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allait publier, lui recommande d'en confier l'impression à Andrea Pescioni, qui devait être aussi l'imprimeur de Herrera, et « d'employer l’Orthographe nouvelle pour laquelle Girôn et Fernando de Herrera pourront lui servir de correcteurs ».
Girôn composa en l'honneur de son ami des vers latins, qui furent imprimés en tête du Commentaire sur Garcilasso, en 1580. Deux ans plus tard, lorsque Herrera publia quelques-unes de ses poésies qu'il offrait au jeune Marquis de Tarifa, 1l pouvait insérer au début de son livre un sonnet laudatif du même Girôn, à qui s’adressait d’ailleurs le sonnet 49 de ce petit recueil. Mais il est probable que les relations de Herrera et de Diego Girôn ne devinrent étroites qu'au bout d'un temps assez long, peut-être seulement après la mort de Malara. Si l'on recherche en effet dans le Commentaire sur Garcilasso les passages dans lesquels il est fait mention de Malara et de son beau-frère, il est intéressant de remarquer que le premier n'apparaît que dans la première partie de cet ouvrage ; le second n’est cité que dans la dernière, et ce n’est que tout à fait à la fin, c'est-à-dire à une époque relativement rapprochée de 1580, date de la publication du Commentaire, que son nom est accompagné d'un mot élogieux', encore qu'un peu banal ; Girôn y est qualifié de « savant et distingué professeur d'humanités à Séville ».
Ce fut encore à l’école de Malara que Herrera dut rencontrer pour la première fois un enfant qui devait deve-
1. Juan de Malara est cité dans le Commentaire, p. 8o, 149, 307 et 314. Diego Girén n’est au contraire nommé pour la première fois qu’à la p- 438; puis p. 44o, 540, 6or, 605, 6ar et 623. C’est seulement à la page 621 que se trouve l'éloge suivant : «.estos versos hiz0 Españoles Diego Garon, erudito 1 elegante professor de letras umanas.en esta ciudad. »
nir, malgré la différence d'âge, son intime ami, Je veux parler de Francisco De Menina, Né à Séville en 1544, ce dernier avait étudié la grammaire à l’Académie de Hernando Infante en 1555. Deux ans plus tard il entrait à l'école de Juan de Malara, puis allait suivre les cours du Collège de Maese Rodrigo et s'adonnait à l'astronomie sous la direction de Jeroénimo de Chaves; bachelier ès arts et philosophie, il obtenait une chaire de latin à Jerez de la Frontera, en 1564. Il passait déjà pour un prodige, car dès l’âge de seize ans, au dire de Pacheco", 1l faisait des déclamations et des discours qui étonnaient ses maîtres: . il n'est pas douteux que Malara ne se soit fait honneur de ce brillant élève et ne l'ait présenté aux amis distingués qui se réunissaient dans la maison de la Laguna. À la fin de 1564, Medina passa en Italie où il fit connaissance, dans diverses académies, des esprits les plus éminents de ce pays, soulevant partout: une vive admiration et se créant de nombreuses amitiés. |
La mort de ses parents le ramena à Séville, qu'il quatta de nouveau pour aller occuper la chaire de latin d’Osuna ; après une courte absence à Antequera, 1l revint à Osuna et, en 1570, prit les grades de licencié, puis de maître ès arts et philosophie. Nommé professeur à Lora, 1l fut enfin choisi par le deuxième duc d’Alcalä pour être le précepteur de son fils, le jeune Fernando Enriquez de Ribera, marquis de Tarifa, qui était né en 1564. Ce fut un événement capital dans la vie de Medina qui voua, semble-t-1l, à son élève, une profonde affection : le disciple se montra d’ailleurs digne du maître, si nous en croyons Pacheco. Aussi, lorsqu'en 1582, Herrera lui
1. Sur Francisco de Medina, cf. Libro de Retratos. Éloge de Medina,
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dédiait, sans doute à l’occasion de son mariage avec Doña Ana Girén, fille du premier duc d’Osuna, un choix de ses poésies, le jeune marquis, alors âgé de dix-sept ou dix-huit ans, put-l lui adresser un sonnet des mieux tournés pour servir de préface à son livre. Protecteur et ami des poètes, 1l devait prendre plaisir à les réunir dans le magnifique palais, aujourd’hui connu sous le nom de Gasa de .Pilatos, dont son père avait hérité à la mori du premier duc d’Alcalä Per Afän de Ribera, vice-roi de Naples! (+1571). C'est là que bien souvent Herrera put rencontrer le poète Juan de la Cueva, client assidu de la famille de Ribera, le peintre Céspedes qui devait décorer les galeries de cette belle demeure, et presque tous les membres de l’Académie de Malara. Parfois aussi, sans doute, Fernando de Ribera conviait ses hôtes à l’accompagner à son délicieux jardin de la Huerta del Rey”, tout rempli de superbes orangers, avec un grand étang almenté par l'aqueduc romain des Caños de Carmona, dont les arcades se prolongeaient à perte de vue dans la plaine. Sur les bords de l'étang, qu'égayaient des barques de promenade, s'élevait un pavillon où les amis du marquis pouvaient s’abriter, et qui dut être témoin de brillants tournois poétiques. , Malheureusement le jeune homme mourut prématuré-
1. Per Afän de Ribera Ier duc d’Alcalä étant mort sans enfants, le titre fut. relevé par son frère Fernando Enriquez de Ribera qui fut Ile duc d’Alcalä et mourut en 1594, quatre ans après son fils, l’élève du Maestro Francisco de Medina, qui porta dès lors le titre de marquis de Tarifa, atfaché à l’aiîné de la famille de Ribera: le jeune marquis, mort en 1590, laissait un fils, Fernando Enriquez de Ribera, né en 1584 et qui fut comte de los Molares et TITe duc d’Alcalé de los Gazules.
