CHAPITRE XI
SOURCES DE L'INSPIRATION DE HErRERA (suile). — La philosophie. — L'amour.
Si l’on en croit Francisco de Rioja, Fernando de Herrera aurait été très versé dans la philosophie". Cependant, si l'on recherche dans le Commentaire sur Garcilasso les passages qui ont trait à cet ordre de spéculations, on constate tout d'abord qu'ils sont peu nombreux, ensuite qu'ils n'offrent aucune originalité ; c'est encore Aristote que Herrera met le plus souvent à contribution, ainsi que son commentateur Averroès ; mais c’estsurtout aux Néoplatoniciens, par l'intermédiaire de quiileonnaît Platon, qu'il a recours lorsqu'il s'agit de l'esthétique ou de la philosophie de l'amour. Il semble d’ailleurs n'avoir ni des principes bien fixes n1 des doctrines bien arrêtées. Par exemple, lorsqu'il est amené à parler des idées, il expose successivement la théorie de Platon, puis celle d’Aristote, puis la définition de saint Augustin. Mais il se garde bien de conclure lui-même, ou de nous dire quelle est l'opinion qui lui paraît la plus probable, sinon la plus vraie, de celle qui admet que l'idée est indépendante de la matière ou de celle qui affirme qu'elle en est insépa-
rable.
1. « Supo Fernando de Herrera la Filosofia mui bic. » (Préface de Rioja à l'édition de 1619.)
Le 39
« L'Idée est la forme, la figure et la représentation première des choses, qui n’est que la mise en relief de leurs éléments communs. Les Platoniciens disent qu'elle consiste dans la pensée, et appellent Idée la forme exemplaire et intelligible. Platon en effet a établi des espèces universelles de toutes les choses particulières qu'il a appelées Idées ; et il a voulu qu'elles fussent les exemplaires éternels de tout ce qui se produit naturellement ou se forme artificiellement. Ces idées sont contenues en Dieu (car ce sont les connaissances parfaites des choses), en lui et en sa sagesse, de toute éternité ; c’est d'elles qu'il a procréé toutes les formes des choses sensibles. Certains tiennent que Platon entendait par idées les formes et les substances séparées des choses particulières ; par exemple l'idée de l’homme serait l’homme universel lui-même, à la ressemblance de qui se firent depuis les hommes particuliers ; d’autres, qu'il entendit par idées les ressemblances des choses faites par Dieu. Mais Aristote tient les idées pour une vaine fantaisie, et définit l’idée substance incorporelle parce qu'elle ne subsiste pas par elle-même, mais donne seulement sa figure à la matière qui, par elle-même, n'a pas de forme, et la rend ainsi visible. (L'expression € qui subsiste » marque que l’idée elle-même est substance et n'est pas sujette aux accidents.) Mais Socrate et Platon disent que l'idée est la substance séparée de la matière et qu'elle est l'élément substantiel qui se trouve derrière la puissance productrice de l'esprit créant lesimages. Aristote affirme l'existence des idées, mais à condition de les entendre pour espèces du genre réalisées ; et il ne veut à aucun prix les appeler séparées de la matière. Saint Augustin dans le livre I des 80 Questions les définit ainsi : Sunt namque Ideæ principales formæ quædam, vel ra-
liones rerum slabiles atque incommutabiles quæ ipsæ formalæ non sunt ; ac per hoc æternæ ac semper eodem modo sese habentes, quæ in divina intelligentia continentur ‘. »
IL'est arrivé cependant une fois à Herrera de porter un jugement sur une doctrine philosophique, et ce n'estpas sans quelque étonnement qu'on voit cet Homme, un peu guindé et porté à priser surtout l'effort et l'énergie, condamner vigoureusement les stoïciens, qu'il accuse « de dureté, d'insensibilité, de vouloir supprimer l'humanité et d'appeler les passions des maladies *.'»
