter deux copies ".

L'ouvrage est intitulé modestement € Quelques œuvres de Fernando de Herrera”. » I parut à Séville chez Andrea Pescioni, imprimeur et ami de la plupart des poètes de l’Académie de Malara. C’est un recueil de soixante-dix-

1. Le premier de ces manuscrits est décrit par Gallardo dans son Ænsayo (tome III, col. 188, n° 2493). J’ignore ce qu'il est devenu. Il portait le titre suivant: « Obras de Fernando de Herrera, natural de la ciudad de Sevilla, recogidas por D, Josef Maldonado Dévila y Saavedra. »

Le second se trouve actuellement à la Bibliothèque Colombine de Séville sous la cote T-r11-25 ; c’est un in-4° de 188 feuillets intitulé : « Obras de Fernando de Herrera, natural de Sevilla, recojidas por D. Joseph Maldonado de Avila y Saavedra. Año 1637. » Il renferme une courte notice biographique sur le poète, puis le texte de l'édition de 1582, et, sous le titre de versos varios, 25 compositions, en redondillas et quinlillas, qui ont trait à l’amour de Herrera et qui sont particulièrement intéressantes par leur spontanéité. Ces petits poèmes ont été publiés à la suite du Prele Jacopin et de la Réponse de Herrera par les Bibliophiles andalous en 1850. Dans le manuscrit disparu elles étaient accompagnées de dates que Gallardo nous a conservées. Enfin le copiste a terminé en insérant quelques-unes des pièces que Herrera avait publiées dans son Commentaire, en général des traductions. ‘

2. € Algvnas obras | de Fernando de | Herrera, | Al Ilustniss. Sr. D. Fer-

* nando Enriquez de | Ribera Marques de Tanfa. | (Ecu de l’imprimeur). | Con hicenca de su Magestad. | En Sevilla en casa de Andrea Pescioni, | Año de MDLXXXII. » — C’est un in-4° de 56 feuillets de texte, plus quatre feuillets préliminaires. Le privilège est daté de Madrid, 27 juin 1582. Puis vient une courte Dédicace au Mécène, un sonnet du Marquis de Tarifa à l’auteur ; un autre du Maestro Francisco de Medina ; une épigramme en latin du même auteur, de laquelle il ressort que Luz était morte en 1582 ; un sonnet de Diego Girén et une approbation non datée de D. Alonso de Ercilla, qui ne paraît pas avoir gardé rancune à Herrera de n’avoir pas été nommé par lui dans le Commentaire, comme le notait avec indignation Prete Jacopin.

(XVE, p. 26.)

huit sonnets, cinq odes, sept élégies et une églogue. La plupart de ces poèmes roulent sur des sujets érotiques ; mais on en trouve un nombre considérable qui célèbrent des événements religieux, militaires, ou civils, ou qui sont adressés à des amis personnels du poète. Herrera choisit naturellement, pour composer ce petit recueil, les pièces qui lui parurent les meilleures dans la masse considérable de ses œuvres. Bien que notre goût moderne soit souvent choqué par le maniérisme ou par l’'emphase de certains de ces morceaux, il faut reconnaître que le poète avait inslinctivement opéré une heureuse sélection et que ces « Quelques œuvres » le montrent sous son meilleur jour. La majeure partie des poésies qu'elles renferment semblent dater de la période de sa maturité, 1571-1582. Comme je l'ai dit, l’occasion de cette publication fut le mariage du jeune marquis de Tarifa avec doûa Ana Girôn.

Les nouveautés orthographiques, qui avaient déjà été introduites par le poète dans son Commentaire sur Garcilasso, reparaissaient dans ce nouvel ouvrage, mais sous une forme un peu différente, avec plus de modération, semble-t-il, et de sagesse, résultat sans doute des discussions qui s'étaient élevées entre ses amis au sujet de la valeur de ces réformes. Nous les examinerons dans un chapitre spécial.

Ce ne fut sans doute pas sans quelque inquiétude que ce poète, dont les ouvrages avaient jusqu'alors circulé pour ainsi dire sous le manteau et généralement entre des mains amies, vit ses vers affronter les critiques du vrai public. Mais nous ne savons pas qu'ils aient fait sensation, ni soulevé des railleries ou des applaudissements : le livre d’ailleurs, comme je l'ai dit, ne put se trouver

qu'entre les mains d’un petit nombre de lecteurs choisis, et la seule trace qui nous soit restée de cette publication est l'éloge que, dans son Laurel de Apolo, Lope de Vega faisait de Herrera, en citant précisément le premier vers du premier sonnet : Q Osè, x tenu; mas pudo la osadia. » Nous savons d'autre part, grâce à Pacheco, que le Tasse’ faisait le plus grand cas des poésies de Herrera, qu'il ne put connaître que par le recueil de

