‹ Fernando de Herrera (El Divino) 1534-1597Chapitre 90 sur 147 · Cortegiano. Livre IV, ch · texte numérisé non relu

Cortegiano. Livre IV, ch

Ces pages magnifiques sont toujours présentes à l'esprit de Herrera, lorsqu'il chante son amour; et, non content d'en faire De la substance dans ses vers, il en a pris parfois jusqu'aux expressions.

D'abord son amour est tout mystique. € Le rayon qui sortit de vos yeux, dit-il à dofia Leonor, employa toute sa force à embraser mon âme, sans, pour ainsi dire, atteindre

mon cœur. }

El rayo, que saho de vuestros 0J0s puso su fuerça en abrasar mi älma, dexando casi sin tocar el pecho.

(Sonnet vi de 1582, v. 12-14.)

Dans la beauté de Luz il admire la beauté universelle : « la splendeur suave de la beauté qui respire en vous

douce et joyeuse. »

El suave esplandor de la belleza qu’alegre’ n vos espira dulcemente ;

(Édition de 1619. Sonnet 64 du livre IL, v. 1-2.)

Il aspire à unir son âme à celle de Luz. « Mon âme, embrasée de votre feu céleste, se transforme en votre beauté souveraine. »

. mi àlma, en el celeste fuego vuestro abrasada, viene 1 se trasforma en la belleza vuestra soberana.

(Sonnet 27 de 1582, v. 9-11.)

Car cette beauté est plus qu'humaine, elle est éternelle, angélique :

« vuestra eterna, angélica belleza. »

(Édit. de 1619. Liv. L. Sonnet 34, v. 14.)

Dans les yeux de Luz il aperçoit un reflet de la beauté divine :

Vn divino esplendor de la belleza.

(Edit. de 1619. Liv. L. Élégie r, v. 1.) Luz est la lumière vivante de la beauté éternelle : la viva luz de eterna hermosura ; (Edit. de 1619. Liv. r. Sonn. 43, v. 3.) Sur son visage apparait « l'immense ardeur de la beauté éternelle. »

Immenso ardor d’eterna hermosura en vuestra dulce faz se m'aparece.

(Édit. de 1619. Liv. IL. Sonn. 83, v. 1-2.) « Cette ardeur sacrée, dit-il, qui resplendit dans la beauté de mon Aurore, émouvant mon esprit, envoie dans mon cœur la pure image qui grandit dans mon âme. » Aquel sagrado ardor que resplandece en la belleza de l’Aurora mia, mi espiritu moviendo, al pecho envia la pura imagen, qu'en mi alma crece.

(Édit. de 1619. Liv. L. Sonn. 104, v. 1-4.) L'amour l'élève enfin jusqu'à l’extase : &« Dans cette beauté que je contemple, je cherche la beauté immense et infinie et la vais suivant jusqu'au ciel. » . yo en essa belleza, que contemplo, la immensa buüsco, 1 voi siguiendo al cielo.

(Sonn. 38 de 1582, v. 12-14.) Ces quelques citations prouvent clairement que c'est bien dans la philosophie de l'amour, telle que l'exposait

Bembo dans le Courlisan, qu'il faut chercher le sens des poésies amoureuses de Herrera,

CHAPITRE XII SOURGES DE L'INSPIRATION DE HerRERA (suite). — Le patriotisme.

Avec l'avènement des Rois catholiques l'Espagne était passée brusquement au rang de grande puissance en Europe. Au moment même où elle achevait de chasser les envahisseurs musulmans, en reconquérant Grenade, mettant ainsi fin à une lutte de sept siècles, un monde nouveau s’offrait à elle, où s’allait dépenser son besoin d'activité. Christophe Colomb faisait son premier voyage en 1492 et découvrait l'Amérique, ouvrant ainsi la route à ces prodigieux aventuriers qui allaient s’élancer à la conquête de ce Nouveau Monde, « comme un vol de gerfauts hors du charnier natal », et rappeler par leurs exploits dans les Indes nouvelles les légendes fabuleuses de l'antiquité et les prouesses des chevaliers errants. Fernand Cortès en 1519-1521 allait conquérir l'empire du Mexique: François Pizarre, en 1531, s'emparait du Pérou, et, l’année même de la naissance de Herrera, en 1534, Fernand Pizarre, frère du conquistador, débarquait en Espagne, porteur d'immenses richesses qui attestaient la réalité de sa conquête. Cependant, en Europe, Charles-Quint, élu Empereur, réunissait sous son sceptre la péninsule ibérique à l’exception du Portugal, les Pays-bas, l'Allemagne, le Milanais et le royaume de Naples, et déjà des esprits enthousiastes rêvaient, comme Hernando de Acuña, de ne plus

