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qui a occupé la première partie de sa vie ne semble pas non plus lui avoir inspiré de remords ; jamais n'apparaît chez lui le regret d'avoir perdu sa jeunesse sans profit pour son âme ; pensée familière cependant à ses modèles, à Ausias March, par exemple, qui terminait un de ses. Cants de Amor en invoquant la Vierge et en la suppliant de faire que son amour se détournât sur elle :
Mare de Deu, hajes merce de mi o fes me’ser de tu enamorat, de les amors que so’ passionat ja conech cert que so mes que mesqui!.
et qui plus tard dans ses Cants de Mort, dans ses Cants Morals où son Cant Espiritual tourne avec angoisse, repentir, puis confiance ses yeux vers le ciel. IL n'imite pas sur ce point Pétrarque repentant et ne dirait pas avec lui :
Signor, che’n questo carcer m'hai rinchiuso, Trammene salvo dagli eterni danni ; Ch’ conosco’l mio fallo, e non lo scuso *.
Cet ecclésiastique, dans une ville si fanatique de la Vierge, n'a pas une seule fois célébré la Mère de Dieu. Aucun des sentiments exaltés par le christianisme n'apparait dans son œuvre; il semble cependant qu'une fois au moins il aurait pu leur donner place, puisqu'il écrivait à l’occasion d’une fête religieuse, je veux parler de la translation des restes de saint Ferdinand à la chapelle neuve
construite pour les recevoir. Mais l'Ode, d’ailleurs très
1. Les Obres del Valeros cavaller y elegantissim poeta Ausias March. — Édition de Barcelone 1888. Cant. LI. Tornada.
2, In morte di Madonna Laura. Sonnet LXXXIV,
belle qu'il écrivit à cette occasion, aurait aussi bien pu l'être par un indifférent; le Christ y apparaît aux côtés de Mars et d'Apollon, et sile poète célèbre la vertu du grand roi dont l'Église fit un saint, c'est à peu près uniquement de sa valeur guerrière qu'il parle et sa béatification devient une apothéose. € Tu nous as fait voir réunies, dit-il à son héros, la justice, la piété, la valeur immortelle, et comment, en méprisant la terre, un prince guerrieur peut s'élever jusqu'au ciel. »
.. jqushcia, piëdad, valor eterno ; 1 como puede, despreciando el suelo, un principe guerrero alçar s’al celo”.
De quelciel est-1lquestion ? Est-ce celui des béatitudes ? Ne serait-ce pas plutôt l'Olympe ?
Je ne veux certes pas dire que la tendresse, l'effusion de cœur, le repentir soient inconnus de Herrera: je constate seulement que, si ces idées, si ces sentiments ne tiennent jamais une place importante dans ses œuvres, c'est qu'ils ne dominaient ni son cœur ni son esprit.
Cependant par deux fois le souffle religieux l'inspira d'une merveilleuse manière, d'abord dans son Ode sur la victoire de Lépante, et, sept ans plus tard, dans celle qu'il consacrait à la défaite des Portugais à ‘Alcazar-Kébir. A vrai dire ce n’est pas le sentiment chrétien qui se manifeste dans l’un ou l’autre de ces poèmes, c'est plutôt le ton tragique des prophètes hébreux qui y retentit d'un bout à l’autre : les passages de la Bible, qui y ont été introduits par le poète, ne sont pas seulement des 1mitaüons adroites où opportunes, ils trahissent une affinité