Roman de la Rose
lirer une image: c'est pour cela quil admire le célèbre morceau d'Ausone sur les Roses : Ver eral et blando mordentia frigora sensu, qu'il s’est donné la peine de traduire! dans son Commentaire sur Garcilasso. Il loue chaudement Ausone, non pas de l’art avec lequel il a décrit ces roses qui s'épanouissent au lever du soleil, mais de l'habileté avec laquelle, sans dévoiler son intention avant la fin de la pièce, le poète nous prépare à mieux sentir la fragilité de la vie humaine". C'est le sens philosophique et allégorique de ce passage qui le séduit et qui Lent tout entier dans les deux derniers vers :
Collige virgo rosas, dum flos novus et nova pubes, Et memor esto ævum sic properare tuum !
Mais là encore ce sont les scènes grandioses qui l’attirent de préférence ; 1l se plaît à tirer ses comparaisons de la mer irritée, du soleil dévorant, des montagnes abruptes et sauvages. On croirait, à lire les passages où il nous parle des deux modestes collines sur lesquelles s’appuyait Gelves, qu'on est transporté au milieu des sierras les plus escarpées, au bord de précipices sans fond ; 1l les décore du nom de hautes montagnes Q1erto 1 doblado Monte* ». Ailleurs c’est sa nef qui s'est rompue sur un rocher .« Rompro la prora en dura roca abuerta*. » Le sonnet 35 de l'édition de 1582, dans lequel il décrit la campagne de Gelves métamorphosée par sa douleur, est bien caractéristique à cet égard : « Par un chemin désert, exposé au soleil, semé d’épines et de broussailles, je m'avance lentement, et me dirige, épuisé, vers la mer incertaine qui