Il semble qu la poésie; c'est à peine si l'on trouve encore chez lui quelques sonnets qui puissent être attribués à une époque postérieure à 1582; Je citerai cependant celui sur la mort du marquis de Santa Cruz qui date de 1588, le marquis étant mort à Lisbonne le 9 février de cette année même, au moment où il allait prendre le commandement de l'Invincible Armada; mais ce qui semble bien indiquer l'adieu définitif du poète aux Muses, c’est qu'un événement, aussi considérable que le désastre de cette

à partir de ce moment Herrera renonça à

fameuse expédition, ne lui ait pas inspiré un chant funèbre, qui eût été le digne pendant de celui que lui avait arraché l'émotion du désastre d’Alcazar-Kébir.

C'est qu'il était absorbé tout entier par le grand ouvrage qu'il méditait déjà le jour où il avait raconté la défaite des Tures à Lépante. La réputation trop exclusive de poète qui s’attachait à lui, ne lui plaisait guère, nous le savons par Pacheco. Q IL s’indigna plus d’une fois contre la foule qui l’appelait le Poèle, non qu'il ignorût les qualités requises pour mériter vraiment ce titre ; mais

1. ( pues sus versos, que es lo menos, (como referia Alonso de Salinas) los ponia el Torquato Tasso sobre su cabeça, admirando en ellos la grandeza de nuestra lengua. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera.)

parce qu'il connaissait la sigmification vulgaire de ce sur nom. Et puisque nous connaissons sa pensée, ajoute son fidèle admirateur, il semble convenable de regarder la Poésie comme une de ses facultés, et non la plus éminente, ainsi que nous le ferions pour Tite-Live, si les œuvres philosophiques qu'il écrivit ne se fussent pas perdues avec la majeure partie de son histoire’. »

Il n'est pas douteux, en effet, que ce surnom de Poèle ne dût paraître fâcheux à un homme pénétré de son importance comme l'était Herrera : la fonction presque sacerdotale du poète, que quelques modernes ont prétendu imposer, n'était pas encore inventée ; la poésie paraissait un délassement dont un honnête homme pouvait s'accommoder, auquel il pouvait même consacrer beaucoup de temps et de peine, à condition de ne pas faire de cet exercice une occupation exclusive et d'employer ses forces à un usage plus immédiatement profitable à la religion, à la patrie, au roi. La belle pensée du marquis de Santillane que « la plume n'émousse pas le fer de la lance et ne fait pas trembler l'épée dans la main du chevalier » était toujours comprise par les Espagnols dans son vrai sens : non, le poète n’était pas un efféminé, mais 1l devait ne pas renoncer à l’action et comme Garcilasso prendre tour à tour l'épée et la plume « tomando ora la pluma, ora la espada, » ou tout au moins faire œuvre utile. Or

1. « La profession de sus estudios se compone de muchas partes, aunque muchas vezes se indignà côtra el vulgo porque le Ilamaba el Poeta, no ignorando las que para serlo perfetamente se requieren, pero sabia la significacion vulgar deste apellido. [ constandonos su voluntad parece conveniente daite la Poesia por una parte, i no la mayor, como lo hizieramos con Tito Livio, si las:obras Filosoficas que escrivio no se uvieran perdido, con la

mayor parte de su istoria. » (Pacheco. Libro de Retratos. Eloge de Herrera.).

Ho

Herrera se distingue de la plupart des hommes de son temps par sa volonté d’être et de rester exclusivement un homme de lettres : il n’exerçait aucune profession, car son bénéfice, comme nous l’avons vu, n’entrainait pour lui aucune obligation, tandis que tous ceux qui l’entouraient étaient prêtres, prédicateurs, médecins, administrateurs, guerriers ou diplomates ; 1l fallait, pour justifier son éloignement de toute occupation active, qu'il produisit une œuvre utile à son pays ; c'est à cette œuvre qu'il s'est consacré en écrivant l'Histoire qui disparut à sa mort et qui fut vraiment, je le crois avec Pacheco, le but de son existence. ;

Après les longues études grammaticales et littéraires par lesquelles il avait recherché les moyens d’assouplir et d'enrichir la langue espagnole et de lui faire acquérir la majesté et l'harmonie dont il la sentait capable, 1l se croyait enfin en mesure de donner une forme aussi parfaite que possible à un ouvrage profitable à tous, glorieux etutile à son pays qu'il voyait alors à l’apogée de sa prospérité et de son influence ; et patiemment, laborieusement, il composait celte Q hisloire générale du monde jusqu'à lPépoque de l'Empereur Charles-Quint dans laquelle il traitait particulièrement des actions où furent engagées les armes espagnoles et que les auteurs étrangers avaient racontées d’une manière injuste ou hosüle'. » |