SO Rodriguez Marin. Barahona de Soto, p. 149, note 2.
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ment à vingt-cinq ans, le 19 juillet 1590". Cette mort affecta si douloureusement Francisco de Medina que, renonçant à la chaire qu'il occupait alors à San Miguel, il se retira dans un faubourg écarté de Séville, où il se forma un riche musée de curiosités de toutes sortes, monnaies, livres ou peintures ?.
Cependant, le cardinal-archevêque de Séville, D. Rodrigo de Castro lui avait fait témoigner son désir de l’attacher à sa personne. Le Maestro y consentit enfin et devint secrétaire du prélat qui le combla de bienfaits *, lui constituant jusqu'à 3 000 ducats de rentes en divers bénéfices, et qui lui en aurait encore donné davantage si Francisco de Medina ne se fût refusé à les recevoir. A la mort de ce généreux protecteur (1600), 1 revint à la retraite qu'il avait choisie et mourut à soixante et onze ans, le 20 mars 1615.
1. Juan de la Cueva, à l’occasion de cette mort, avait adressé une élégie à Medina : « AL maestro Francisco de Medina, en la muerte del Marqués de Tarifa Fernando Enriquez de Ribera su discipulo, el cual murié en Sevilla jueves 18 de agosto del Año de 1590 ». (Bibliothèque Colombine. Œuvres manuscriles de Juan de la Cueva, tome I, fol. 357-363). M. Rodriguez Marin fait remarquer dans son Barahona (p. 150, note), que le 18 août de cette année ne fut pas un jeudi mais un samedi et cite un passage des Memorias de diferentes cosas sucedidas en esta Muy noble y muy leal Ciudad de Sevilla (Bi bliothèque Colombine. Ms. B* 449, 29. In-fol.) qui donne la date exacte : « En 19 de Julio de 1590 muri6 el Marqués de Tarifa, Primogénito del Duque de Alcalé en edad de 25 años. Enterraronle en el convento de Madre de Dios 4 las 2 de la noche. »
2. « Esta muerte del Marquez de Tarifa fue al prudente varon causa de retirarse.. en lo mas apartado de los arrabales desta Ciudad a vida quieta, donde dispuso un riquissimo Museo de rara libreria, 1 cosas nunca vistas de la antiguedad i de nuestros tiempos... » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Francisco de Medina.) — « dexo grandes curiosidades de papeles de estampa, i de escritos de las cosas mas notables de su tiempo, de pinturas originales, de monedas antiguas de todos metales. » (Id. Jbid.)
3. « Donde recibio grandes favores, i mas de tres mil ducados de renta en diversos beneficios, no queriendo acctar majores prevendas. » (Pacheco.
Libro de Retratos. Éloge de Medina.)
Son influence paraît avoir été considérable sur tous ceux qui l’approchèrent *; ainsi, lorsque Herrera se résolut à publier son Commentaire sur Garcilasso, ce fut à Francisco de Medina qu'il demanda de le présenter au public, ce qu'il fit dans une longue préface”, qui est un véritable manifeste de l’école de Séville, comparable à certains égards à la Défense et illustration de la langue françoise que notre Joachim du Bellay avait publiée en 1549. La préface de Medina est admirable de bon sens, de netteté et d'harmonie. Il était cependant de sept ans plus jeune que Herrera, qui s’inclinait ainsi devant la supériorité et les lumières de cet ami que Pacheco, dans son enthousiasme, va jusqu’à gratifier du titre d'Oracle’.Iln'est pas douteux qu'il exerça sur Herrera une grande séduction par sa science, son éloquence, son goût très sûr et que, pour avoir été tout officieuse et amicale, son action sur le grand poète lyrique n'en est pas moins peut-être la plus réelle et la plus profonde. En même temps’sa vie irrépro-
1. Pacheco en est la preuve. « Tuvo este singular varon comprehension grande de las facultades que supo. i materias que manej6. i felicissima me- : moria, hablava i conocia de la Pintura como valiente Artifice della (de que puedo testificar como quien tanto le comunico) sobrando a cuantos yo e conocido, parto de un entendimiento claro à maravilla. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Medina). Cet éloge est remarquable dans la bouche d’un peintre bien que, dans un passage de son Arte de la Pintura, Pacheco laïsse entendre que le goût de Medina n’était pas infaillible.
