CHAPITRE X
SOURCES DE L'INSPIRATION DE HERRERA. —— Le sentiment religieux. — Le sentiment de la nature, — La science.
Herrera, comme nous l'avons vu, avait beaucoup écrit : si la plus grande partie de ses œuvres a disparu, ce qui nous en reste est encore considérable : son ami le chanoine Pacheco n'avait pas tort de parler & du millier de sonnets qu'écrivait le divin Herrera‘ ». Il nous faut maintenant examiner quelles sont les idées qui fournirent la matière de ces innombrables poèmes, quels sentiments les ont inspirés.
Lorsqu'on songe à la profession de Herrera, revêtu comme il le fut de l’habit ecclésiastique, à l’époque où il vécut, aux amis qui l'entouraient, ces moines, ces grands prédicateurs, ces savants exégètes, ces théologiens consommés, on est tout naturellement porté à chercher dans le sentiment religieux une des sources principales de son inspiration.
C'est cependant là encore une des particularités de cet homme singulier : 1l était déjà étrange, comme je l'ai fait observer, qu'il n’eût jamais été jusqu'à recevoir les ordres majeurs qui lui auraient donné, avec une situation ma-
1. « El millar de las rrimas y sonetos — que el divino Herrera escrive en * balde. » (Ms. 4256 de la Bibliothèque Nationale de Madrid, p. 293. Satira ontra la mala poesia.)
térielle plus avantageuse et plus respectée, une satisfaction plus complète de sa piété; rien ne semblait devoir sy opposer, si ce n'est peut-être un scrupule, louable tant que vécut doña Leonor, mais qui n'avait plus de raison d’être lorsque délivré, par la mort de celle qu'il avait aimée, des passions terrestres, il pouvait consacrer à Dieu sans regrets les dernières années d’une vie déjà bien avancée. Les exemples ne manquent pas, dans l’histoire des lettres en Espagne, de pareilles vocations, qui ne gênaient nullement ceux qui s'y soumettaient dans leurs études même les plus profanes. Est-1l besoin de rappeler le plus célèbre, et malheureusement, il faut l'avouer, le plus scandaleux, celui de Lope de Vega? Mais la conduite de Herrera était d’une corréction parfaite; Pacheco l’affirme lorsqu'il nous dit qu'il ne donna jamais de mauvais exemple; et la parole de ce peintre, familier du Saint- Office et d’un tempérament austère ne saurait être suspectée.
IL n’est pas douteux d'ailleurs que Herrera ne füt rehigieux, comme tout le monde l'était autour de lui; mais 1l ne semble pas que cette religiosité jaillit du fond de son cœur ; il est à noter que son admirateur Pacheco ne nous cite pas sa mort comme ayant été particulièrement édifiante, ce quil ne manque cependant pas de faire dans ses biographies chaque fois que l'occasion s’en présente : etiln'est pas moins singulier que, par une exception pour ainsi dire unique à cette époque, dans l’ensemble, pourtant si considérable, de ses poésies, on n’en trouve aucune d'un caractère exclusivement religieux. L'amour profane
I. & vivio... sin dar mal exemplo. » (Pacheco. Libro de Retratos. Éloge de Herrera.) ‘