IL y travaillait depuis longtemps, si l’on en croit ce qu'en dit le maestro Francisco de Medina dans sa Pré-

1. Qistoria general del Mundo hasta la edad del Emperador Carlos qunto. que particularmente tratava las acciones donde concurrieron las armas Españolas, que escrivicron con injuria o invidia los escritores estrangeros. » (Pacheco. Libro de Relratos. Eloge de Herrera.)

face au Commentaire sur Garcilasso : « Ce livre, disait-il, nous permettra d'attendre la publication de la grande histoire universelle qu'il est en train de composer, où l’on verra contés avec éloquence les principaux événements qui se sont produits dans le monde, et non pas seulement en Espagne, avec la dignité et l'abondance que réclament les lois de ce genre d'ouvrages. Il ne sera pas difficile de juger du profit que notre langue en peut attendre, pour ceux qui auront lu la Relation de la guerre de Chypre et de la victoire navale du seigneur don Juan d'Autriche. Ce livre, pour petit qu'il soit, pourra leur donner idée de ce que sera le gros volume, auquel, dans un âge plus avancé et plus parfait, 1l s'occupe à travailler avec tant de zèle’. » Ainsi, en 1580, Herrera travaillait, depuis longtemps déjà, à cette histoire par laquelle il n’est pas douteux qu'il ne prétendiît rivaliser avec Tite-Live. Nous savons qu'elle était achevée dix ans plus tard, puisqu'il la montra, terminée et mise au net, en 1590, à quelques amis ”. € IL y racontait une seconde fois la bataille de Lépante et, comme on lui en demandait la raison, il répondit que le récit qu'il avait imprimé n'était qu'une simple relation, mais que le second était une histoire, voulant

1. « En aqueste libro nos podemos entretener, en cuanto sale à luz la grande 1 umversal 1storia, que va compomendo; donde se veran eloquentemente contadas las mas notables cosas, que an sucedido en el mundo, no solamente en España, con la gravedad 1 copia ; que mandan las leyes desta escritura. No sera dificultoso juzgar el acrecentamento, que desta obra se puede prometer nuestra lengua, a los que uvieren leido la relacion de la guerra de Cipro, 1 de la vitoria naval del señor don Juan de Austria. de aquel hbro, aunque pequeño, colegiran cual sera el mayor, 1 que en edad mas cre- ‘da 1 aprovechada se va trabajando con tanta dihgencia. » (Préface de Medina au Commentaire, p.-10-11.)

9. « La cual mostrè acabada i escrita en limpio a algunos amigos suyos, el año 1590. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera.)

faire entendre par là qu'elle avait toutes les qualités requises pour cela’. » Ce détail semble indiquer que cette histoire ne se bornait pas à l’époque de Charles-Quint, comme le dit Pacheco, mais comprenait aussi le règne dé Phihppe IF.

Le manuscrit de cet ouvrage, qui ne fut jamais 1mprimé, disparut, comme nous le verrons, à la mort de Herrera ; c'est une perte des plus regrettables ; si l'on se reporte en effet à la Relation de la querre de Chypre, on peut constater le soin avec lequel il avait compulsé les documents contemporains qui lui avaient été accessibles et la fidélité avec laquelle il les avait transportés dans son récit, se bornant à prêter au sujet l'élégance et là perfection de son style.

Faut-il également considérer comme un fragment de sa grande histoire le petit livre intitulé &« Thomas Morus », panégyrique de l'infortuné chancelier d’Angleterre décapité en 1534? C'est une question que j étudierat ailleurs. Il dédiait cet ouvrage au cardinal archevêque

de Séville, don Rodrigo de Castro, en 1592°. Le style, pas-

1. « En ella repetia segunda vez la batalla Naval, i preguntado porque ? respondio que la impressa era una relacion simple, i que esta otra era istoria, dando a entender que tenia las partes i calidades convemientes. » (Pacheco. Libro de Retralos. Éloge de Herrera.)