Une des parties essentielles de la philosophie des néo-
1. « Idea es la forma, figura 1 representacion primera de las cosas, que es parecer de todo lo semejante. dizen los Platomicos, que consiste en la mente; 1 Ilaman Idea la forma exemplar 1 intelemble. porque Platon puso unas umiversales especies de todas las cosas singulares, que Ilamé Ideas; estas quiso que fuessen eternos exemplares de todas aquellas cosas, que naturalmente se hazen, o se forman arhficrosamente. estas tiene Dos, que son las perfetas noticias de las cosas, en s1 1 en su sabiduria desde su etermdad; de donde procreé todas las formas de las cosas sensibles. algunos tenen que Platon entendio, que las Ideas eran aquellas formas 1 sustancias separadas de las cosas partculares ; como dezr la Idea del ombre ser el mesmo ombre umiversal: à cuya semejança se hizieron despues los ombres particulares. Otros que entendio por las Ideas las semejanças de las cosas hechas por Dios. mas Anstoteles quiso, que fuessen las Ideas burla 1 vamdad, 1 define a la Idea, que sea sustancia incorporea, porque por si mesma no es sussistente, mas que solo pone figura a las materias, que no tenen forma alguna, 1 assi las haze aparentes. sussistente denota que la mesma Idea sea sustancia, que no se sugela a los acidentes. pero Socrates 1 Platon dizen, que la Idea es sustancia separada de la materia ; 1 que se somete en la capacidad de la mente, 1 en las 1imaginaciones. Aristoteles afirma ser Ideas, mas cuando se entienden por especies produzdas del genero ; no queriendo jamas Ilamallas separadas de la materna. San Agusthn en el hb. I de las 80 questiones las define assi ; Sunt namque etc. » (Commentaire) p. 160.)
2. « pero no sufrieron los ombres dotos aquella dureza 1 insensibiidad de los Estorcos ; que estirpavan la umanidad, 1 Ilamavan enfermedades a las afeciones ; 1 ass 1mpunaron esta opinion con grandissima vehemencia, 1 en nuestra edad se levantd contra ella con maravillosas fuerças de divina eloquenca en el hb. I. de la nobleza Cnistiana Geronimo Osorio singular gloria de Portugal. » (Commentaire, p. 323.)
platoniciens était la théorie de l'amour ; c'est aussi le seul point sur lequel Herrera semble posséder une doctrine bien définie. Disons-le tout de suite, les philosophes arabes qui avaient introduit en Espagne ces idées, empruntées peut-être à Plotin, Porphyre ou Jamblique, peut-être plus simplement à l’/nstilutio Theologica de Proclus et à différents ouvrages apocryphes tels que la Théologie d'Aristote ou les œuvres du faux Empédocle, apportées en Espagne au x° siècle par le Cordouan Aben Mesarra, lui sont naturellement inconnus ; il ne parle ni d'Avempace, ni de Tofäil ; il ne connaît pas davantage le juif Ben Gabirol ou A vicebron, qui un siècle avant Tofäl, avait exposé la même doctrine dans son livre « La source de la vie. » Il ne cite ni Raymond Lulle n1 même Judas Abarbanel dont les Dialoghi d'amore avaient paru à Rome en 1535 et furent immédiatement traduits en latin, en français et en espagnol’. Sa philosophie de l’amour, comme je l'ai déjà dit, est contenue tout entière dans le livre du comte Baldessare Castiglione intitulé 1! Cortegiano. Cet ouvrage, qui avait paru en 1028, avait été traduit dès 1549 par Boscän, l’ami de Garcilasso. Ce ful celte traduction qui devint sans doute le livre de chevet de Herrera : c’est la doctrine contenue dans le traité de Castiglione qui va se retrouver sous une forme moins élégante dans les notes du Commentaire.
