‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 71 sur 147 · — 194 RS · texte numérisé non relu

— 194 RS

tenait les quelques vers où était faite une allusion cour-

toise à don Alvaro :

rayo d’amor sagrado qu’a su consorte amado

, e < e T ” consigo Junto en fuego eterno apura, (V. 48-50.)

a disparu tout entière, et Je ne puis comprendre qu' à une époque où vivait encore le second fils de don Alvaro, qui avait eu, à coup sùr, entre les mains le texte original offert par le poète à sa mère, Herrera ait commis la grossièreté, et j'ajouterai l'imprudence de supprimer un pareil passage.

Les trois vers ou remate qui terminaient la même cancién ont également disparu dans l'édition de 1619, de même d'ailleurs que les trois vers qui terminaient l'hymne de Lépante. Ceci me paraît être l'œuvre de l'éditeur et non du poète; car s'il est vrai que l’ode à la comtesse de Gelves et l'hymne de Lépante soient parmi les plus anciens morceaux lyriques qu'ait écrits Herrera, et que, dans lesautres, plus sûr de lui-même et plus indépendant, il ait renoncé à cet envoi qu'il n'avait gardé que pour imiter ses modèles italiens, je ne crois pas admissible qu'il ait modifié une œuvre, adressée officiellement à un grand personnage, ou publiée par lui-même sous une forme déterminée, qu'il avait jugée suffisamment parfaite.

Autre bizarrerie : le sonnet 112 du livre L': « Alegre Jertil, vario, fresco prado » et le sonnet 79 du livre IV de 1019 : & Fertil, riente ledo i fresco prado » ne sont que des variantes du sonnet 58 de 1582. Le sonnet 47 du livre I de 1619: «Lloro solo mi mal, i el hondo rio » se retrouve, avec des variantes, au livre II sous le numéro 4. I est clair que ces confusions ne sauraient être le fait de Herrera.

Comment se fait-il aussi que le texte des Élégies et des Canciones (abstraction faite des modifications de mots) ne comporte chez Pacheco que des suppressions et jamais d'additions ?

Nous savons, 1l est vrai, par le témoignage de Duarte, que, profondément épris de la perfection, Herrera revoyait ses vers avec une infinie persévérance pendant des années entières, et que ses brouillons étaient surchargés de ratures ; mais 1l serait vraiment étonnant que ce laborieux artiste, dont les idées esthétiques étaient, comme on le verra, fort judicieuses, et qui proclamait en particulier la nécessité d'assouplir la langue sans lui faire violence, se fût donné le démenti qui ressort de la comparaison des leçons de 1582 et de 1619. Or à moins de supposer qu'il gâtait ses œuvres en les corrigeant, on ne saurait croire qu'il ait pris plaisir à accumuler les épithètes, à multiplier les inversions comme on le voit dans l'édition de.:1619. D'une façon générale en effet, les leçons de 1619- me paraissent inférieures à celles de 1582.

Prenons par'exemple le sonnet 2 de 1582 : le quatrième

VeTs :

1 Iloro la desdicha de m1 estado

est modifié dans le texte de Pacheco en 1 Iléro ausente’l bien, que vi engañado,

qui renferme deux épithètes, et deux élisions de plus.

1. « porque, como a ombre a quie el uso i el exercicio de aquellas cosas avia dado una mui entera noticia de los precetos mas ocultos de l’arte, le satisfazian pocas, i sus oidos como capaces de otras mayores desseava siempre alguna de consumada perfecion; de que pueden dar testimonio los borradores de sus Versos, que despues de limados muchas vezes, i en espacio de años

enteros, apenas le contentavan ; i assi desechô muchos, que pudieran ser estimados de los mas entendidos en esta profession. » (Préface de Duarte à lédi-

dion de 1619.)

LAS 196 er Le neuvième vers Que vale contra un mal siempre presente

devient chez Pacheco :

Qu'aprovecha en un duro afan presente

où l’on retrouve deux épithètes pour le même substantif. Le rejet du vers 11

si en la memoria s’estampa.

qui était d'un effet très heureux disparaît de l'édition de

Je n'insiste pas sur ce point; il suffit de parcourir les variantes qui se trouvent dans mon édition des « Algunas Obras » pour constater l’infériorité du texte de 16719.

On est également frappé de voir que le vocabulaire des deux éditions n’est pas le même; ainsi le mot largo, de l'édition de 1582, est invariablement remplacé, dans celle de 1619, par le mot luengo. J'en ai donné des exemples en parlant de Barahona de Soto et du sonnet satirique dans lequel 1l aurait ridiculisé l'abus fait par Herrera de certains mots, parmi lesquels le mot /uengo.

Une remarque analogue n'avait pas échappé à la perspicacité de Quevedo lorsque, dans sa Préface aux œuvres du bachelier Francisco de la Torre, après avoir signalé un certain nombre de mots purement latins ou de néologismes inutiles ou déplaisants qu'il avait relevés dans les poésies de Herrera, il ajoutait que ce « divin génie avait publié de son vivant les vers que l’on peut lire dans le petit volume [de 1582|, dépourvus de la plupart des mots étranges que l’on lit dans l'édition plus

ions

considérable que donna plus tard Francisco Pacheco!. » Enfin un dernier détail, qui me paraît démontrer que la part de Pacheco fut prépondérante dans l'édition de 1619, c'est la différence d'orthographe qui distingue celleei de l'édition de 1582. Comme je l'ai déjà dit, le Commentaire sur Garcilasso comportait un certain nombre de réformes orthographiques, qui ne devaient d’ailleurs pas s'implanter en Espagne, mais auxquelles tenaient évidemment Herrera et ses amis. Cet essai d'une orthographe nouvelle fut perfectionné dans l'édition de 1582; ainsi l'emploi de l'élision, dans le Commentaire, se faisait à la manière italienne, et par exemple l’élision de la premuère voyelle d'un mot était admise : Herrera écrivait donc contemplando’s, recibe’n, pide l?. Mais dans son édition de 1582 1l avait renoncé à ce système et n'admeltait plus que l'élision des finales. Or, dans l'édition de 1619, on revient au système de 1580, et Pacheco écrit crece’l (Sonnet XI, v. 3) puede’n (Élégie I, v. 50) no's (Élégie IL, v. 53). Est-il vraisemblable que Herrera soit ainsi revenu en arrière? Je ne le crois pas, et ceci me semble confirmer l'opinion, que j'ai déjà émise, à savoir que Pacheco, pour son édition, n'eut pas sous les yeux le texte des À/qunas Obras, qu'il n'eut qu'un certain nombre de brouillons de l'écrivain, antérieurs à 1582, premières ébauches que le poète avait conservées, comme il le dit lui-même, en raison de l'affection que chacun porte à ses œuvres”, et

1. « Advierto que el divino ingenio de Herrera sacô en su vida las rimas que se leen en el pequeño volümen, limpias de las mas destas voces peregrinas que se leen en la impresion que despues se hizo por Francisco Pacheco, pintor docto y estudioso y de grande virtud, en mucho mayÿor volumen. » (Œuvres de Quevedo. Tome IT, p. 492. — Biblioteca de autores españoles.)

Page 1