2. «Tomas Moro | de Fernando de Herrera | Al ilustrissimo Señor don Rodrigo de | Castro Cardenal y Arçobispo | de Sevilla. ; Con Privilegio | Impresso en Sevilla por Alonso | de la Barrera. | 1592.» — C’est un in-80 de 48 feuillets. — Privilège pour dix années à l’auteur : Madrid 5 mars 1592. — Approbation de Pedro Fernändez : Madrid 4 janvier 1592. Dédicace à D. Rodrigo de Castro. — J’emprunte cette description à l’Ensayo de Gallardo (t. TT, col. 188, n° 2491), n'ayant pas pu voir l'original, non plus que Ja réédition qu’en donna le marquis de Jerez en 1892. — Une réimpression parut après la mort de Herrera par les soins de D. Alonso Ramirez de Prado sous le titre : « Tomas Moro | de | Fernando de | Herrera | A | Don | Pedro Fernandez de | Castro Conde de Lemos, de Andrade i | Villalva, Marques de

Oo

sablement emphatique, ne manque cependant pas d’une certaine saveur ; l’auteur a cherché par sa phrase périodique à se rapprocher de Tite-Live, en même temps que ses réflexions morales trahissent le souvenir de Salluste.

Ce fut le dernier de ses ouvrages ; il ne put ni publier cet Art poélique qu'il avait l'intention d'écrire dès 1580 pour se délasser de ses travaux historiques", ni éditer ses Poésies complètes qu'il avait recopiées sur des cahiers tout prêts à être remis à l'imprimeur.

Herrera mourut en effet à Séville en 1597 à l’âge de soixante-trois ans, comme nous l’apprend Pacheco”, qui ne nous donne aucun renseignement sur les circonstances de son décès ou le lieu de sa sépulture.

La plupart de ses manuscrits disparurent à sa mort dans des circonstances étranges: c’est ce qui résulte du témoignage du licencié Enrique Duarte et de celui de Pacheco*. Il semble que des personnages que Duarte

Sarria, (Gentilombre | de la Camara de su Magestad, Presidente | d’el Consejo Supremo de Italia, Co | mendador de la Zarça, de la | Orden de Alcantara, etc. | Con Licencia | En Madrid, Por Luis Sachez | Año MDCXVII » — in-80.

1. &« hene acordado escrevir un’ arte poetica .» (Préface de Medina au Commentaire, p. 11.) Herrera lui-même écrivait dans son Commentaire (p. 223), à propos des lyriques modernes : « por aver de escreir dellos, st diere espacio la vida, 1 no fueren contrarias las ocasiones, en los Lbros dé la poetica, etc. »

2. « AI cual (aviendo sido de sana i robusta Salud) Ilevé el Señor a mejor vida, en esta Ciudad, a los 63 años de su edad, el de 1597. (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera.)

3. « Todo esto.. se perdid o usurpd. » (Pacheco. Ibid.) — «I es cierto, que su memoria uviera quedado sepultada en perpetuo olvido, si Francisco Pacheco Celebre Pintor de nuestra Ciudad, i afectuoso imilador de sus escritos, no uviera recogido con particular diligecia 1 cuidado, algunos cuadernos i borradores que escaparon d’el naufragio, en que pocos dias despues de su muerte perecieron todas sus obras Pocticas ; que el tenia corregidas de ulti-

AS

soupçonnait, s’approprièrent les ouvrages qu'avait laissés Herrera, en particulier sa grande Histoire, avec l’intention de les publier plus tard sous leur propre nom ou de les utiliser pour leurs travaux. C’est aussi l'opinion que Juan de la Cueva exprimait dans l'églogue précédemment citée à propos d'Iolas”.

Cette mort passa inaperçue du publie, et cela s'explique assez bien, sil'on songe que le monde essentiellement aristovratique, que fréquentait Herrera, était fermé à la foule ; que ses œuvres ne furent longtemps connues que par des copies manuscrites qu'on se transmettait de main en main, et que les quelques poésies qu'il publia ne furent pas mises en vente. Seules sa Relation de la bataille de Lépante et la belle Ode qui l'accompagnait l'avaient pu rendre populare, et c'est peut-être de cette époque que datait ce titre de Divin dont se moquaient ses adversaires. Une preuve de cette indifférence, c’est qu'Ortz de Züñiga dans ses Annales, à l’année 1598 ($ 3), dans le catalogue qu'il forme des écrivains célèbres du temps, ne parle pas de Herrera, bien qu'il cite Juan de la Cueva.

Cependant Cervantès, qui se trouvait alors à Séville, qui, en raison de sa situation misérable, n'avait eu, à coup sûr, aucun rapport avec l'ami du comte de Gelves et du marquis de Tarifa, et dont Herrera n’avait jamais parlé, lui consacra généreusement un sonnét qu'il considérait comme un des meilleurs qui fussent partis de sa plume : € Celui qui s’éleva par des sentiers nouveaux à la plus haute cime du mont sacré ; celui qui pour une étoile

ma mano, 1 encuadernadas para darlas à la Emprenta. Dexo en silencio la culpa d’esta perdida, por que soi enemigo de sacar en publico agenas culpas. » (Préface du Licencié Enrique Duarte à l'édition de 1619.)