Tout d’abord l'amour doit être chaste: Herrera loue Pétrarque d’avoir toujours été réservé dans l'expression de sa passion, sauf dans deux ou trois passages, Cet cela sous une forme si discrète que son art est merveilleux,
1. Cf. Menéndez y Pelayo, Istoria de las ideas estéticas en España. 2° édition, tome IIT, ch, vr,
car il n'est occupé que du plaisir des yeux’, plus que de. celui d'un autre sens, ou de celui de l'’ouïe ou de l’intelligence, et il est absorbé dans la considération de la beauté de sa Laure et de la vertu de son âme?. »
La vue joue en effet un rôle prépondérant dans l'amour, et, € parmi les grands effets et les merveilles de l'amour, la plus grande et la plus puissante est celle qui procède de la vue de ceux qui s'aiment, parce que c’est un souvenir et un renouvellement de la passion amoureuse, et de même que le feu approché du bois, le fait de regarder enflamme les sens ”. »
Cette idée du pouvoir de la vue dans l'amour, est une de celles sur lesquelles il insiste le plus. € Dès que les yeux sont frappés par la beauté, tout l'esprit sensitif, et avec lui toute l'âme sensitive s’en ressent, et c’est la doctrine du prince des philosophes, qu'entre tous les pores
1. Sur cette division des sens en nobles et grossiers cf. ce que dit Bembo dans le Cortegiano IV. 52. « Rimovasi adungq; dal cieco giudicio del senso, e godasi con gli occhi quel splendore, quella gratia, quelle fauille amorose, i risi, i modi, e tutti gli altri piaceuoli ornameti della bellezza ; medesimamente con l’audito la suavità della uoce, il concento delle parole, l’armonia della musica (se musica è la donna amata) ; e cosi pascerà di dolcissimo cibo l’anima per la uia di questi dui sensi : i quali tengon poco del corporeo: e son ministri della ragione etc... » Et plus haut: «N6 si pô... in modo alcuno fruir la bellezza, ne satisfar al desiderio, ch’ ella excita negli animi nostri col tacto, ma con quel senso, del qual essa bellezza è uero obietto, che è la uirtù uisiua. »
2. «no se halla en el desseo de los deleites lacivos del amor umano, si no en solas estas partes [et il cite trois passages de Pétrarque]. pero pinta esto fan poeticamente, 1 tan apartado 1 Ileno de onestidad en las vozes 1 el modo, que es maravilloso su arbficio. 1 todo el se emplea 1 ocupa en el gozo de los oJos mas que de otro sentido, 1 en el de los o1dos 1 entendimiento, 1 en conaderacion de la belleza de su Laura 1 de la virtud de su animo. » (Commentaire, p. 70.)
3. «entre los grandes efetos 1 maravillas de Amor, es la mas grande 1 mas poderosa la que procede de la vista de los que se aman... porque es un recordannento 1 renovacion del afeto amoroso ; 1 de la suerte que el fuego junto a la materia assi aquel nurar inflama el sentido. » (Commentaire, p. 89).
et les sens que nous possédons la vue est le plus susceptible de nombreuses modifications !, et très chaude, ce qui fait qu’elle reçoit plus facilement les impressions voisines. et attire à elle par un esprit brülant les transferts ou transmigrations des amours ;... et, comme dit Plutarque dans la cinquième décade des Propos de Table?, la vue est errante et merveilleusement mobile, et par la vertu de l'esprit que projettent etémettent la vivacité fougueuse et la lueur pénétrante des yeux, elle sème et répand une force admirable; et l'origine de l'amour, qui est une passion très forte et très violente de l’âme, est dans la vue ; de sorte que l'amant se résout et se dissout et se liquéfie, quand il voit une belle femme, comme s'il devait tout entier se transformer en elle, et c'est une manie de tous ceux qui aiment (comme le dit le même auteur dans son Eroticos ou Discours sur l'amour) de parler comme s'ils étaient en présence de l’objet aimé, d’embrasser, d'appeler et de se plaindre. Car la vue peint et reproduit d’autres images, comme sur des liquides, images qui se défont et s’'évanouissent promptement et abandonnent la pensée et
