Hdition de 1582. Sonnet
ATOS
me barre la route. Un silence lugubre habite’ce désert, ét ilme faut taire mon mal. Lorsque je crois arriver au terme, je vois le chemin s’allonger, et ma tribulation inévitable. D'un côté s'élèvent d'immenses rochers unis, qui montent jusqu'au ciel, de l’autre s'ouvre un profond précipice; je ne sais à qui recourir dans ma détresse pour me délivrer de l'Amour et de mes souffrances ; car, de remède, sans vous, ma Luz, je n’en espère pas. »
Por un cannno solo, al Sol abierto, d’espinas 1 d’abrojos mal sembrado, el tardo passo muevo, 1 voi cansado a do cierra la buelta el mar incierto.
Silencio triste abita este desierto ; 1 el mal, qué à, conviene ser callado.
cuando pienso acaballo, acrecentado veo el camino, 1 mi trabajo cierto.
À un lado levantan su grandeza los riscos juntos, con el celo iguales, al otro cae un gran despeñadero.
No sè, de quien me valga en mu estrecheza, que me libre d’Amor, 1 destos males ; pues remedio sin vos, m1 Luz, no espero.
Sommes-nous en présence du rêve ou de la réalité? Quel est ce paysage fantastique qui produit sur l'âme du poète une si pénible impression ? C’est simplement le riant paysage de Gelves dont les modestes collines sont. transformées en rocs sourcilleux bordés d’effroyables précipices ; ce silence, cette solitude sont l'effet du soleil brûlant, qui a contraint les habitants et les animaux à chercher l’ombre pendant les heures accablantes du mibeu du jour. Une pareille transposition ne semble pas indiquer que le poète ait fixé sur ce qui l’entourait un œil bien attentif ; car, s’il est bien vrai que l'état de nos
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àmes modifie la perceplion que nous pouvons avoir du monde.extérieur, il ne va pas cependant jusqu'à modifier les rapports de grandeur qui nous sont familiers, au point de nous faire voir de simples collines sous l'aspect de montagnes gigantesques ‘.
Et cependant Herrera se pique d’être un observateur et d'avoir étudié la nature ; il aspire manifestement à passer pour tout savoir ; ses connaissances scientifiques sont étalées tout au long dans son Commentaire sur Gareïlasso, et cela, 1l faut bien l'avouer, sans apporter aucun éclaireissement au texte qu'il s'agit d'expliquer : ce sont des notes prises au cours d'anciennes lectures et que le commentateur trouve si intéressantes qu'il Les insère dans son livre, sans autre but que de faire briller son érudition et de montrer qu'il peut tenir son rang parmiles savants, « los que saben », selon une expression qui lui est chère. Par là, sans doute aussi, cherche-t-1l à prouver que l'audace, qu'il a eue, d'entreprendre de commenter un poète en langue vulgaire n’est pas due à son impuissance el à son ignorance, mais que c'estune hardiesse raisonnée et consciente. Il est donc intéressant d'examiner où il a puisé ces connaissances scientifiques dont il fait part à ses lecteurs avec tant de prodigalité, quelle en est la valeur, et ce qu'il en a tiré pour sa poésie. FE J'ai signalé, en parlant des amis de Herrera, combien d’entre eux étaient des médecins, et l’on est précisément frappé, en feuilletant son Commentaire, du nombre et de l'étendue des notes que l’on y trouve relatives à la médecine. Au début du xvr° siècle les médecins jouent en effet un rôle prépondérant dans le développement intellectuel
1. Cf. sur cette vision de la nature un article de M. Bourciez, p. 200-227 des Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux; année 1891.