1. OEuvres manuscrites de Juan de la Cueva. Partie II. Eglogue V.

[Luz] se fit tout lumière et larmes chantées d'une douce voix, celui qui d’une veine élégante but à longs traits les flots sacrés de l'Hélicon et de Pirène (loin de toute douleur humaine) et les transforma en flots divins : celui qui inspira de l'envie à Apollon parce qu'il étendait sa renômmée aussi loin que sa lumière [Luz], des lieux où naît le jour à ceux où 1l meurt ; celui qui plaisait au ciel, qui était unique sur la terre, transformé en cendre par sa flamme ardente, eît sous cette froide pierre.

EI que subi6 por sendas nunca usadas Del sacro monte 4 la mas alta cumbre ; EI que à una Luz se hizo todo lumbre Y lägrimas en dulce voz cantadas ;

El que con culta vena las sagradas De Elicon y Pirene en muchedumbre (Libre de toda humana pesadumbre) Bebié y dejé en divinas trasformadas ;

Aquel a quien invidia tuvo Apolo Porque à par de su Luz tiende su fama De donde nace à donde muere el dia ;

‘ EI agradable al cielo, al suelo solo, Vuelto en ceniza de su ardiente Ilama Yace debajo desta losa fria ‘.….

C’est en ces termes enthousiastes que le glorieux manchot célébrait le chantre de l'hymne de Lépante, sans qu'aucun souvenir de cette ode magnifique se retrouvâl sous sa plume : il n’admirait chez Herrera que le poète

1. Biblioteca de autores españoles. Tome I, p. 708. — Ce sonnet est précédé de l’épigraphe suivante : « Micuer. De CeRVANTES AUTOR DE DON Qui- 3oTe : este soneto hice 4 la muerte de D. Fernando de Herrera; y para entender el primer cuarteto advierto que él celebraba en sus versos 4 una señora debajo deste nombre de Luz. Creo que es uno de los buenos que he hecho en mi vida. »

ee hr00 —

érotique. En 1584, dans son Chant de Calliope, il exaltait la science du Divin Herrèra qui venait de publier son docte Commentaire. Mais quelques années plus tard, en 1614, il lui consacrait, dans son Voyage au Parnasse, une strophe enthousiaste dans laquelle il le supposait installé dans les demeures célestes aux côtés de sa Luz adorée.

Son amile peintre Pablo de Céspedes composait à sa mémoire des strophes harmonieuses, dans lesquelles 1l montrait Vénus apparaissant sur son char attelé de colombes et écoutant, avec extase, les plaintes éloquentes de Herrera. C’est l'éloge par lequel Pacheco a cru devoir achever sa biographie du poète *.

IL en est cependant un autre plus précieux que, quelques années plus tard, en 1630, Lope de Vega, qu'ilavait peut-être connu à Séville, lui rendait dans la strophe du Laurel de Apolo que j'ai citée au début de cet ouvrage. Ce n’était pas d'ailleurs un enthousiasme passager que ressentait pour le Divin Herrera le Phénix des poètes espagnols. Dans sa « Lettre sur la nouvelle poésie » Lope

1. Voici en quels termes Cervantès célèbre Herrera dans sa Galatea (Livre

VI. Canto de Caliope): « En punto estoy, donde por mas que diga — En

alabanza del divino Herrera, — Ser4 de poco fruto mi fatiga — Aunque le suba hasta la quinta esfera: — Mas si soy sospechosa por amiga, - Sus obras y su. fama verdadera — Diräân que en ciencias es Hernando solo — Del Ganje al Nilo, y de uno 4 otro polo. » — Dans son Viaje del Parnaso (cap. 11) il écrivait : « O tü, divino espiritu, que alcanzas — Ya el premio merecido à tus deseos, — Y ä tus bien colocadas esperanzas : | Ya en nuevos y justisimos empleos, — Divino Herrera, tu caudal se aplica, — Aspirando del cielo ä los trofeos. — Ya de tu hermosa luz clara y rica — El bello

resplandor miras seguro — En la que la alma tuya beatifica; | Y arrimada tu hiedra al fuerte muro — De la immortalidad, no estimas cuanto — Mira en las sombras deste mundo oscuro. »(Biblioteca de Autores españoles, tome, p. 88 et 682.)

Page 1