1. La vue, pour Aristote, est un des sens dont les actuations sont le plus variées possibles.
2. « [lokvxlvnt is yrp n Obts odoa, perd nvsipatos, adyhv dorévtos ruocsôn, Oaupastiv tivx dtaorelper Oüvatv, dote ROÂÂG xat AO Et xa ROLEV DL’a0Ths toy äypwrov.… . ZX TOY Spor, à on Héyista La spodpôrara raltuata tÂs duyñs Est, dpynv fl QUE évdiDooty, Ware pay za Acl6soÛx. tÔv Épwttzôv, Otav éufhérn vois xaoïs, o'oy ÉAzdmEvIy els aôtois. » (Plutarque, Arno l x&v, V-VIIT, 2). On remarquera ja modification du genre d'amour dont parlait Plutarque, introduite par Herrera dans sa traduction. « AXX& päXhoy at TOY épavtwv, AaksyonEvwv de TOÛs TapÜvras, 4OraLOUEVUY, Syxxo ivrev. ‘H yae QUE ÉOURE Ts (LEV #Aka garages ég rpeos Cwypagey. Ta Ù papatvoner vas za aTuAEUTOUTRS Th Juivotav: ai è. toy Épwuévwy elxôves dr” aùtie ooy êv Éprædpaot TPapduevat Ôta Topos, eljwha tas myruats évaroEiTOUt mvoueva zai Cœvta at pley/omeva za toy rapauévovra Toy EX Aov LEdvOY. »
(Plutarque, ’Epwrtxoc, X VD).
l'entendement ; mais les images de ceux qui aiment, gra-
vées en elle [la vue] comme des brûlures faites avec le | feu, laissent imprimées dans la mémoire des formes qui se meuvent et parlent et durent en d’autres temps. Car si une image belle et agréable se présente à nos yeux, son effigie passe par le moyen des. sens externes, dans le sens commun ; du sens commun elle va à la partie imaginative, d'où elle entre dans la mémoire ; la pensée et l’imagination l’arrêtent et la fixent dans la mémoire; mais quoique fixée, elle n'y reste pas ef n'y séjourne pas : parce qu'elle enflamme l'amoureux du désir de jouir de la beauté qu'il ame, et enfin le transforme en cette image ; et parce que, comme dit Plotin, tandis que nous pensons attentivement à quelque chose, il arrive naturellement que tous les autres sens convergent au sens commun où se forment les pensées (de la même façon que les lignes tirées de la circonférence au centre) ; de là résulte que, le sens commun étant occupé de quelque pensée, nous voyons ou nous sentons beaucoup de choses sans en avoir l'aperception nette, car notre entendement et notre imagination sont attentifs à une autre opération et absorbés par elle ; aussi ai-je dit quelque part : &« Lorsque je pense à vous, l'imagination m’emporte, et quoique absent je suis présent devant vous, et mon allégresse croît en vous contemplant là où je me représente votre beauté. Les puissances qui donnent la faculté de sentir à mon âme entravée dans une union mortelle [avec le corps], et grâce auxquelles mon âme accueille sous des figures connues ce qui s’est offert à mes sens, bien que je sois enseveli dans de profondes ténèbres et dans un silence solennel et mystérieux, — dans la veille presque perpétuelle de mon souci, ces puissances s’endorment en moi et s'évanouissent dans la
béatitude croissante de ce souvenir formé par l'amour, et là, tout interdit, mon esprit vous trouve et je VOIS [à mon aise] tout ce que demandent l'Amour et mon désir". »
Cuando en vos pienso ; en alta fantasia m’arrebälo, 1 ausente me presento, 1 crece, contemplando’s, mu alegria donde vuestra belleza represento.