voir sur la terre qu'un Monarque, un Trône, une Epée, Un Monarco, un Imperio, y una Espada.

Tout cela dut agir fortement sur l'imagination ardente du jeune Herrera dont l'âme était naturellement grande. Encore sur les bancs de l’école, il tressaillait au bruit de la victoire de Muhlberg, remportée par Charles-Quint sur l’Électeur de Saxe en 1947, et composait d’une main inexpérimentée un sonnet à la gloire du vainqueur’. Si la chute en est faible, tout au moins montre-t-elle clairement comment l'imagination populaire se représentait le célèbre Empereur : c'est un grand cavallero, un grand chevalier, un vrai paladin. Et c’est bien ainsi que nous l’a montré Titien dans le merveilleux portrait équestre où 1l représenta Charles-Quint, grand, maigre revêtu précisément des armes qu'il portait le jour de cette bataille, la lance en arrêt, monté sur un grand destrier à l'allure infatigable ; c'était bien une sorte de chevaher errant que ce monarque qui, en quarante ans de règne, ne séjourna pas quinze ans en Espagne, toujours occupé quil était à guerroyer contre les Turcs, les Barbaresques, les protestants ou la France, et qui, las du pouvoir, abandonnait enfin la couronne pour se retirer dans le monastère de Yuste.

. Cette abdication, qui eut lieu en 1556, alors que Herrera était âgé de vingt-deux ans, ne semble pas avoir inspiré le poète, en dépit des antithèses faciles que fournissait un semblable sujet ; la sympathie de Herrera qui vécut dans la retraite, loin de l’action, va toujours, comme je l'ai fait remarquer, aux actes d'énergie : l’abdication mettait fin à l’activité du monarque, Herrera ne l’a donc

1. Sonnet 1-13 de 1619. Do el suelo orrido el Albis frio baña.

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pas chantée. Mais plus tard, sans doute lorsqu'il écrivait son Histoire, arrivé au récit de l'expédition désastreuse que Charles-Quint avait dirigée contre Alger en 154r, et dans laquelle la tempête dispersa et faillit anéantir la flotte qui le portait, ce tragique événement, qui avaitmis en pleine lumière l'indomptable énergie de l'Empereur, lui inspirait le beau sonnet suivant : € Là où la mer farouche de Mauritanie baigne les murs solides de la superbe Alger, le ciel noir, horrible et terrifiant menaça de périr l'Espagne tout entière. La mer mugissait, pleine d'une fureur inouïe ; la mer parjure mugissait dans sa fureur. Seul, au milieu de tant d’effroï, César, plein de calme, dompta la rage impie du destin contraire. La mer et les vents irrités laissèrent tomber leur violence et leur indignation, et le sol de la Libye respira de sa frayeur. Réjouis-toi, à cœur jamais vaincu, car la victoire ne t'est enlevée n1 par le destin, ni par le vent, mi par la mer cruelle, mais par le ciel tout entier. »

. Do el Mauritano Ponto fiero baña de la soberbia Argel el fuerte muro, el cielo con terror 1 orror oscuro amenazo la muerte a toda España.

Bramava el mar ardiendo en ira estraña, bramando ardia airado el mar perjuro ; solo en tanto pavor dom seguro Cesar d’el hado adverso la impia saña.

EL pielago 1 aliento embravecido abatieron su impetu indinado ; i respiro el medroso Libio suelo, Vè alegre, coraçon nunca vencido ; que la vitoria no t’impide’l Hado, ni el viento, 1 mar cruel, mas todo el cielo ‘.

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