2. €... onrù sus anotaciones sobre Garcilasso, Fernando de Herrera, con versos Latinos i Españoles del Maestro Francisco de Medina, i con el Prologo de lo mejor de nuestra lengua. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Medina.)
3. « … tuvo destreza admirable & razonar i esplicarse, usando de las mejores i mas proprias vozes que conocio nuestra lengua aventajandose a los mas cultos de su tiempo, no solo cuando hablava de pensado sino en lo que la ocasion ofrecia, dando siempre en lo mejor, con terminos tan de l’Arte que tratava que parece precedia a cada palabra meditacion atenta. faltèen e un aventajado juizio, un exemplar vivo de varones bien razonados i discretos,
chable, sa discrétion, son horreur de la médisance, sa piété sincère, sa charité silencieuse devaient en faire un ami précieux pOuE Herrera, dont le cœur un peu sec avait besoin pour s'ouvrir de la tendresse généreuse dont était rempli celui de Medina.
Aussi l'a-t-1l, à maintes reprises, cité dans son Commenlaire sur Garcilasso, avec éloges et même avec une nuance de respect”. Il ne nous reste qu'un sonnet?, dans lequei Herrera déplore les cruautés de l'amour, de tous ceux quil adressa sans doute à son ami. Mais, dans le recueil offert au marquis de Tarifa, on trouve une -des plus belles élégies” du poète, dédiée à Francisco de Medina, qu'il désigne également, sans toutefois le nommer, comme un guide incomparable dans l’étude des lettres et la pratique de la vertu à la fin de la Canciôn I dédiée à Fernando de Ribera. « Par le droit chemin des Muses divines, disaitil au jeune marquis, vous allez sûrement au but où le ciel vous montre sans voiles le bien caché aux autres mortels, avec un guide tel que dans les sombres dangers, triomphant des durs assauts de la passion égarée, vous atteimdrez au comble de la gloire. »
Por el camino certo de las divinas Musas vais seguro ; do el celo os muestra abierto
un Oraculo de los mas doctos. Fue mui curioso, hmpio, onesto, recatado, particularmente en hablar de otros. püissimo gran venerador de las cosas ecclesiasticas i divinas; mui caritativo de secreto. i devotissimo de nuestra Sefora. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Medina.)
1. Francisco de Medina est cité dans le Commentaire, p. 105, 117, 145, 183, 377, 567, 580 et 587.
2. Sonnet 22 du livre II de l'édition de 1619 : Ya qu'en vano conträsto al dolor fiero.
3. Élégie 4 de l'édition de 1582 : « À la pequeña luz del breve dia. »
pe
el bien, a otros secreto,
con guia tal, qu’en el pehgro oscuro
de perlurbado afeto
venciendo el duro assalto,
subireis de la gloria en lo mas alto. (v. 97 et sq.)
Un autre humaniste devait aussi fréquenter l’Académie de Malara : le chanoine Francisco Pacneco. Né en 1535, à Jerez de la Frontera, d’une famille très modeste, il était venu à Séville seulement à l’âge de vingt-quatre ans, au dire de son biographe, le licencié Porras de la Cämara. IL étudia d'abord la philosophie, prit sa licence et suivit de 1559 à 1563 les cours de théologie scolastique du collège de Maese Rodrigo. Il était déjà prêtre lorsqu'en 1570 il acquit le grade de bachelier en théologie. Il fut chanoine de Séville, chapelain de la Chapelle Royale, enfin administrateur de l'hôpital de Saint-Herménégilde, ordinairement appelé Hôpilal du Cardinal en souvenir de son fondateur, le cardinal Juan de Cervantes. Son portrait’, nous dit Gonzälez de Leén, se trouvait parmi ceux des autres administrateurs, avec la couronne de laurier des poètes. Ses contemporains le considéraient comme un humaniste excellent, et Robles, dans son Culto Sevillano, déplorant qu'il n’eût rien laissé d'imprimé*, après avoir
1. « Ÿ està el dicho Canonigo Franto Pacheco, entre los retratos de sus Administradores en dicho Hospital laurea° como Poeta q® ha visto quien esto escribe. » (Rodrigo Caro. Op. cit.) Ce passage est une addition du copiste à l’article de Caro sur Pacheco.
2. « D. Juan. Pues ninguna memoria tenemos hoy del licenciado Francisco Pacheco. — Licknc. De obra mayor uniguna: solo las muestras de su ingenio y erudicion; el rezado de los santos de Sevilla, los epigramas del ante-cabildo de la Santa Iglesia, y los versos de San Cristébal que esté 4 la puerta della que sale 4 la Lonja, ÿ la piedra que estä en la torre 4 los piés de San Hermenegildo, y los epigramas del tümulo del rey D. Felipe If, que estä en el cielo, En las cuales cosas (4 juicio de los varones mas doctos) ven-