1. «luego que los ojos son henidos de la belleza, se resiente todo el espritu senstivo 1 juntamente toda l’anima sensitiva. 1 es dotrina del prinape de los filosofos, que entre todos los poros 1 sentidos, que tenemos, sea la vista capaz de muchas mudanças 1 cahdissima, por lo cual recibe mas faclmente las afeciones cercanas ; 1 atrae a s1 con herviente espunitu los traspassammentos, o trasmgracones de los amores; s1 es liato dezr assi lo que no tene hasta aora otro nombre en nuestra lengua. 1 como dize Plutarco en la. 5. deca. de los sermones convivales, la vista es vaga 1 maravillosamete movible, 1 por beneficio del espanitu, 4 arroja 1 despide la viveza fogosa 1 aguda luz de los oJos ; siembra 1 esparze una admurable fuerça. 1 la origen del amor, que es afecion gravissuma 1 vehementissima del” alma, nace de la vista; de suerte que el amante se resuelve, 1 desata, 1 hquece, cuando vè una muger hermosa ; como si todo se uviesse de traspassar en ella. 1 es particular passion de todos los que aman (como el mesmo es autor en el Er6tico, o razonanuento amatono) hablar como presentes, 1 abraçar 1 Ilimar 1 quexarse. Porque la vista pnta 1 figura otras 1magenes como en cosas hquidas, las cuales se deshazen 1 desvane ce presto 1 desamparan el pensamiento 1 entendimento ; mas las 1imagenes de los que aman, esculpidas en ella como inustiones hechas con fuego, dexan impressas en la memoria formas, que se mueven 1 viven1 hablan 1 permanecen en otro lempo. porque siendo representada a nuestros 0708 alguna imagen bella 1 agradable, passa la efigie della por medio de los sentidos esteriores en el sentido comun ; del sentido comun va a la parte 1maginativa, 1 della entra en la memona, pensando 1 imaginando se para 1 afirma la memonma ; 1 parando aqui no queda, m se debene ; porque enciende al enamorado en desseo de gozar la belleza amada ; 1 al fin lo trasforma en ella. 1 porque, como dize Plotino, en tanto que nosotros pensamos atentamete en alguna cosa, conviene que todos los otros sentidos recorran al sentido comun, donde se forman los pensamentos ; no de otra suerte que suelen hazer las hineas tradas de la arcunferencia al centro ; de aqui sucede que estando ocupado el sentido comun de algun pensamiento; veamos, o sintamos muchas côsas sin percebir que sean. porque nuestro entendimiento 1 nuestra imaginativa atienden 1 se fahgan en otra operacion. 1 assi vine yo a dezr en una parte: Cuando en vos elc. » (Commentaire, p. 114-1 16.)
ire 241 ——
las parles con que siente l’alma nua
enlazada en mortal ayuntammento,
1 recibe’n figuras conocidas
al sentido las cosas ofrecidas ; Aunqu’en honda timiebla sepultado,
1 est en grave silencio 1 ascondido,
casi en perpetua vela del cuidado
se m’adormecen; 1 en el bien crecido
desta memoria con amor formado
se vencen, 1 alh todo suspendido
el espiritu os halla, 1 tanto veo,
cuanto pide’l Amor 1 mi desseo
L'amour a pour objet la beauté : d’abord la beauté sensible (belleza), ou corporelle « que les philosophes estiment beaucoup [et qui] n’est autre chose qu’une harmonieuse proportion des membres, accompagnée d’une couleur agréable et de grâce, ou l'éclat dela perfection (hermosura) et de la proportion des couleurs et des lignes... et, sans conteste, entre tous les corps, la beauté la plus parfaite est celle du corps humain ; et de tout le corps humain, la plus belle partie est le visage, que concourent à former une plus grande variété d'éléments que dans toute autre partie ; et si chacun de ces éléments est beau en soi et bien composé, ils lui donnent la beauté parfaite. Mais, de tous ces éléments, les yeux sont le plus beau par la diversité, la différence et la beauté de leurs couleurs ; 1ls sont le siège de toute la splendeur que peut recevoir le corps
1. Ces vers sont donnés dans l'édition de 16r9 (Estanzas IT du livre 1. v. 17-32) sous une forme un peu différente avec les variantes suivantes : v. 1 Cuando en vos cüido, en alta — y. 2 me presento ; — v. 3 contemplando, mi alegria, — v.. las partes, con que siente l’alma mia, — v. 6. ayuntamiento ; — v. 8. ofrecidas. — v. 10 i estù en silencio oscuro i ascondido ; — v. 11 vela d’el —v.r2 s’'aduermen, i en dulce bien perdido — y. 13 d’esta memoria en puro amor formado — v. 15 el espirtu vos halla, — v. 16. cuanto pide i espera mi dessco.
= oh2 —
“humain et c’est par eux que transparaît la beauté de l'âme ; sans parler de la netteté et de la pureté de leur organe ou instrument, qui est de la nature de l’eau, et de ce fait, que nous connaissons el percevons par eux la qualité et la nature d’une infinité de choses fort éloignées et séparées et différentes les unes des autres. Mais la beauté ne consiste pas seulement dans des yeux doux et jolis, dans un beau visage, dans la couleur magnifique qui enflamme les joues d’une belle dame ; c est par là que resplendissaient les trois Grâces, par l'allégresse du regard, par la fraicheur de la jeunesse, par l'agréable séduction des manières et du port... ; mais elle est encore dans les actes et les œuvres où se manifestent et deviennent visibles les vertus de l'âme. Il y a en eflet trois sortes de beautés : d'entendement, d'âme et de corps’.
« La beaulé d’entendement, par le moyen de l'esprit (menle) ravit et entraine l'âme à jouir de l’entendement seul.
« La beauté d'âme est goûtée par la vue seule, ou par l’ouïe, ou par toutes deux à la fois. .
« La beauté de corps est perçue par tous les sens, par lesquels elle peut passer à l'âme. Il semble que cette beauté corporelle résulte de ce qu’un objet est bien proportionné, d'aspect gracieux, et pourvu de cette espèce de charme (venustidud) que les Grecs appellent yspr7>, qui est la perfection de la beauté, et d’une certaine leggiadria, comme disent les’ Italiens, qui n'est autre chose que l'élégance et la parure. Ce charme agit quelquefois, non pas tant par la parfaite disposition et la juste proportion
1. Cest la division des gnostiques en beauté pneumatique ou divine, psychique ou humaine, hylique ou matérielle.
— tro
du corps que par une certaine conformité qu'il a avec les
yeux quil contente et délecte, et qui procède du ciel ou de la nature’. »
A ces trois sortes de beautés correspondent trois sortes d'amour : « le contemplatif, qui est le divin, parce que nous nous élevons de la vue de la beauté corporelle X la considération de la beauté spirituelle et divine ; l'amour acüf, qui est l'amour humain, est le plaisir de voir et de
1. « La belleza corporal, que los filosofos estima en mucho, no es otra cosa que proporcionada correspondencia de miembros con agradable color 1 gracia, o espledor en la hermosura' 1 proporcion de colores 1 lineas... sin contradicion 1 repunancia alguna entre todos los cuerpos elemetados es la mas perfeta belleza la del cuerpo umano, 1 de todo el la mas bella parte es el rostro, a que concurre à formar mas variedad de miembros, que a otra alguna. 1 si cada uno destos miembros es por si hermoso, 1 bien compuesto, lo hazen bellissimo. 1 de todas estas partes son bellissimos los ojos por la diversidad 1 diferencia 1 belleza de colores ; 1 porque son assiento de todo el esplendor, que puede recebir el cuerpo umano, 1 porque por ellos trasluze la hermosura del animo ; dexando de dezr la sinceridad 1 pureza de su organo o 1strumento, que es de naturaleza de agua ; 1 que conocemos 1 percebimos por ellos la calidad, 1 naturaleza de infimitas cosas, mui distantés 1 apartadas 1 diferentes unas de otras. Pero no està solamete la belleza en suaves 1 hndos oos, en hermoso rostro, 1 en bellissimo encedido color de mexillas de hermosa dama ; en la cual respladeciä las tres Gracias, 4 es en l’alegria de la vista, en la verdura de la edad Juveml, en el agradable aplazamiento de modos 1 gestos del cuerpo... mas tambien està en las aciones 1 obras, donde se hazen claras 1 visibles las virtudes del animo. porque ä& tres suertes de belleza, de entendimento, de anima, de cuerpo. la del entendimiento por la mente roba 1 arrebata l’anima a gozar del solo. la de l’alma por la vista sola, | o por el o1do, o por ambos. la del cuerpo por todos los sentidos, por los cuales la belleza mesma puede passar a l’anima. en fin parece que esta hermosura corporea proviene de ser alguno bien proporcionado de gracioso aspeto, 1 en efeto de una certa venustidad, que Ilaman Chänita los Griegos, que es perfecion de la belleza ; 1 de una cierta leggiadria, como dicen los Toscanos, que no es otro cosa que elegancia 1 ornamento. la cual agrada alguna vez, no tanto por la perfeta disposicron 1 buena proporcion del cuerpo, cuanto por una cierta conformidad, que üene con los ojos, a los cuales contenta 1 delerta ; que procede del celo, o de la naturaleza. 1 esto todo es ogeto 1 jo de los ojos; porque solos ellos conocen, 1 assi gozan solos de la hermosura corporal. » (Commentaire, p. 171-172).
converser. Le troisième, qui est un désir corrompu, voluptueux et lascif, est l'amour animal et bestial; en effet, comme disent [les Platoniciens|,1l convient plus à un animal qu'à un homme ; il descend de la vue au désir de toucher. Le premier de ces amours est très baut: le second tient le milieu entre les deux autres ; le dernier, terrestre et vil, ne s’élève pas au-dessus d'ignobles contemplations et de bassesses. Mais quoique tout amour naisse de la vue, le contemplatif s'élève d’elle à l'esprit; l'actif et moral, qui est novice et corporel, s'arrête à la vue et ne va pas plus loin; le voluptueux descend de la vue au toucher". »
Cette distinction de trois espèces d'amour se superposant l’une à l’autre appelait une conclusion : Herrera ne lait que l'indiquer d’un mot, en renvoyant au quatrième livre du Corlegiano de Castiglione * où, avec une maitrise et une éloquence admirables, Bembo posait d'une main sûre le couronnement de sa philosophie de l'amour. Il semble qu'ébloui par l'éclat de ce morceau fameux, Herrera n'ait pas osé porter une main profane sur les
1. « ä1 (segu los Platémicos) tres especies de Amor. el coteplativo, & es el divino, porg subimos de la vista de la belleza corporal a la cosideracion de la espritual 1 divina, el atvo, que es el umano, es el delete de vêr 1 conversar. el tercero, que es passion de corrompido desseo 1 delertosa lacina ; es el ferino 1 bestal, porque, como ellos dizen, conviene mas a fiera que a ombre. este deciende de la vista al desseo de tocar. el primero destos es altissimo ; el segundo, medio entre los dos ; el postrero, terreno 1 baxo, que no se levanta de viles consideraciones 1 torpezas. 1 aunque todo amor nate de la vista; el contemplativo sube della a la mente, el ativo 1 moral, como simple 1 corporeo, para en la vista, 1 no passa mas adelante, el deleitable deciende della al tocamiento. a estas especies responden otras tres suertes de belleza. » (Commentaire, p. 103-104.)
2. « el fuego de Ercules, que despues de la muerte quedd divino 1 1mmortal ; es aquel santo fuego, que destruye, 1 consume en las almas todo lo que & de mortal, 1 vavifica 1 haze hermosa aquella parte celeste que primero estava mortficada 1 sepultada del sentido, como dize el conde Baltasar Cas-
tellon en el hibr. 4. 1 este fuego es el amor de la belleza divina. » (Commentaire, p. 331.)